Voyez Blakstone, touie I". p. 211. {Soie de l'orif/inal
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de l'Angleterre, renverse donc le système de Tinviolabilité des rois dans le cas de crime et de trahison nationale.
Jacques I", ce roi si prodigieusement infatué des prérogatives de la royauté, avait lui-même consacré cette doctrine.
« Tous les rois, disait-il ', qui ne veulent pas être des tyrans, avoir le sort des tyrans, doivent être soumis à la loi. Qui soutient le contraire est une vipère, une peste. »
C'est le nom qu'il faut donner, d'après ce roi, à ces vils jurisconsultes du Bas-Empire, qu'on ne manquera pas de vous citer, à cet Ulpien, qui a eu l'infamie d'écrire que l'empereur n'était point obligé d'obéir à la loi, amenable devant la loi, et à ces jurisconsultes des temps de barbarie de la France, qui, soit pour une idolâtrie superstitieuse envers la royauté, soit par intérêt, aidèrent les princes, avec leurs maximes criminelles, à river les fers de leurs sujets.
Je veux confondre ici, par un des plus abjects avocats de la royauté absolue, les hommes qui vous citeront les radotages de la vieille école.
Le jésuite Mariana a fait dans le dernier siècle un livre sur l'institution du roi-, où l'on trouve deux chapitres sur la question de savoir si on doit tuer ou empoisonner un tyran. Mariana n'en fait aucun doute, et voici la marche qu'il prescrit.
« Un tyran est une bête féroce qui déchire tout ce qu'elle trouve, et c'est un devoir que d'assassiner une bête féroce. Mais comment s'y prendre avec un tyran? dit Mariana. 11 faut l'avertir fraternellement de ses fautes. Que s'il rejette la médecine et est incorrigible, la république doit prononcer qu'il est déchu de la royauté. S'il s'oppose à la sentence, il faut le déclarer ennemi public, et le détruire par tous moyens. »
Observez que Mariana écrivait ses leçons sur le tyrannicide sous le prince le plus despote, sous Phihppe 11.
Ce prince ne croyait pas lui-môme à l'inviolabilité absolue des souverains; il ne croyait pas que ce fût un attribut essentiel à la royauté, et que la royauté fût détruite si l'on pouvait juger et punir le prince. Et combien d'exemples s'élèvent contre la doctrine contraire de nos adversaires, qui cherchent à effrayer sur l'abolition de la royauté, si l'on peut juger le roi ! Quoi! la royauté n'a-t-elle pas toujours subsisté chez les juifs, quoique le sanhédrin jugeât et condamnât les rois? « Car, dit Maimonides, les rois de la race de David jugeaient et étaient jugés. »
1. Voyez Locke, On civil Government, p. 322. {^ote de l'original.)
2. De instilutione Régis. Madrid, 2^ édition, 1611, p. 58 et suivantes. {Noie de l'original.)
La royauté n'a-t-elle pas toujours subsisté à Sparte, quoique le sénat des vingt-huit et les épliores condamnassent leurs rois à Tamende, à la prison, au bannissement, à la mort? Témoin les exemples de Pausanias, de Cléomènes et d'Agis.
La royauté enfin, pour citer des exemples de notre propre histoire, n'a-t-elle pas toujours subsisté en France, quoique, surtout sous les deux premières races, les rois aient été fréquemment déposés pour mauvaise conduite ou même pour impéritie?
Eh quoi! Messieurs, dans ce siècle de lumières et de liberté, au milieu de la révolution la plus étonnante, d'une révolution qui a rendu à l'homme tous ses droits, à la raison tout son empire en politique, aurions-nous moins de lumières, moins de courage, que dans les temps d'ignorance et de servitude? Par quelle absurde contradiction reconnaîtrions-nous un individu au-dessus de la loi, lorsque nous mettons la loi au-dessus de tout?
