CONFIÉS AU PEUPLE
(S. 1., 1191. in-8 (le IG pages '.)
Une assemblée qui ne conserve aucune mesure n'a droit à aucun
1. Ce pamphlet est précédé de cette épître : « Mon ami, je vous envoie un libelle dans le goût de ceux que faisait Suétone. Je n"ai pas son style, qui cependant, comme le mien, manquait de pureté et d'élégance; mais j"ai son courage. On m'adressera vraisemhlaljlement le même reproche qu'à lui, « d'avoir donné « trop de licence à sa plume, et d'avoir été aussi libre et aussi peu mesuré dans n ses récits que ceux dont il écrivait l'histoire l'avaient été dans leur vie. « On m'imputera encore, comme à lui, d'avoir publié des forfaits qui ne paraissent pas être dans la nature. Suétone ne répondit rien à ses détracteurs; je dirai aux miens : Ouvrez les yeux et voyez. »
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ménagement. Le Clnh des Jacobins insulte à la liberté et afficbe un despotisme qui ferait tomber la tête des rois qui oseraient l'employer. Le sultan qui envoie ses muets n'est pas pire que cette coalition sanguinaire, qui commande l'incendie, le meurtre, les émeutes, aux tliéàtres, aux lieux publics, dans les départements, au milieu des campagnes; qui, par les fds d'une correspondance tissue d'impostures, électrise les esprits crédules et déjà trop disposés aux partis violents; qui, par une protection criminelle, donne un abri aux hommes sans mœurs, sans parole, sans principes, et ouvre son sein corrompu à quiconque peut alimenter la fermentation.
Révolté de tant d'injures à la patrie, je viens mettre sous les yeux du public les opérations du Club des Jacobins et dire quels sont les auteurs de ces coupables scènes. Mais, avant d'entrer en matière, je répéterai, pour la vingtième fois, les opinions de ceux qui m'ont dicté cette violente diatribe.
Ils abhorrent toute idée de contre-révolution, et se déclarent hautement les ennemis d'hommes assez bornés, assez pervers pour appeler, par leurs vœux sacrilèges, des armes étrangères au sein de la France, et dont le fanatisme aveugle est tel qu'ils ouvriraient nos citadelles et nos villes aux troupes de Léopold pour se voir vengés de quelques scélérats devenus puissants dans l'opinion publique.
Ils plaignent ceux qui tendent la main aux fers de l'esclavage en parlant de liberté, et ne peuvent étendre sans frémir leurs regards sur les projets insidieux des vrais ennemis de la constitution, qui l'assassinent au berceau pour s'emparer d'un trône qu'elle défend, et qui, n'ayant de ressources que dans les crimes consommés, appellent à la fois tous les genres de désordre pour éloigner, à la faveur du tumulte, les regards de la loi.
Ils se font gloire d'appartenir au parti peu nombreux, mais inébranlable, de quelques hommes de fer, qui vendront cher une vie contre laquelle on conspire; qui ont consolidé la révolution, qui adorent la liberté, qui redoutent le retour de la tyrannie, mais surtout dans les mains impures d'ime foule d'êtres méprisables qui se traîneraient obscurément dans les immondices des rues s'ils n'avaient revêtu les formes de la sédition et usurjjé le langage des hommes libres.
Ils ne défendent point aveuglément les imperfections d'un code né dans le tumulte de la précipitation, dans les orages de tous les intérêts personnels aux prises, dans le sein de l'ignorance audacieuse ou des lumières corrompues; mais ils savent que les bases sont immuables, que des changements faciles dégageront l'édifice des irré-
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jjiularités qui offusquent les yeux exercés, sachant que Dieu s'est réservé à lui seul la perfection et n'a laissé aux humains que des essais.
Ils ne llottent point entre deux partis, se reposent sans cesse sur ce vieillard qui amène à pas lents des biens que l'espérance embellit; décidés au contraire à opposer à la tyrannie la résistance du patriotisme égorgé, ils braveront, sous l'égide de la loi, les desseins perfides qui animent des hommes insensés contre le trône, trop illettrés pour savoir que les républiques ne se soutiennent que par des vertus et que, dès lors, ils doivent rejeter cette forme de gouvernement. Ils opposeront le vrai courage à ces lâches reljelies, qui ne savent que détacher une populace stipendiée contre un petit nombre de citoyens qui bravent les dangers et non les assassins.
Tels sont les ennemis de l'antre des Jacobins : passons à ses opérations.
Ce club, qiii se vante de connaître la liberté, ne rougit pas de vouloir se créer un Comité des recherches. Effrayé lui-même de cet horrible projet, il le masque sous le nom d'un Comité de confiance. Si ceux que la loi tolère, et dont la patrie a rougi tant de fois, sont une tache à notre régénération, que serait-ce qu'un pareil établissement dans un lieu sans aveu, et dont la persécution est la fonction publique et si extraordinaire? Que n'inventeraient pas de lâches dénonciateurs, toujours dispensés de preuves pourvu qu'ils ne soient jamais stériles, et qui vendraient journellement l'imposture, la calomnie, puisqu'ils trouveraient à chaque heure du jour des hommes plus pressés encore de les payer qu'ils ne le seraient de les débiter?
