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434 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [13 mai 1791J
dès le 10 septembre 1787, implorèrent et réclamèrent Tassistance promise, et les délaissa avec une telle indignité que l'histoire entière n'en offre pas un seul exemple.
La France, déçue par une trahison intérieure de ses ministres, ou par celle de la Prusse, qui lui avaient annoncé que ses troupes ne passeraient pas la frontière de la République, la France ne daigna pas même faire semblant d'assister sa malheureuse alliée : le moindre mouvement qu'elle aurait fait en eût imposé à la Prusse ; la révolution hollandaise n'aurait pas eu lieu, et un jjeuple de plus aurait béni la France.
Un simple ordre de faire marcher des troupes, qu'il n'eût pas même été nécessaire d'effectuer, aurait sauvé la république. Mais la France, à laquelle elle avait toujours été prête de rendre bienfaits pour bienfaits, la France à qui elle avait fait des sacrifices plus importants, ne la jugea pas digne de lui garder la foi promise.
Ces sacrifices pourraient être présentés en détail, s'il fallait des raisons ultérieures pour yjrouver la connexion et le rapport de la cause batave avec celle de l'empire français; il suffit de les nommer. Le parti patriotique aurait pu rester neutre dans la dernière guerre, satisfaisant aux réquisitions des Anglais de ne pas livrer des munitions ni des approvisionnements à leurs ennemis. Cependant, dès l'an 1779, les patriotes se sont opposés vigoureusement à ce pernicieux système parla résolution fameuse, et très difficilement obtenue, d'accorder des convois illimités aux navires marchands.
Il est vrai que la France a accordé le port franc aux vaisseaux hollandais ; mais cet avantage ne peut être mis en balance avec la perte de plus de 600 millions de francs que la guerre avec les pirates de l'Angleterre a coûtés aux Hollandais.
L'Angleterre a voulu entrer en composition avec la République au sujet de l'odieux acte de navigation; mais la République a rejeté ses offres, comptant sur la bonne foi et la puissance de la France.
Les patriotes hollandais sont restés fermement attachés au système le plus avantageux à la France : la guerre avec l'Angleterr.' en a été la suite.
De là les dissensions intestines, les émeutes, les guerres civiles dont les patriotes sont aujourd'hui les victimes.
Les patriotes ont montré qu'ils prenaient à cœur l'avantage de la France; et si leurs efforts n'ont pu produire alors, auprès de Leurs Hautes Puissances, qu'une négociation de cinq millions de florins de Hollande en faveur de la France, cet avantage n'en était pas moins réel dans ce temps-là.
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Les propositions de paix avec TAngleterre ont été rejetées; ce qui a coûté à la République la colonie de Négapatam, et a valu aux Anglais ce passage libre par les îles Moluques ; pertes immenses et irréparables, qu'on ne peut imputer qu'à la conclusion d'une paix séparée entre la France et l'Angleterre, à l'insu des patriotes hollandais!
L'alliance avec ce royaume a été conclue après des peines et des traverses infinies. Ce sont les régents patriotes qui en ont été la cause, et l'acclamation des citoyens a couronné leur ouvrage. Cette alliance a aigri l'Angleterre et le stathouder et les a embrasés du feu de la vengeance.
Il ne s'agit, en effet, que de considérer les avantages que les Français auraient pu et pourraient encore tirer d'une alliance avec la Hollande libre pour motiver la jalousie de la Grande-Bretagne.
1° L'assistance certaine et prompte des flottes hollandaises, puissance toujours respectable, et (|ui. jointe à la France, ferait trembler la fière Albion ;
2° L'assistance non moins utile de la marine marchande pour les colonies, et son armée navale pour tout ce qui a rapport à l'approvisionnement de ses vaisseaux. On rappelle à la France de quelle utilité lut pour elle l'entremise de cette marine dans la dernière guerre ;
3° L'entrée libre à tout vaisseau français dans les ports de la République, dans les quatre parties du globe ; objet de la plus grande importance pour une nation qui n'a point de refuge assuré dans la mer du Nord, qui pourrait jouir de ceux des deux Indes et de celui du cap de Bonne-Espérance, station infiniment importante pour les vaisseaux français destinés aux grandes Indes;
4° La faculté de faire des emprunts en Hollande à un taux plus modéré qu'en France, et la participation des capitalistes hollandais dans les fonds de la France;
5° Intérêt de l'industrie française et surtout de sa capitale. Un coup d'œil jeté sur un rapport fait à la Commune de Paris, le 31 janvier 1790, convaincra de cette vérité.
« La Hollande, y dit-on, donnait, avant la révolution stathoudérienne, des ordres extrêmement étendus aux fabriques de Paris, et l'expédition s'en faisait par son entremise d'un pôle à l'autre. A l'instant où sa liberté a été flétrie, son commerce a reçu des atteintes mortelles dont il ne s'est pas encore relevé, et l'on peut regarder cette époque comme la première attaque livrée aux fabriques de Paris. »
Mais, si l'alliance de la France avec la République aurait pu lui être avantageuse, combien l'alliance nouvelle de la Hollande avec
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l'Angleterre n'est-elle pas contraire à ses intérêts politiques et commerciaux !
On en trouve un exemple frappant dans la ligue défensive et même offensive de ces deux puissances dans les Indes. Traité astucieux que l'Angleterre peut expliquer à son gré et toujours de la façon la plus désastreuse pour la France. Celle-ci se crut obligée de demander l'explication d'un traité si équivoque à la Hollande, et n'en reçut qu'une réponse dérisoire; et c'est ce même traité qui garantit le stathoudérat et l'oppression dans la maison d'Orange, c'est-à-dire un appui permanent de sa volonté contre les intérêts de la France.
Joignez à cet avantage, si funeste au bien-être de la France et à la liberté de la Hollande, l'entrée libre des ports de la Républi(iue aux vaisseaux anglais, et défendue à ceux de l'empire français, et surtout la marine hollandaise, toujours aux ordres de l'Angleterre, devenue dominatrice de l'Océan, qui mettra toujours la France dans l'impossibilité de retirer de son commerce les avantages que la grandeur et la puissance de son état devraient lui procurer. Qu'on y ajoute l'examen de finances particulières et celles du pays à la disposition de la Grande-Bretagne, et on aura l'esquisse des avantages que le traité de 1788 lui assure aux dépens de la France.
C'est ainsi que les ministres français, à l'exception d'un seul% prêvariquant à leurs engagements et compromettant l'honneur du nom français, ont sacrifié en même temps l'intérêt de la nation. C'est à eux, et non pas au peuple le plus généreux de la terre, que les Bataves imputent leurs malheurs, comme c'est à eux que la France dut ses infortunes passées : qu'eux seuls en portent tout l'opprobre!
Tel est le tableau rapide, mais fidèle, de ce que les patriotes ont souffert pour la liberté et pour la France. Ils ne vous présenteront point celui des souffrances particulières de ces amis de la liberté, des échafauds dressés, des proscriptions horribles, des confiscations barbai'es, des jugements arbitraires; tant de familles réduites à la mendicité; des milliers de citoyens, de tout âge et de toute condition, forcés d'abandonner une patrie que leurs efforts ne pouvaient plus sauver, et qui restait en proie aux exécrables vengeances du parti vainqueur.
Ils songent, il est vrai, avec un attendrissement respectueux aux bienfaits que la nation française averses sur quelques centaines de réfugiés, secours cependant insuffisant pour tous. Elle leur a accordé un asile et des dédommagements faibles sans doute et dont une grande partie ne peut jouir. L'humanité applaudit à ces faibles commencements