Les contradictions éternelles sont le partage des avocats de l'erreur, et j'en trouve une ici entre le système et la conduite de nos adversaires qui les condamne. Si le roi est inviolable, s'il ne peut être ni recherché, ni jugé, ni puni pour quelque crime que ce soit, pourquoi donc ont-ils eux-mêmes voté pour son arrestation et pour la suspension de ses pouvoirs? Cette arrestation, cette suspension, ne sont-elles pas des peines, des atteintes formelles à cette inviolabilité? Oui, sans doute. Il faut donc ou déclarer que le roi n'est pas inviolable en matière de crime national, ou il faut le relâcher s'il est inviolable; il faut lui reconnaître le droit de poursuivre criminellement l'Assemblée nationale et ceux qui l'ont arrêté ; il faut lui laisser la liberté daller où bon lui semblera... Qu'il ose donc se montrer, l'ennemi qui pourrait donner un conseil aussi perfide : le conseil de rendre une liberté qui serait bientôt suivie de toutes les horreurs de la guerre civile ! Eh ! Messieurs, c'est où vous conduit le système de l'inviolabilité absolue : car quel Français pourra jamais obéir à un roi méprisable et criminel, quoique inviolable?
Je crois, Messieurs, vous l'avoir démontré suffisamment : il faut opter ici entre la constitution et l'inviolabilité absolue du roi, entre la révolution et son jugement, entre la sûreté du peuple et d'atroces vengeances, entre la gloire et l'opprobre de la France.
Je passe au second argument de nos adversaires. Il est plus perfide que le premier, plus imposant, plus propre à égarer : il faut donc l'examiner avec soin.
« On ne peut mettre, disent les Comités, le roi en cause; on ne peut le juger sans s'exposer à la vengeance des puissances étrangères. »
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On fait entrevoir à l'Assemblée nationale un tableau effrayant des calamités que leur ligue, leur invasion, entraîneraient en France. C'est avec ces terreurs imaginaires qu'on espère de ranger autour d'un parti honteux une foule de patriotes vertueux, mais timides ou peu instruits. 11 faut dissiper le prestige, écarter ces puériles terreurs, en analyser les fondements; et les esprits, ramenés à la raison et dirigés par les principes seuls, verront de sang-froid ce qu'on doit et ce qu'on peut faire du roi.
Ce n'est pas la première fois, Messieurs, qu'on a employé cet artifice pour égarer l'Assemblée nationale : toutes les fois qu'on a voulu l'ébranler et l'arracher à ses principes, on lui a fait entrevoir dans le lointain des guerres, des calamités incalculables. Rappelez-vous l'affaire des colonies. A entendre les hommes superficiels qui ne voient les nations qu'au travers du faux prisme ministériel et diplomatique, les flottes d'Angleterre devaient fondre sur nos îles. L'Assemblée nationale a eu le bon esprit de dédaigner ces craintes. Combien de mois écoulés depuis ces fastueuses prédictions! Et la flotte anglaise est encore dans ses ports ou se promène dans le canal. Je vous cite cet exemple pour vous mettre en garde contre cette politique astucieuse qui, ayant la raison contre elle au dedans, va chercher des mensonges au dehors. Et telle est la ressource qu'on emploie encore aujourd'hui pour absoudre, sans jugement, un homme qui s'est déclaré l'ennemi de la constitution.
« Les puissances étrangères vont fondre sur nous », nous dit-on. Je le veux; mais si, cédant à ce motif, vous oubhez vos principes, votre dignité, la constitution, pour ne plus voir qu'un danger extérieur, en ce cas hâtez-vous de déchirer cette constitution : vous n'en êtes plus dignes; vous ne pouvez plus en défendre aucune partie. Croyez-vous, en effet, que, si vos ennemis parviennent une seule fois à vous commander votre propre déshonneur, croyez-vous qu'ils s'arrêteront à ce premier pas? Non. Ils vous forceront à établir le projet des deux chambres, ce sénat héréditaire, partout le complice et l'appui du despotisme ; ils vous forceront à ressusciter cette funeste noblesse, à côté de laquelle une constitution ne peut se maintenir; ils vous forceront à rendre au roi une partie de son autorité absolue. Enfin, à quoi na vous forceront-ils pas? Quel sera le terme de leurs demandes insolentes et de vos lâches faiblesses? Osez le fixer, osez dire qu'arrivés à ce terme vous aimerez mieux combattre et périr que de céder. Eh bien ! puisque vous ne pouvez éviter, en cédant une seule fois, ou de retomber de degré en degré dans l'esclavage, ou d'être obligés de combattre, ayez donc le courage d'être grands, d'être fiers, d'être
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inébranlables, au premier pas, à la première demande audacieuse. Les Romains avaient pour principe invariable de ne jamais négocier avec leurs ennemis que ceux-ci n'eussent mis bas les armes... Et vous, vous craindriez des ennemis qui sont encore à les prendre contre vous! Vous fléchiriez par la frayeur de vains fantômes! Mais que ceux qui redoutent ou feignent de redouter ces fantômes osent les envisager, qu'ils essayent de les toucher, qu'ils voient ce qu'ils sont, ce que vous êtes, et les frayeurs disparaîtront. Qui êtes vous? Un peuple libre. Et on vous menace de quelques brigands couronnés et de meutes d'esclaves! Athènes et Sparte ont-ils jamais craint les armées innombrables que les despotes de la Perse traînaient à leur suite? A-t-on dit à Miltiade, à Timon, à Aristide : Recevez un roi, ou vous périrez? Ils auraient répondu, dans un langage digne de Grecs : Nous nous verrons à Marathon, ù Salamine... Et les Français aussi auront leur Marathon, leur Salamine, s'il est des puissances assez folles pour les attaquer.
