Les Sabats jacobites, tome I, p
2. J'appelle ainsi cette horde de cannibales qui, soudoyée par le club dominateur, va, au moindre signal, piller, brûler les châteaux, et qui, dans chaque département, fait des insurrections par entreprise. {Note de l'original.)
86 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [12 fév. 1791]
payée plus cher que celles que nous avons déjà vues. C'est ce qui avait décidé le sénat jacobite à doubler les bonoraires de ses satellites : on sait que les membres de cet auguste aréopage n'épargnent rien quand il s'agit du bonheur de la nation. Cependant, ces messieurs eurent la douleur de voir cette somme considérable employée inutilement, car le roi, instruit...', envoya le même soir un courrier à Mesdames, qui vinrent tout de suite se réfugier au château des Tuileries.
Lorsque la nouvelle de l'arrivée des tantes du roi arriva au comité secret des Jacobins, MM. de Lameth et Barnave tremblèrent et pâlirent. On présume que c'est du plaisir d'apprendre qu'il n'y aurait pas le lendemain de sang répandu. Pour moi, j'en suis intimement persuadé, et je n'ai rapporté ce fait que pour faire connaître le pur et sincère attachement des grands Lameth et du petit Barnave pour la famille royale.
Le coupe-tète et ses camarades viennent d'écrire au sénat jacobite que, ne pouvant pas lui rendre l'argent qu'ils en avaient reçu pour aller à Bellevue, ils consentaient volontiers à le regarder comme un acompte sur celui qu'il leur reviendrait pour la première expédition civique. Le respectable aréopage, sensible au noble désintéressement de ces messieurs, a ordonné que leur lettre fût consignée dans ses archives, ce qui a été exécuté, au grand contentement de tous les jacobites.
Si Mesdames sont enfin parties, si le peuple n'a point couru après elles, c'est que les jacobites lui ont dit : « Ne vous donnez point cette peine, la première municipalité nous les ramènera. »
d'après « LE LENDEMAIN » DU 17 FÉVRIER 1791
On a lu à la tribune la copie d'une lettre du club de Niort au Club monarchique, en réponse à celle que le Club monarchique lui avait écrite pour l'engager à se coaliser avec lui. Cette lettre était remplie d'expressions foudroyantes contre le Club monarchique et rejetant son invitation comme un piège tendu aux vrais Amis de la constitution, et comme étant aussi l'ouvrage des infimes et méprisables ennemis de l'heureuse Révolution. — Un membre est monté à la tribune,
■1. Celte lacune se trouve dans l'original.
[14 i-Kv. 1791] SÉANCE DU 1-i FÉVRIER 1791 87
et a dit que son devoir, son honneur et son amour pour la Société des vrais amis de la constitution, l'engageaient à prévenir l'assemblée qu'il y avait des membres du Club monarchique qui s'étaient fait recevoir au Club des Jacobins, et qu'il était positif que ces membres, aussi corrompus que dangereux, ne pouvaient être que de véritables espions, préparés pour surveiller et rendre compte de ce qui pouvait se passer dans l'assemblée; que d'ailleurs il observait que, jeudi dernier, il avait prévenu le Comité que, dans le nombre de ceux qui avaient été présentés et passés ce jour-là au scrutin, il y en avait deux qu'il était assuré être du Club monarchique, et qu'il en donnerait les preuves les plus certaines; qu'en conséquence il invitait et engageait de toutes ses forces tous les membres de l'assemblée de ne rien négliger pour se procurer le plus promptement possible une liste vraie et fidèle du Club monarchique, et que, sans aucun doute, on y trouvera les noms de ceux qui sont déjà reçus et de ceux qui postulent pour être au Club des vrais amis de la constitution.
Un autre membre est monté à la tribune et a dit que, dernièrement, dans un café, un soldat de la garde nationale parisienne, et membre de la Société jacobine, s'était approché d'un groupe qui était dans ledit café, et qu'on lui avait dit (sic) pourquoi il portait cet habit; qu'il avait répondu que c'était pour sa sûreté personnelle, et qu'ayant ajouté à sa réponse plusieurs phrases aristocratiques, alors on lui avait dit qu'il fallait changer d'opinion, et que le Club des Jacobins éprouverait une chute inévitable, et que ce membre s'était engagé dans le Club monarchique.
M. Biauzat est monté à la tribune et a dit : « Messieurs, vous vous rappelez sans doute que, dernièrement, j'eus l'honneur de vous faire part de la fuite de notre or, de notre argent, dans l'étranger. Je me propose de vous offrir les moyens les plus prompts pour l'empêcher. Avant d'en faire part à l'Assemblée nationale, je vous demande à ce sujet. Messieurs, si vous agréez ma démarche et le moyen que j'emploierai pour en démontrer l'efficacité et la possibilité, je demande l'ordre pour demain au soir. » Accordé^ applaudi.
Un prêtre, député de la Société des amis de la loi, a demandé l'affiliation pour sa Société. Le président a répondu que l'assemblée prendrait en considération sa demande et qu'elle le priait d'assister à sa séance. — On a annoncé M. du Port, président de l'Assemblée nationale. — M. le président de l'assemblée jacobite a quitté la séance à moitié, pour se rendre à l'Assemblée nationale, où il y avait des choses extraordinaires, a-t-il dit, et a laissé sa place à un ancien secrétaire '.
