s'agit évidemment du Clul) uiuiiarchique
60 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [jany. 1791]
fin digne de notre illustre assemblée. Permettez-moi cependant de joindre mes lumières aux vôtres.
« Il me semble qu'il ne serait point indiflerent de nous rendre les maîtres de cette place, et, pour y parvenir, rien n'est plus aisé. D'abord nous commençons par dénoncer le major aux soixante bataillons, et, comme vous savez que nos membres ont eu l'adresse de s'introduire partout, nous pouvons facilement, par une majorité de suffrages qu'il ne dépend que de nous de réunir, faire nommer à cette place un de nos plus zélés défenseurs. »
Ce discours vraiment énergique fut accueilli avec les plus vifs transports; l'orateur fut porté en triomphe de la tribune jacobine à • sa place par les enragés patriotes, et, pour le récompenser comme il ■le méritait, M. le président fit décréter que Gorsas ferait mention du préopinant dans sa feuille du lendemain, le procès-verbal n'étant pas rendu public, et ce pour cause...
Comme il était très nécessaire de déplacer promptement le major» afin d'en venir plus facilement à bout, l'honnête Marat fut chargé du •soin honorable de remplir chaque jour sa feuille d'atrocités sur son compte, afin d'ameuter le peuple contre lui.
Le sieur Marat reçut cette commission avec reconnaissance, et se préparait déjà à faire le serment de remplir avec son patriotisme ordinaire l'emploi délicat qui venait de lui être confié, lorsque le président lui dit, avec toute la noblesse de son rôle : « Il n'y a pas besoin de serment, aimable et véridique Marat; votre zèle est connu; partez et écrivez. »
Qui le croirait? Marat, digne de l'exécration du peuple, qu'il empoisonne cha(]uejour de ses fastidieux écrits, eut des envieux.
Une foule de journalistes se levèrent au même moment pour assurer la respectable assemblée qu'ils n'avaient pas démérité et qu'ils savaient, comme Marat, être fourbes, calomniateurs, insolents, incendiaires et perfides.
Prudhomme ne dit rien ; mais il déposa sur le bureau du président ses deux derniers numéros et le i)lan de doctrine qu'il se proposait d'enseigner au club de la rue Jacubite. On sait qu'il y réunit tous les jours bonne et nombreuse compagnie. On rendit hommage aux talents des auteurs jacobites et la réclamation fut acceptée. On nomma donc pour assesseurs du célèbre Marat Camille Desmoulins, l'enragé ridicule, Brissot, le plagiaire stupide, et Prudhomme, l'imposteur.
L'assemblée décida en outre qu'il serait envoyé sur-le-champ une députatiou des membres les plus gangrenés dans tous les faubourgs
[JANV. 1791] MILLE ET UNIÈME DÉNONCIATION Gt
et marchés de Paris pour faire appuyer la motion jacobite. La place n'était pas encore à la disposition du club, que l'on pensait déjà à nommer l'auguste membre qui devait la remplir. Les uns proposèrent M. de Menou, d'autres M. Barnave, d'autres enfin Nicolas Coupe-Téte, exécuteur des basses œuvres des .lm/.s- de la constitution ; mais, comme cette nomination était très importante, il fut décidé qu'on irait aux voix par assis et levé, ce qui fut exécuté à la minutemême.
M. le président fit faire silence, et annonça que tous les suffrages se réunissaient en faveur de M. Charles de Lameth, et il fut convenu que ce serait lui que l'on porterait aux deux épaulettes de major, lorsque la convocation serait faite pour la nomination. Pour qu'il ne pût point y avoir de quiproquo, il fit bien comprendre que cette nomination, quoique militaire, se ferait comme celle du président de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire que l'on ne porte au fauteuil du président que le membre qui, la veille, a réuni le plus de suffrages aux Jacobins; de la même manière enfin que l'on fait passer les décrets préparés et rédigés dans cette Assemblée r^ui règne aujourcVhui sur toute la F/'ance.