Ici, Messieurs, le nombre est même du côté de la liberté, et nous aurons à envier aux Spartiates la gloire qu'ils ont eue de lutter avec peu de héros contre des nuées d'ennemis! Nos Thermopyles seront toujours couvertes de légions nombreuses.
La France seule contient plus de citoyens armés que l'Europe entière ne peut vomir contre elle de soldats mercenaires. Et quels citoyens! Ils défendront leurs foyers, leurs femmes, leurs enfants, leur liberté. Avec ces dieux tutélaires on n'est pas vaincu, ou l'on sait s'ensevelir sous les ruines de sa patrie.
Quels soldats du despotisme peuvent faire longtemps face aux soldats de la liberté? Les soldats des tyrans ont plus de discipline que de courage, plus de crainte que d'attachement; ils veulent de l'argent, sont peu fidèles, désertent à la première occasion. Le soldat de la liberté ne craint ni fatigues, ni dangers, ni la faim, ni le défaut d'argent; celui qu'il a, il le prodigue avec joie pour la défense de son pays (j'en atteste les braves soldats de Givet); il court, il vole au cri de la liberté, lorsque le despotisme lui ferait faire à peine quelques pas languissants. Qu'une armée patriote soit détruite, une autre renaît aussitôt de ses cendres. C'est que, sous la liberté, tout est soldat, hommes, femmes, enfants, prêtres, magistrats. Deux défaites détruiront en Europe l'armée des tyrans la plus nombreuse et la mieux disciplinée; les défaites instruisent et irritent les soldats de la liberté, et n'en diminuent pas le nombre.
0 vous qui doutez des efforts prodigieux et surnaturels que l'amour de la liberté peut commander aux hommes, voyez ce qu'ont fait U's
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Américains pour conquérir leur indépendance; voyez le médecin Warren, qui n'avait jamais manié le fusil, défendre la petite colline de Bunkerhill avec une poignée d'Américains mal armés, mal disciplinés, et, avant de se rendre, faire mordre la poussière à plus de douze cents militaires anglais. Suivez le général Washington, faisant tète avec trois à quatre mille paysan? à plus de trente mille Anglais, et se jouant de leurs forces. Suivez-le à Trenton. Il me le disait : ses soldats n'avaient pas de souliers; la glace qui déchirait leurs pieds était teinte de leur sang ; « Nous aurons demain des souliers, disaientils, nous battrons les Anglais »... Et ils les battirent.
Ah! que les hommes qui désespèrent de la valeur française, qui ne la croient pas capable de soutenir les efforts combinés de puissances ennemies, que ces hommes cessent de calomnier nos troupes de ligne, qui, si redoutables lorsqu'elles combattirent pour des querelles étrangères, le seront bien plus lorsqu'elles se battront pour leur propre cause, leur liberté. Qu'ils cessent de calomnier nos gardes nationales, dont le dévouement s'est manifesté dans cette crise d'une manière si touchante, et qui accusent la fortune de ne leur avoir pas encore fourni l'occasion de développer leur valeur...