Eh quoi! les dénonciations, si odieuses dans l'ile fatale des proscriptions, si abhorrées sous Tibère et sous Commode, que toutes les nations ont mises au rang des plus infâmes lâchetés, seraient érigées parmi nous en institutions publiques! Nous boirions sans pudeur la lie de tous les siècles! Ah! i-epoussons ces abominables suppositions.
Ce chil) qui usur])a le jioui des Amis de la constituti(m ne veut pas moins que la saper dans ses fondements. Citoyens, vous allez refuser de m'en croire, et pourtant je ne vous dis que le vrai. Sachez donc que l'on a proposé de former dans le sein fétide de cette assemblée une municiiialilé, c'est-à-dire de (piarantc-huit personnes, dont une de celles que chaque section a fournies. Ainsi l'on saurait tout ce que projette le conseil de la Commune, pour le prévenir à temps, et on lui inspirerait ce qu'on veut (|u"il résolve. Que dis-je? on le lui commandiM'ail par un avis toujours appuyé de qu;ii'ante-huit voix. Ainsi,
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aitivs s'être emparé de TAssemblée nationale, ce club impérienx régnerait sur le pouvoir municipal et finirait par l'anéantir. Je sais ([ue ces projets destructeurs de la constitution n'ont pas encore été acceptés. Mais telle est la marche cauteleuse de ce Directoire : on fait proposer les motions les plus inconstitutionnelles; elles fermentent peu à peu dans les tètes ; un orateur vient les atïaiblir sans les dé-: naturer ; et, saisissant un moment de convulsion, les chefs plus adroits font passer ce qui d'abord avait indigné les esprits froids.
Gomment se trouve-t-il des hommes, demandera-t-on, qui aient la criminelle audace d'élever de pareils desseins?
Le voici : c'est le club perfide qui déclare prendre sous sa sauvegarde tous les dénonciateurs. Tant d'hommes ne sont retenus que par les gibets ou le cachot! Celui qui assure leur vie et leur liberté peut, avec quelques deniers, voir, comme Néron, brûler Rome entière. Le dernier période du crime est d'en promettre l'impunité : l'histoire, si féconde en scélératesses, ne me rappelle point cependant une contrée où l'on ait accordé une sauvegarde aux dénonciateurs. Auteurs et complices de cette coupable nouveauté, vous verrez tourner contre votre sein les poignards que vous aiguisez! Vous succomberez sous les dents des serpents que vous nourrissez; et, nouveaux Laocoons, vous vous débattrez en vain au milieu des sifïlements empoisonnés des reptiles qui vous étoufferont.
Enfin, et ce fait confirme tous les autres, que n'imagine pas le Club des Jacobins contre l'existence du Club monarchique? M. Barnave n'a-t-il pas eu la scélérate impudence de le dénoncer, de le calomnier, de le dévouer aux flammes, de corrompre ses intentions? Le Directoire n'a-t-il pas écrit une lettre séditieuse pour armer les quarante-huit sections contre une association dont le crime est d'unir la charité à la pureté des principes? Cette lettre n'a-t-elle pas été distribuée dans tout le royaume et adressée à tous les états affiliés, qui, dociles aux serments hypocrites des apôtres de la propagande, ne peuvent plonger leurs regards dans ce cloaque infect dont le méphitisme éloigne quiconque n'a pas pactisé avec le vice? C'est donc un jeu que d'avoir assuré dans les décrets la liberté des opinions, la liberté de s'assembler, la liherté individuelle! Barnave vomit cette dénonciation. Les membres calomniés demandent d'être entendus; au mépris de toute justice, les mêmes hommes qui ont dévoré la dénonciation imposent silence à des hommes qui leur faisaient l'honneur de se justifier. Peut-on braver avec cette impudence les lois de l'égalité, et braver avec tant d'audace l'ignominie qui suit le mépris des lois?
Je sais qu'il est un moment de délire où les hommes aveuglés
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applaudissent à tout. On entasse crimes sur crimes, iniquités sur iniquités; mais le réveil vengeur arrive et dessille tous les yeux. D'horribles clartés se répandent et laissent voir l'imposture dans sa hideuse nudité.