M. Charles de Lameth remercia l'assemblée en annonçant qu'il nepouvait point accepter cette place. On devina à son air embarrassé qu'il portait ses vues un peu plus haut, et les conjectures ne sont pasfausses. On sait qu'il ne serait pas fâché d'obtenir celle de commandant général. On me disait hier, à une assemblée de bataillon, que, malgré les efforts des plats folliculaires vendus à une cabale scélérate, M. de Lameth devait renoncer à ses projets ambitieux. Pour lar place de commandant général, il faut un homme sur la vertu et la bravoure duquel on peut compter. On l'a trouvé, il est chéri de tous ses soldats, et il restera en place tant que l'armée parisienne aura assez de force pour lui donner des preuves de son attachement et de sa soumission. Les sarcasmes de quelques polissons ne produiront jamais l'effet qu'ils en attendent. On peut donc, par charité et par pitié, engager M. Ch. de Lameth à ne pas refuser l'occasion de se produire.
A défaut de M. Charles Lameth, qui persiste dans son refus malgré les représentations de ses véritables amis, comme tous les suffrages, après lui, se réunissaient sur Nicolas Coupe-Tête, il fut décidé qu'il serait nommé. M. Barnave tira de sa poche un petit compliment qu'il fit au héros du 6 octobre 1789. 11 vanta surtout la manière avec laquelle il se présenta dans cette heureuse journée.
M. Nicolas Coupe-Tête n'est pas un très grand orateur; mais, comme
G2 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [janv. J79J]
il connaît les liommes, il remit la hache à M. Barnave, en lui disant quelques mots à l'oreille auxquels ce dernier sourit très agréablement. L'assemblée, qui devinait quelle consigne on donnait, fit entendre les applaudissements les plus expressifs.
Quoiqu'il avait (^ic) été déposé sur le bureau des secrétaires une infinité d'adresses et de dénonciations, la séance fut levée et indiquée au lendemain matin. Avant que les portes ne fussent ouvertes, M. le président annonça que plusieurs membres des ateliers de charité s'étaient présentés chez lui pour lui demander raffiliation au Club pour eux et pour leurs trente mille camarades. On décréta qu'ils pouvaient se présenter le lendemain à la barre, et qu'ils seraient admis sans difficulté.
Février 1791
SKANCE DU 2 FEVRIER 1791
d'après le « l'ATRIOTE FRANÇAIS » DU O FÉVRIER 1791
M. Théodore Lameth s'est plaint aux Jacobins, dans la séance du 2 février', de l'article inséré sur l'injustice faite à la Société de Lonsle-Saunier. Sa voix faible n'a pas permis de recueillir ce qu'il a dit pour sa justification; on a démêlé seulement qu'il prétendait qu'il ne devait j)oint y avoir deux Sociétés dans une même ville. Je ne suis point du tout de cette opinion, qui annonce l'intolérance et le despotisme; et puis, quand cela serait vrai, il ne fallait pas exclure de l'affilialion la première Société, celle qui avait le mieux mérité de la chose publique, et qui était déjà en correspondance. L'assemblée est passée à l'ordre du jour; mais, avec cette formule, l'injustice reste toujours; il faut y persister clairement, ou la réparer-.
1. Il y a dans lorif^iual : du 2 janvier; c'est un lapsus évident.
2. La Société de Lons-le-Sauuior avait été exclue de la correspondance i^ar les Jacobins de Paris en janvier ITJi.Le Patriote français prit l'ait et cause pour elle dans son numéro du 2 février 1791, et inséra sa protestation. Le même jovir, l'atl'aire revint devant les Jacobins dans la l'orme qu'on vient de voir. Le Patriote parla encore dé cette ali'airc dans ses numéros du \2. et du 2o février, du ~i et du l'J mars 1791.
[3if.v. 1791] SÉANCE DU 3 FÉVRIER 1791 03
SÉANCE DU 3 FËVIUER 1791
D " A P R È s LE «JOURNAL DES CLUBS»'
La défaveur que s'est attirée le Club monarchique se manifeste chaque jour de plus en plus. La plupart des sections de Paris ont refusé les aumônes de la distriJ)ution desquelles les membres de ce Chd) étaient venus leur proposer de se charger. La manière dont les monarchistes ont annoncé leurs vues de charité a fait suspecter la droiture de leurs intentions, et leur offrande aux pauvres a été généralement mal accueillie. Les pauvres devaient-ils être privés des secours qu'on leur destinait parce que ceux auxquels on voulait en confier la répartition n'ont pas jugé à propos de la recevoir? Non, sans doute; aussi les sections, en refusant ce qu'on leur apportait pour leurs pauvres respectifs, ont-elles, pour la plupart, remplacé les sommes qu'elles avaient rejetées avec indignation.