Athènes seul, le petit état d'Athènes, sut pendant treize ans soutenir les efforts de la ligue des Spartiates, des Thébains, des Perses, et ne succomba tju au nombre, qu'à la lassitude, qu'au défaut de moyens.
L'Angleterre a pu, lors de la révolution de 1640, soutenir pendant dix ans, pour recouvrer sa liberté, la guerre intestine la plus désastreuse, et gagner des batailles au dehors.
Les Américains, peu nombreux, sans troupes disciphnées, sans munitions, sans artillerie, sans vaisseaux, sans argent, ont pu résister et vaincre, après sept ans de combats, une nation brave, riche, dont la marine ne connaissait point d'égale.
Et nous, ayant dans la vaste étendue de la France, dans nos montagnes et nos ports, plus de ressources que les Athéniens; nous, plus heureux que les Anglais de 1640, redoutés jusqu'à présent de nos voisins, sans crainte de guerre intestine, maîtres des séditieux, unis par un concert qui ne fait de vingt-cinq millions d'hommes qu'une seule famille, une seule armée ; nous qui, plus heureux que les Américains, pouvons arrêter nos ennemis par des places bien fortifiées, par des armées disciplinées et nombreuses, par des gardes nationales familiarisées avec les fatigues; nous à qui le Ciel a réservé, pour faciliter le passage du despotisme à la liberté, un fonds immense et riche, recouvré sur la superstition par le bon sens, nous craindrions, avec tant d'avantages réunis, des puissances que, sous le règne avi-
lissant du despotisme, nous avons si souvent battues! Quoi! sous ce despotisme, la France seule a pu résister à sept puissances combinées, et l'amour de la liberté ne pourrait reproduire un miracle enfanté par un ridicule honneur !
Je le sais : si les étrangers se liguent, nous attaquent, ils pourront vaincre d'abord. Mais Rome, attaquée par Annibal, essuya quatre défaites, ne désespéra pas, et triompha; mais les Américains ne sont arrivés à l'indépendance que par des défaites nombreuses. On prendra des villes, je le veux. Eh bien! nos frères, les habitants de ces villes, trouveront des asiles partout. Nous partagerons avec eux et nos maisons et nos tables. Les enfants des martyrs de la liberté deviendront les nôtres. Nous essuierons les larmes de leurs veuves. Ah! c'est cette douce communion des esprits et des cœurs qui rend le soldat de la liberté invincible, qui lui fait recevoir la mort avec joie : il lègue sa famille à ses frères, et non pas à des tyrans qui repoussent les enfants après avoir bu le sang du père.
Oui, Messieurs, les hommes qui cherchent à nous décourager, à nous empêcher d'être justes, d'être libres, par la crainte des puissances étrangères, ne connaissent ni la force de la France, ni les effets prodigieux de la liberté sur le caractère de l'homme, ni l'état des puissances étrangères, ni les changements que la révolution d'Amérique, que celle de la France, que les développements prodigieux de la raison universelle ont faits et feront dans les cabinets politiques et dans les armées européennes.
Les monarques pouvaient autrefois se liguer les uns contre les autres et chercher à se déchirer pour partager les terres et les hommes du vaincu; mais les hommes ne sont plus des meubles dont on puisse si facilement disposer malgré eux. Ces rois d'autrefois pouvaient perpétuer leurs guerres : il est aujourd'hui au-dessus des forces de toutes les puissances de faire une longue guerre. L'argent en est le nerf, et ce nerf manque bientôt. Les nations libres peuvent seules, et pour leur liberté, soutenir de longues guerres. Le grand intérêt de la liberté, cet intérêt qui se nourrit de lui-même, remplace chez elles l'intérêt de l'argent, qui s'épuisse aisément. Ainsi, des puissances qui se liguent contre une nation libre ont une chance prodigieuse contre elles : elles ont la presque certitude d'ensevelir vainement leurs troupes et leurs trésors dans le pays de la liberté. La guerre de trente ans, avec laquelle la Hollande acheta sa liberté, est une leçon éternelle pour les tyrans qui voudraient attaquer la nôtre. La puissance la plus formidable d'alors échoua dans ce pays ouvert, et que rien ne défendait, hors la valeur de ses habitants. Les trésors des deux
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mondes s'y engloutirent. Les tyrans connaissent ces exemples instructifs, ils ne les répéteront pas. Ils savent trop bien aujourd'hui que, si leur cause est celle de tous les tyrans, la nôtre est celle de toutes les nations, et que nous pouvons compter parmi leurs sujets et leurs soldats presque autant de frères que de défenseurs.
