ÉTABLIE RUE DU BAC, SECTION DE LA FONTAINE DE GRENELLE
l'iu-is. l"lil. iii-8 ilf 7 pages.
[4 février 1701.
Extrait du procès-verhal de la séance de la Société des Jeunes amis de la liberté du 3 février 1791. ■ — Lecture faite d'une adresse à la Société des amis de la constitution, l'assemblée l'a adoptée unanimement et a chargé de la porter et présenter à cette Société MM. Plantade, Gobeau, Roger, Laugier, Pierron, Barbara, Dubois et Tesson, accompagnés de M. le président. ^/r;né ; Xx's^'Eiay.yk^ vice-président : Laugier, secrétaire.
-Vos ennemis communs, l'amour de la patrie. Le devoir, lu raison, l'intérêt, tout nous lie.
Telle est, sages et inébranlables Amis de la constitution, la devise du Club des Jeunes amis de la liberté; tel est l'esprit qui l'animera dans tous les temps, tel est le motif qui le porte à vous demander l'honneur d'entretenir avec vous une correspondance fraternelle.
Dans un moment où les ennemis de la France cherchent, au dedans et au dehors, à attaquer la constitution naissante et immortelle, dans un moment où les enfants de la patrie, toujours inquiets sur son sort, cherchent, d'un bout de l'empire à l'autre, à se rallier sous le même étendard, nous venons avec transport nous coaliser avec vous : votre heureuse influence électrisera nos cœurs; vous serez le foyer où nous viendrons épurer notre patriotisme.
Le Club des Jeunes amis de la liberté, qui ne connaît i)uint de milieu entre le crime et la vertu, entre l'esclavage et la liberté, n'a i)U retenir son indignation contre ces [)artisans de l'aristocratie auli(iue. qui, ayant toujours dans la bouche le bonheur des Français, ne s'occupent, dans leurs assemblées, que des moyens de les asservir et de
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recouvrer des droits qu'ils ne devaient qu'à la naissance et à la fortune.
C/est pour déjouer leurs projets impies que nous venons nous réunir à vous. C'est en vain qu'ils pensent échapper à la vigilance des bons citoyens. Nous démasquerons ces faux patriotes qui, profanant avec une perfidie coupable le cri de ralliement des Amis de la constitution, combattent pour le despotisme, sous l'égide de la liberté; nous attaquerons sans cesse les principes impolitiques autant qu'immoraux de ces insidieux conspirateurs qui, professant hautement une doctrine désastreuse, ont l'impudence de rallier leurs bandes hypocrites au nom de la vraie monarchie.
A n'examiner d'abord que la consonnance des mots, rien, incorruptibles Amis de la constitution, rien de plus constitutionnel, rien de plus conforme aux décrets de l'Assemblée nationale que cette nouvelle Société '. Mais elle n'est, en effet, composée que d'hommes attachés à l'ancien régime, qui, dispersés d'abord sous le nom d'impartiaux, se reproduisent aujourd'hui sous celui de monarchistes, et qui, s'in- Irigant [sic) de toute manière pour ressusciter parmi nous l'aristocratie aulique, s'arment des décrets de l'Assemblée nationale pour attaquer son sublime ouvrage, la constitution, et propager une doctrine <jui ne peut former que des esclaves et servir que des tyrans.
Sages et incorruptibles Amis de la constitution, après vous avoir manifesté la haine implacable et le mépris profond que nous concevons pour la morale impie de la secte monarchique, nous allons vous faire connaître l'esprit qui anime les Jeunes amis de la liberté; et vous jugerez s'ils pouvaient voir avec tranquillité s'élever, au milieu de la capitale, une Société qui se fait gloire de rendre le despotisme l'objet de son culte religieux.
Simple comme leurs cœurs, pur comme leur patriotisme, le serment qui unit les Jeunes amis de la liberté est de tout sacrilier pour elle, de protéger de leur fortune, de leur sang, de toutes leurs facultés, le citoyen généreux qui aura le courage de se dévouer à la dénonciation des traîtres.
Notre première étude sera de nous pénétrer de l'esprit des décrets de l'Assemblée nationale; peut-être même, im jour, serons-nous assez, heureux pour expliquer à ceux de nos concitoyens à qui le sort a refusé de s'instruire les lois sublimes et salutaires que tant de fois on a cherché à leur rendre odieuses. Alors, nous livrant tout entiers au feu du patriotisme, nous nous attacherons à leur prouver que le véri-
t. Il s'ayit tiu Club uionarcliiiiue.
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table amour pour la patrie est inséparable du respect pour la religion et de Tobéissance envers la loi ; nous leur rappellerons sans cesse que, si un peuple n'est heureux qu'autant qu'il est libre, la liberté n'est bien consolidée qu'autant que la plus parfaite intelligence règne parmi les citoyens.
Yoilà, incorruptibles amis de notre constitution, voilà les sentiments qui lient entre eux les Jeunes amis de la liberté; voilà les principes que nous adoptons, que nous chérissons : ils sont conformes aux vôtres, puisqu'ils sont fondés sur la raison, sur la vérité, sur la justice; ils sont conformes aux vôtres, puisque ce sont ceux que professent nos législateurs eux-mêmes. Puisse cette conformité de pensées déjouer enfin les manœuvres sourdes et continuelles des ennemis de la France I Puissent les Jeunes amis de la liberté, unis à jamais de cœur et d'esprit aux infatigables Amis de la constitution, voir enfin leurs efforts et leurs travaux couronnés par le succès!
Imprimé par ordre de la Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins.
Paris, 4 février, l'an deuxième.
Signé : Reubell, président; YiLLARS, G. BoNNECARRÈRE, YoiDEL, Lavie, Secrétaires.