Citoyens, nous ne vous avons jamais dévoilé que les scélératesses de trois jours; nous n'avons pas voulu hasarder des faits dont le fond est vrai, mais les détails exagérés. Voulant pouvoir toujours défier les protecteurs du club de nous convaincre d'imposture et de nous assimiler ainsi à leurs écrivains, nous nous tenons dans les bornes d'une scrupuleuse circonspection. Où elle nous abandonnerait, c'est dans le caractère des singuliers personnages de la liberté. On pourrait dire au grand n(tmbre de ceux qui la protègent : De qui tenezvous votre mission? Quelle caution nous donnez-vous de votre doctrine? Que savez-vous? A quel titre faut-il vous écouter? Quel succès justifie votre audace?
Tous qui avez converti en profession l'art d'accuser, qui ne parlez que pour dénoncer, montrez-nous vos droits à notre patience? Croyezvous nous faire prendre du caquetage pour de l'esprit, de la facilité pour du talent, de la mémoire pour de la science, de l'astuce pour de la perspicacité, des calembours pour des raisons? Croyez-vous nous apprendre ce que vous ne saurez jamais? L'usage même que l'on fait de votre temps ne vous prouve-t-il pas le cas que l'on fait de votre personne? Pensez qu'il y a des milliers de gens devant qui vous n'oseriez proférer quatre phrases, parce que, dès la troisième, ils vous mettraient à votre place, et déconcerteraient tellement votre babil qu'il faudrait obéir à leur opinion et vous taire?
Vous, dont nous avons fait quelque chose, parce qu'on imagine toujours que la jeunesse sera modeste, que vous connaissez peu les hommes, si vous pensez que la réputation d'un jour soit durable! Dans quels ouvrages connus avez-vous déposé vos lumières? Quelle opération est garante de voire capacité? Quel monument laissez-vous après cette législature?
Il est facile d'insulter des ministres, d'aduler le peuple, de persécuter les prêtres, de calomnier la noblesse, d'attaquer les rois chancelants sur leur trône, d'insulter une femme qui, contre toute une nation, n'a que son fils et son courage. Mais que pensez-vous que l'on doive d'estime à qui de pareils triomphes suffisent? Si vos maîtres en éloquence éprouvent si souvent la défaveur de l'opinion générale, songez à ce que le temps prépare à l'homme des circonstances, à l'homme qui s'éclipsera le jour que la raison et la paix reprendront leurs droits, à l'homme que nous avons adopté sur la foi de quelques
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prùneurs. Songez surtout que rien ne lui écliappera de vos menées perfides, et que le silence dû à la bassesse de quelques âmes vénales se rompra pour laisser transpirer tout ce que vous ensevelissez aujourd'hui dans l'ombre.
Vous, que les suites humiliantes d'une terrible imprudence devraient tenir dans l'obscurité, employez vos loisirs et quelques talents en faveur de ceux à qui ils appartiennent. Votre temps est à vos créanciers; mais, s'ils vous permettent de le sacrifier à la patrie, ce n'est pas pour déchirer son sein par des complots incendiaires; ce n'est pas pour armer les cito3'ens fanatiques contre les citoyens aveuglés; ce n'est pas pour enivrer le peuple d'une souveraineté imaginaire très propre à dimiiuier sa force réelle; ce n'est pas pour donner un instant de consistance aux conceptions les plus imbéciles et les plus violentes; ce n'est pas pour encourager les dénonciateurs, les agents subalternes de l'anarchie, les exécuteurs barbares des vengeances personnelles; ce n'est pas pour entraîner dans un horrible précipice la multitude abusée, et surtout la jeunesse sans expérience, toujours encline à prendre le bruit pour de la gloire.
Vous surtout, vous dont le premier succès a été un outrage scandaleux aux mœurs pidjliques, qu'on a depuis accusé de toutes les fautes d'un prince dont le grand moyen de justification est son incapacité; vous qui vous traînez dans l'ombre pour y ramasser les débris d'un parti détruit; vous enfin qui voulez ensevelir dans de grands crimes politiques une réputation désastreuse, n'espérez pas échapper à l'œil de la vertu qui vous observe : vous n'êtes ni patriote, ni conspirateur, ni monarchique, ni républicain, ni constitutionnel, ni royaliste, ni mixtocrate {sic); et malheur au parti qui vous emploiera! Vous rampez pour le tromper; vos conseils ont égaré votre patron, vos défenses l'ont perdu, vos intrigues l'ont avili, vos perfidies l'ont ruiné. De son vivant vous l'avez condamné à l'oubli, et, anticipant pour lui la postérité, vous êtes cause qu'il lit d'avance sa propre histoire... Est-U supplice pareil?
A'ous qui avez tenu dans vos mains l'estime de vos compatriotes» à qui l'avez-vous sacrifiée? A la pitoyable vanité d'être l'idole d'un parti. Pourquoi n'avez-vous estimé que la gloire aisée, et vous rassasiez-vous des louanges vulgaires? Funeste épreuve! Vous n'êtes pas même compté parmi ceux qui jouent un grand rôle, et, laissé dans la foule des démocrates turbulents, votre place est marquée au-dessous des M..., des B..., des P...'.