ANV. 1791] MILLE ET UNIÈME DÉNONCIATION
« J'ai appris la semaine dernière qu'un major de la garde nationale avait eu le projet de s'associer à ce club dont tout le crime est de nous déplaire '. Il ne m'en fallait pas davantage pour me faire concevoir le projet de sacrifier cet homme à notre jalousie.
« Je sus que la rlivision s'assemblait pour monter la garde chez le roi. Je me rendis au lieu du rendez-vous, où la troupe était arrivée. A la faveur d'un habit d'uniforme, semblable au louj) dont parle La Fontaine, je passai de rang en rang, pour prévenir chaque soldai citoyen que le major de la division était accusé d'être d'un autre club que de celui des Jacobins. D'abord on me fit la réponse que j'attendais : c'est qu'il était libre à tout homme de choisir telle ou telle Société. Comme j'avais prévu le coup, je ne fus point embarrassé. En effet, j'avançai que la Société dont était le major devait être proscrite; que c'était elle qui avait favorisé le départ des dames tantes du roi ; que c'était à elle enfin à qui l'on devait le siège du village de La Chapelle. En vain a-t-on voulu me persuader que le maire de La Chapelle était le seul coupable, et que cette affaire malheureuse n'avait été excitée par qui que ce soit. Gomme l'imposture a quel»quefois de bonnes raisons, je me montrai digne de la respectable Société, au moyen de deux ou trois calomnies. Je fus assez heureux pour persuader; mais, j'en conviens, ce n'a pas été sans peine : cette maudite garde nationale commence à devenir incrédule et à se méfier de tout ce qui a l'air jacobin. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que je n'avais pas ma petite perruque noire et sans poudre.
« Enfin le dénonciateur passe depuis les grenadiers jusqu'aux chasseurs; en moins d'une minute il fut décidé qu'on n'obéirait point au major. C'est alors, mes chers collègues, que je sentis le doux plaisir de faire propager ces principes de concorde et de paix que je viens puiser deux fois la semaine dans cette assemblée que je regarde comme le f(^»yer du patriotisme.
« Le major arrive; il se fait un murmure dont il ignorait le motif; mais, ne pouvant plus douter qu'il ne fût la cause de cette huée générale, il voulait dire un mot. Comme je craignais qu'il ne vint à bout de se justifier, ce qui ne lui aurait pas été difficile, un coup d'oeil de ma part placé à propos le mit dans l'impossibilité de prouver qu'il n'avait pas le moindre tort, et le brave homme fut condamné comme tant d'autres sans avoir été entendu.
« Vous voyez, Messieurs, que le commencement de cette affaire est fort bien mené, mais c'est à vous qu'il appartient de lui donner une