1. et compte rendu est suivi de ces réflexions : « Une Société composée des
88 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [17 fév. 1791]
[Dans la première quinzaine de février 1791, il y a aux Jacobins, d'après Marchand (Sabats jacobites, I, 36), un débat sur la législation de la culture du tabac. MM. Rœderer, Beaumelz, de Broglie, Ch. Lamelh, l'abbé Gouttes y prennent part.]
XXXIY
d'après le duc de CHARTRES '
17 février. — J'ai été nommé, aux Jacobins, un des commissaires chargés d'examiner le plan d'éducation publique de M. Léonard Bourdon, ci-devant La Crosnière. Je suis arrivé à cinq heures au rendez-vous. M. Bourdon a commencé à nous entretenir de son plan, ce qui a duré jusqu'à huit heures 2.
d'après LE « JOURNAL DE LA RÉVOLUTIONS » DU 22 FÉVRIER
Une députation de la section des Tuileries a dénoncé hier soir aux Jacobins la maison d'un ci-devant parlementaire où l'on fabrique continuellement, et surtout la nuit, des poignards.
fanatiques de la Révolution, dans laquelle se forge une partie des travaux présentés à l'Assemblée nationale, a établi de village en village, depuis Paris jusqu'à Versailles, et de là dans toutes les villes de province, des vedettes nommées Clubs des amis de la constitution. Cette Société reçoit maintenant la députation de toutes les sections de Paris. Elle veut juger toutes les démarches de la municipalité, et cherche à asservir à ses lois le maire, le commandant général, et tous les chefs de département. Enfin, cette Société tend à s'arroger tous les pouvoirs. Espérons quelle n'aura jamais celui d'en imposer aux hommes qui aiment véritablement leur patrie, et qui la voient en butte au despotisme d'une Société pire que le sénat des Troglodytes dont parle Montesquieu... 0 Montesquieu! prévoyais-tu notre Révolution, quand tu nous as otl'ert l'exemple de ces malheureux Troglodytes?... »
1. Correspondance de Louis- Philippe-Joseph d'Orléans, p. 249.
2. On trouvera plus bas, à la date du U mars 1191, le rapport des commissaires sur le plan de Léonard Bourdon.
3. Sur ce journal, voir l'Avertissement placé en tète du présont volume.
[21 FÉv. 1791] SÉANCE DU 21 FÉVRIER 1791 89
[Le môme journal, dans son numéro du lendemain, revient en ces termes sur celte affaire:]
Nous avions connaissance, depuis plusieurs jours, d'une dénonciation très grave faite aux Jacobins. Elle était si alarmante que nous n'avons point encore voulu lui donner de publicité; mais les circonstances, qui paraissent devenir de jour en jour plus sérieuses, nous obligent d'en donner avis pour la sûreté de tous. Une lettre, anonyme il est vrai, mais que son auteur a ensuite reconnue devant le président de la Société, et que ce même président, député à TAssemblée nationale, bon patriote, homme de poids, a assuré à toute la Société être un citoyen très respectable et très digne de foi, lui annonçait que quinze mille étrangers ou autres brigands (quelques-uns ont dit quarante mille) sont répandus dans Paris, armés de poignards et prêts à paraître au premier signal, et que nos ennemis, dans leur rage, ont conçu le projet plus insensé sans doute que formidable, si on les surveille, de faire quelque nuit une Saint-Barthélémy des patriotes. Le contenu de cette lettre a été appuyé et confirmé par un citoyen connu, et très bien connu, qui n'a point voulu donner à une Société aussi nombreuse les renseignements qu'il avait ajoutés, et qui s'est autorisé à les donner en secret au président, avec justification de preuves, pour, de là, porter sa dénonciation au Comité des recherches de l'Assemblée nationale. Nous étions présents, et nous pouvons assurer, d'après la manière dont ce citoyen s'exprimait, qu'à moins de le supposer malintentionné ou fou, et certainement il n'est ni Tun ni l'autre, on ne peut croire qu'il ait parlé sans de puissants motifs '.
1. Le Journal de la Révolulion ajoute les réflexions suivantes : « Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on fabrique à force des poignards, tant à Paris qu'ailleurs, et nous avons dénoncé hier une de ces maisons. Ce qu'il y a de certain, et nous en avons l'assurance personnelle, c'est que, tandis qu'il y a quelques mois on envoyait à grands frais hors Paris, et dans le lieu de leur naissance, les mendiants et gens non domiciliés, on fait venir actuellemeut beaucoup d'étrangers, beaucoup de gens sans aveu, beaucoup de brigands prêts à tout oser.
« Ce qu'il y a de certain, c'est que les initiés aux trames de l'aristocratie sautent de joie, et disent avec un air de triomphe aux patriotes avec lesquels ils ont d'anciennes liaisons que le sang va ruisseler.
« Tout cela n'est point capable d'effrayer des hommes libres et surveillants; mais il fallait l'annoncer hautement, afin de renouveler cette surveillance, afin que nos chefs soient bien persuadés que, si nos ennemis parvenaient, non pas à triompher (ils n'y parviendront pas), mais à faire couler du sang, ces chefs, qui ont de grands moyens pour être instruits de leurs complots et pour les déjouer, eu seront responsables sur leurs têtes. »
90 SOCIÉTÉ DES JACOBIiNS [23 fév. 1791]
XXXYI
[Dans cette séance, on donne lecture d'une lettre de la Société de Givet, qui demande « un renfort d'approvisionnements et de troupes », et envoie des renseignements sur la situation des Pays-Bas autrichiens. On trouvera le texte de cette lettre dans le Journal des clubs, n° XYII, t. II, p. 15G '.]