Quel doit donc être maintenant leur calcul et leur but? D'empêcher la propagation de cette déclaration des droits, qui menace tous les trônes; de conserver le plus longtemps possible le prestige qui les entoure? Or, est-ce en s'armant contre vous, en inondant la France de leurs troupes, que les rois étrangers préviendront la contagion de la liberté? Peuvent-ils croire que leurs soldats n'entendront pas ses saints cantiques, qu'ils ne seront pas ravis d'une constitution où toutes les places sont ouvertes à tous, où l'homme est l'égal de l'homme? Ne- doivent-ils pas craindre que leurs soldats, secouant leurs chaînes, n'imitent la conduite des Allemands en Amérique, ne s'enrôlent sous les drapeaux de la liberté, ne se mêlent dans nos familles, ne reviennent cultiver nos champs? Que deviendront les leurs?
Ce ne sont pas seulement ceux qui resteront avec nous qu'ils auront à redouter, mais ceux qui, lassés d'une guerre impie et infructueuse, retourneront chez eux. Ceux-là feront naturellement des comparaisons de leur sort avec le sort des Français, de la perpétuité de leur esclavage avec l'égalité des autres. Ils trouveront leurs seigneurs plus insolents, leurs ministres plus oppresseurs, les impôts plus pesants, et ils se révolteront. La révolution américaine a enfanté la révolution française : celle-ci sera le foyer sacré d'où partira l'étincelle qui embrasera les nations dont les maîtres oseront l'approcher. Ah! si les rois de l'Europe entendent bien leurs intérêts, s'ils s'instruisent par les événements, ils chercheront plutôt à s'isoler de la France qu'à se mettre en communication avec elle en l'attaquant. Ils chercheront à faire oublier à leurs peuples la constitution française, en les traitant doucement, en allégeant le poids des impôts, en leur donnant plus de liberté.
Nous sommes arrivés au temps où partout l'opinion publique, l'opinion des nations, est comptée secrètement pour quelque chose dans la balance des tyrans. Ainsi, quand des hommes superficiels ont avancé que le gouvernement anglais pouvait commander des guerres à sa fantaisie, ils ont avancé une erreur. Sans doute la nation anglaise n'a plus de liberté politique, mais elle sait encore faire respecter son opinion politique, et l'avortement de la guerre contre la Russie en est la preuve. Si la flotte ne sort pas, c'est que la nation ne
le veut pas : elle est encore le véritable souverain, quoique Georges, en jouant la comédie de la revue, ait l'air de l'être seul.
Quand donc on peut prévoir ou la possibilité d'une guerre, ou les conséquences qui doivent en résulter, il faut consulter l'opinion publique chez ceux auxquels on y destine un rôle : l'opinion publique, dans tous les pays dont on voudrait employer les forces contre nous, est généralement en faveur de la constitution fi'ançaise, quoique certains articles puissent y déplaire. Nos papiers ont fait et feront à cet égard la conquête du monde entier, et la presse a enchaîné les bras des rois de l'Europe.
Voulez-vous vous convaincre davantage combien peu redoutables ils doivent vous paraître : examinez la situation de leurs divers États, Est-ce l'Angleterre que redoutent nos pusillanimes politiques? Surchargée du poids énorme d'une dette qu'accroissent tous les jours et la vaine parade des armements contre la Russie et la guerre désastreuse de l'Inde, elle a tout à craindre pour elle : impossibilité d'acquitter sa dette, perte de ses possessions dans les Indes-Orientales, scission avec l'Irlande, émigration constante de l'Ecosse. Étendez ses victoires, multipliez ses vaisseaux, sa dette n'en diminue pas; donnezlui dans l'Inde pour alliés le versatile Nizam, le parjure Mahratte, l'empereur nominal : l'empire anglais n'en est pas plus affermi, il n'est que dans l'imagination. Or, il est impossible que ce rêve de l'imagination dure encore longtemps, que six mille Anglais tiennent longtemps aux fers vingt millions d'hommes, et en effrayent cent autres millions.