Le Club des Jacobins, dans sa séance du 3 février, a reçu des députés des sections du Luxembourg et des Qiiatre-Nations, qui sont venus lui apporter leurs arrêtés sur l'offrande qui lui avait été présentée. Les députés de la première section ont d'abord exprimé leur mépris pour une offrande qui, « faite, ont-ils dit, par les suppôts de l'esclavage, ne peut convenir à des hommes libres ». Ils ont ensuite annoncé que l'assemblée de la section avait formé sur-le-champ, par une contribution volontaire, non seulement la somme proposée, mais un surplus assez considérable pour subvenir aux contributions des autres seclions qui seront moins fortes.
Une députation de la section du Théâtre-Français est venue communiquer les renseignements qu'elle avait pris sur la prétendue fabrication de 80,000 piques rue de Lourcine. En faisant connaître les intentions de l'ouvrier que l'on disait chargé de cette entreprise, elle a dissipé toutes les craintes que l'on aurait pu concevoir d'après les bruits qui s'étaient répandus.
01 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [i fkv. IT'JI]
d'après le « MONITEUR » DU 6 FÉVRIER 1791
Une dépulation du bataillon de Henri IV s'est présentée, le 4 de ce mois, à la Société des amis de la constitution et y a lu un arrêté de la section dans lequel elle déclare qu'elle a appris avec douleur la dénonciation faite le 26 du mois dernier, dans cette Société, par M. Maillard contre M. Carie', commandant de ce bataillon. Cet arrêté porte, en outre, que M. Carie a déployé, depuis la Révolution, le plus grand zèle, et que tous ses frères d'armes s'empressent de détruire la calomnie qui a été dirigée contre lui. Le président a répondu que les tribunaux étaient établis pour rendre justice aux citoyens calomniés, que la dénonciation contre laquelle le bataillon venait réclamer avait été faite dans la Société par un citoyen qui n'en est pas membre, et qu'elle entendait avec plaisir la justification de M. Carie.
[Même séance d'après l'Orateur du peuple, t. IV, p. 393 :]
Le grand Carie voit ses lauriers se flétrir et son protecteur Motier déchoir sensiblement dans l'opinion publique. Voilà pourquoi il cherche à conjurer l'orage qui s'apprête à fondre sur le général et ses infâmes agents, par des démarches toutes plus fausses et plus ridicules les unes que les autres, dans l'espoir de surprendre la confiance de ses concitoyens; de là sa dénonciation, il y a environ quinze jours, et publiée à son de trompe dans tous les journaux, des conférences de Stanislas Clermont-Tonnerre avec Bonne-Savardin ; de là sa visite hypocrite chez un patriote pour l'engager à faire taire sur son compte l'Ami du peuple; de là une députation de son bataillon au Club des Jacobins pour y faire le pompeux panégyrique de son commandant. Le silence de l'assemblée et une réponse ferme et constitutionnelle du président sont tout ce que le prestolet, portant la parole. a obtenu pour prix de son éloquence. Au moment où il peignait, au nom du bataillon, qui a sans doute désavoué ce langage servile, les
1. Raphai'l Carie, bijoutirr place Dauphine, couiuiarulant ilu Lalalilon de la section Henri IV, voulut défendre les Tuileries au 10 août et fut tué par le peupl''.
[iFKVR. 1T91J SÉANCE DU 4 FÉVRIER 1791 Go
sentiments d'amour qu'il avait voués à son commandant, quand il vantait ses hauts faits, ses triomphes, ses lauriers et ses trophées, une voix s'est écriée : Dites ses j^oulardes. En effet, le sieur Carie, qui est fort riche, donne sans cesse à son bataillon des régaux et des carnavaux, afin de nourrir la confiance quand il s'aperçoit qu'elle s'affaiblit.
[Même séance, d'après le Lendemain du 9 février 1791 :]
Vendredi, le Club des Jacobins est resté interdit à la vue de deux ou trois cents personnes qui sont venues en députation et qui ont rempli les cours. On en a introduit une vingtaine, qui ont dit que, citoj'ens de la section de Henri IV, ils venaient réclamer contre une dénonciation qui avait été faite, visant le Club, contre M. Carie, leur commandant de bataillon, et M. Maillard, auxquels ils ont prodigué les épithètes les plus dures. Le président du Club a engagé ces citoyens à se pourvoir devant les tribunaux.