‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 36 sur 243 · RÉDACTEUR DU JOURNAL DES AMIS DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

RÉDACTEUR DU JOURNAL DES AMIS DE LA CONSTITUTION

(S. I.,- Il février 1791, ia-S de 6 pages.)

Je viens de voir, Monsieur, avec le plus grand étonnement, une liste dans laquelle on m'a cruellement calomnié. Cette liste est celle des membres qui composent, dit-on, le Club des Jacobins ; et je vous avoue que c'est avec le plus vif regret que j'ai vu mon nom placé immédiatement entre ceux de M. Charles Lamelh et de M. Barnave.

Je ne connais ces deux braves patriotes que de réputation et par leurs hauts faits; et, il m'est permis de le dire, puisque c'est moi qui parle de moi-même, je n'ai pas encore atteint le degré de célébrité où ils sont parvenus, et je ne suis point encore digne de marcher avec eux sur la même ligne.

Ma modestie se refuse à un pareil parallèle ; j'ai acquis, à la vérité, une certaine renommée; l'art que j'exerce m'a valu un nom; mais je ne prétends point aller sur les brisées des autres, et m'approprier une gloire qui n'est due qu'à eux. Bailleurs je ne suis, Monsieur, et vous le savez, je ne suis qu'en sous-ordre ; je ne peux, par conséquent, m'assimiler à des chefs qui se sont à eux-mêmes frayé une route nouvelle, tandis que moi, je suis tout bonnement le chemin que m'ont tracé mes prédécesseurs.

Vous voyez. Monsieur, jusqu'où va la méchanceté de certains êtres qui, sûrement, enviant ma place, n'ont composé cette liste que pour me faire deux ennemis de MM. de Lameth et Barnave, en faisant croire à ces derniers que je les rivalise et que je veux faire assaut de réputation avec eux. Non, Monsieur, je sais trop ce que je dois à ces

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grands maîtres; je suis trop loin derrière eux pour prétendre même aies approcher de sitôt; d'ailleurs, quand j'aurais formé ces chimériques projets, la justice d'aujourd'hui est un peu trop paresseuse pour me procurer souvent des occasions de m'illustrer. Ces messieurs, au contraire, font naître et commandent les circonstances; dès lors, si j'avais même assez de vanité pour croire qu'il y a entre nous parité de talents, je me trouverais encore loin de compter avec eux. Je n'ai même pas, Monsieur, assez de gloriole pour me croire en état d'être comparé à Nicolas Coupe-Tête : à plus forte raison ne pourrais-je me mettre dans l'imagination que je suis le rival de gloire de ces messieurs. Dans tous les cas possibles, je n'aurais jamais à mes ordres que deux ou trois valets au plus, tandis que MM. Charles Lameth et Barnave commandent en chef une armée de gens, dont le plus petit pourrait être mon maître.

Vous êtes, Monsieur, l'ami des deux personnes dont on a voulu m'enlever la bienveillance; faites-leur connaître, je vous prie, combien je suis mortifié moi-même de cette circonstance, qui peut-être leur aura persuadé que j'avais le projet de les supplanter et que, sur cette liste, je n'avais fait accoler mon nom aux leurs que pour sonder l'opinion publique et même la préparer en ma faveur. Faitesleur sentir, et peut-être l'ont-ils déjà éprouvé eux-mêmes, que, dans notre carrière, on a souvent bien des ennemis, et que, dès lors, c'est à un de ces êtres vils qui se cachent sous le masque de l'anonyme qu'ils doivent attribuer cette petite fanfaronnade dontje n'aurais jamais été capable.

Sollicitez-les, Monsieur, en ma faveur; engagez-les, j'ose vous en supplier au nom de ma femme et de mes enfants, qui n'ont point d'autre ressource, engagez-les à oublier cette calomnie répandue avec tant d'aigreur sur moi; persuadez-les bien de ma modestie, et dites-leur que, loin de prétendre figurer à côté d'eux, je reconnais la supériorité de leurs talents sur les miens, et que je n'aspire qu'au second rang après eux : après de si grands hommes, la seconde place est encore houdrable.

Voilà, Monsieur, ma profession de foi; je connais votre humanité; c'est à ce titre que j'ose vous adresser ma réclamation. Vous êtes, m'a-t-on dit, rédacteur du Journal des amis de la constitution; insérez, je vous prie, ma lettre dans votre journal, afin de lui donnei- de la publication [sic], et permettez-moi de la livrer à l'impression, pour montrer au peuple combien je suis indigné moi-même du parallèle qu'on a voulu me faire jouer. J'espère, d'ailleurs, par cette grande publicité, prouver à MM. Barnave et Lameth que je n'ai trempé pour

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rien dans ce complot, elles engager, par cet acte de soumission, à ne pas réunir ma place à la leur.

J'ai riionneur dVHre, Monsieur, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur,

Sanson, Exécuteur des hautes œuvres.

Paris, ce 11 février 1791.

PARODIE PAR MARCnAiND '

Mesdames, tantes du roi, devaient, ainsi que le disaient messieurs les jacobites, passer en Italie pour }- épouser, l'une notre saint-père le pape, et l'autre le grand maître de l'ordre de Malte. Avec le secours de ces deux puissants souverains, elles se proposaient de rentrer en France au printemps prochain et d'y opérer une contre-révolution. Le comité du Club des Jacobins, informé de ce projet aristocratique, voulut le prévenir en employant les petits moyens ordinaires dont jusqu'à ce jour il s'est servi avec tant de succès.

Le samedi 12 février 1791, les sénateurs jacobites se cotisèrent pour envoyer le lendemain de grand matin, au château de Bellevue, la troupe des patriotes ^ errants. Cette expédition, payée d'avance, coûta 9,306 livres à la vénérable Société, y compris le vin, l'eaude-vie et les honoraires du coupe-tète. On se récriera peut-être un peu contre une pareille somme; mais il s'agissait de ramener Mesdames à Paris, avec tous les honneurs que la famille royale reçut à la journée du 6 octobre. Leur marche triomphale devait être précédée de plusieurs têtes d'aumôniers et de dames d'honneur. Quelle que soit l'utilité de ces sortes d'expéditions, messieurs les jacobites n'ignorent pas qu'elles ne se font jamais pour rien. Une procession de tètes de femmes et d'abbés était pour le peuple de Paris un spectacle nouveau, et, par cette raison seule, elle devait être

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