Voilà, sans doute, ce que le ministre anglais voit, et il ne voudra pas précipiter sa perte en déclarant une guerre que sa nation généreuse aurait en exécration. Il ne voudra pas la perte de cette nation, en commençant une guerre qui épuiserait les ressources dont il a besoin pour soutenir un empire qui ne tient plus qu'à un fd.
Est-ce la Hollande qu'on redoute? Une femme impérieuse et déboutée, un prince imbécile et méprisé, des États-généraux esclaves, une aristocratie magistrale odieuse, deux factions aristocratiques prêtes à se déchirer, une canaille séditieuse aux ordres du prince, point d'argent, point de crédit, point de vaisseaux, point de troupes, deux compagnies banqueroutières et une banque ébranlée : voilà le gouvernement hollandais et ses moyens. Il a donc tout à craindre, et ne peut être craint.
Est-ce la Prusse? Lorsque l'inquisition s'assied sur un trône, elle l'ébranlé et l'affaiblit, et le roi de Prusse n'est plus qu'un grand inquisiteur. Lorsqu'un prince est tour à tour voluptueux et illuminé,
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hardi et faible, l'arbitre de l'Europe et le jouet de ses ennemis, ce prince a donné sa mesure: elle n'est celle ni d'un conquérant, ni d'un prince habile ; elle est celle d'un homme vain et d'un égoïste. La liberté ne craint pas de pareils adversaires. Ajoutez ici : divisions dans le ministère, épuisement du trésor, disposition dans les soldats à la désertion, crainte de l'agrandissement de la maison d'Autriche, que notre ruine ou notre retour à l'état ancien favoriserait également, et vous aurez de grands motifs de vous rassurer contre la Prusse.
Est-ce l'Autriche? Un roi prudent met la paix dans ses États avant d'entreprendre une guerre étrangère, et Léopold est prudent, pacifique, et il est loin d'avoir la paix dans les parties éparses de son empire. Le Brabant frémit de ses chauies ; les vrais Vonckistes sont las d'être joués; les États ne sont pas dupes des caresses perfides de la cour; le peuple commence à voir clair; tous n'attendent que le premier moment pour éclater. Léopold enverra-t-il en France des troupes, lorsqu'elles sont à peine suffisantes pour contenir le Brabant et ce malheureux pays de Liège, qui rugit des atrocités de son sultan mitre? S'attirera-t-il une guerre avec vingt-cinq millions d'hommes libres, lorsque tout à la fois il rompt avec les Turcs et veut contenir les Hongrois, dont l'exemple de la Pologne stimule le caractère indomptable; lorsque ses États mêmes d'Italie recèlent un foyer de sédition ; lorsque enfin ses trésors, à peine suffisants pour ses dépenses ordinaires, seront bientôt épuisés par une guerre contre la liberté d'une grande nation? Léopold cède partout, caresse tout, et jusqu'au fanatisme, qu'il abhorre; il sent sa faiblesse, et que craindre d'un prince faible et timide? »
Parlerai-je de cette ligue germanique, qui n'est qu'un vain fantôme, de ces petits États qui osent receler chez eux nos fugitifs? Si notre ministère avait eu quelque idée de la dignité de notre Révolution, un mot de sa bouche eût fait rentrer dans le néant ces tyrans obscurs, dont le premier coup de canon mettra les peuples en liberté.
Parlerai-je des foudres de Rome? Elles ne peuvent effrayer que des superstitieux, et c'est le peuple lui-même qui a brisé l'idole de la superstition. Rome n'est plus à craindre quand le peuple est philosophe.
M'arrèterai-je aux fanfaronnades du don Quichotte du Nord? Mais il n'est pas un Gustave, et nous ne sommes ni des Dalécarliens ni des Russes. La Neva ne coule point en France.
Sera-t-on effrayé des mouvements de l'Espagne? Mais les agitations de son roi, le changement de ses ministres, les réformes parliehes que tente son ministère, la prohibition de nos ouvrages, la convoca-
lion des Cortez, la formation d'un cordon de troupes, tous ces mouvements enfin ne prouvent-ils pas plutôt les terreurs que les projets hostiles du roi d'Espagne? Frappé à mort comme tous les autres souverains, il s'agite pour parer le coup; et, quand ses trésors ne seraient pas épuisés, quand il aurait du crédit, des armées, des provisions, la disposition des esprits est telle, et il le sait, que donner le signal de franchir les Pyrénées, c'est appeler la liberté dans son royaume.
Est-ce enfin le roi de Sardaigne, qui, avec quelques milliers d'hommes qu'il promène dans ses Etats, donne des convulsions à nos profonds politiques? Mais des millions de Français peuvent-ils redouter un prince auquel une poignée d'écoliers a donné dernièrement la loi dans sa propre capitale?
De ces tableaux que résulte-t-il? Que toutes les puissances étrangères ont à craindre les effets de la Révolution française; que la France n'a rien à craindre d'elles. 11 en résulte que ces puissances se borneront à chercher à nous effrayer par des épouvantails, mais ne réaliseront jamais leurs menaces. Et, dussent-elles les réaliser, il n'est pas d'un Français de les craindre; il serait digne de nous de les prévenir. Ah! ces craintes seraient depuis longtemps éteintes si notre ministère avait été composé de patriotes, ou si l'Assemblée nationale avait voulu prendre une attitude imposante vis-à-vis de toutes les puissances de l'Europe. Le stathouder de Hollande eut l'audace de menacer le long parlement d'Angleterre, et ce parlement lui déclara aussitôt la guerre. Louis XIV et Mazarin donnèrent une retraite au fils de Charles I" : le parlement fit signifier à l'orgueilleux monarque de chasser Charles de ses États, et le souple Mazarin obéit. Observez que ce parlement qui bravait ainsi les puissances étrangères avait à soumettre dans son sein et l'Ecosse et l'Irlande rebelles, qu'il n'avait que quarante à cinquante mille soldats à ses ordres : et nous avons trois millions de citoyens soldats. L'étranger le craignait : il nous craindra si lu France veut enfin prendre le ton qui convient à des hommes justes et libres vis-à-vis des tyrans, que notre silence seul enhardit; alors nos fugitifs disparaîtront de leurs États, et l'on n'agitera plus les esprits avec de fausses craintes.
Nos vrais ennemis, Messieurs, ne sont pas les étrangers, mais bien ceux qui se servent de leur nom pour effrayer les esprits; nos ennemis sont ceux qui, quoique se détestant, se coalisent pour déshonorer et désunir la nation en rétablissant un gouvernement sans confiance et qu'ils espèrent maîtriser; nos ennemis sont ceux qui, après avoir fastueusement établi la déclaration des droits, effacent successive-
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ment tous ces droits par des lois de détail; nos ennemis sont ceux qui, après avoir fait déclarer la souveraineté de la nation, établissent au-dessus d'elle un autre souverain sous le titre d'inviolable; nos ennemis sont ceux qui veulent conserver au chef du pouvoir exécutif une liste civile eflroyable, et qui regardent la corruption comme un élément nécessaire de notre gouvernement; nos ennemis enfin sont ceux qui nous disent : Oubliez la nation, ou craignez les étrangers.
Un FYançais se décider par la crainte d'étrangers! 11 n'y a plus de liberté quand on écoute ces craintes, et il faut être ou lâche ou mauvais citoyen pour les invoquer.
Je fais donc la motion expresse que tout individu qui opposerait au cri unanime de la justice et de la liberté la crainte des puissances étrangères soit déclaré indigne du nom de Français, indigne de cette Société; que cette résolution, inscrite dans vos registres, soit envoyée à toutes les Sociétés affiliées.
J'ajoute encore la motion que le système de l'inviolabilité absolue du roi, et surtout en matière de crimes contre la nation, soit regardé comme attentatoire à la souveraineté de la nation et de la loi, et subversif de la constitution, et qu'en conséquence on déclare que le roi peut et doit être jugé.
La Société a arrêté l'impression de ce discours et Venvoi aux So' ciétés affiliées.
Bouche, président;
BiLLECOCO. ClLODERLOS, HeGMEH UCVeU, DUEOLRNV, SaLLE,
Anthoixe, secrétaires.