LETTRE DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA CONSTITUTION
AUX SOCIÉTÉS QUI LUI SONT AFFILIÉES (Paris, Impi'imerie nationale, s. d., in-4 de 4 pages.)
[9 janvier 1791.]
Messieurs,
Le patriotisme des Amis fie la constitution a plusieurs fois sauvé la France; toujours il a déconcerté les projets des factieux et affermi la liberté; mais la vigilance, le zèle, le courage ne furent jamais plus nécessaires que dans ce moment. Un nouveau complot menace cette constitution que nous avons juré de défendre. Les ennemis acharnés du bien public redoublent leurs criminelles tentatives. Ils devraient certes être rebutés par le peu de succès de leurs efforts; ils devraient enfin sentir que, malgré leurs vaines fureurs, l'édifice du bonheur public sera élevé jusqu'au faîte par les mains hardies qui en posèrent les fondements.
Jusqu'à présent^ projets de contre-révolution, manœuvres pour soulever l'armée, menées pour empêcher la perception des impôts, pour anéantir le crédit public, pour introduire le désordre dans les finances, rien ne leur a réussi: l'énergie du peuple et la fermeté de l'Assemblée nationale ont fait échouer leurs coupables entreprises. Un seul espoir leur reste : il est affreux, cet espoir. Us se flattent d'allumer une guerre de religion; ils ont le projet barbare d'armer le fanatisme contre cette constitution qu'ils détestent et qu'ils voudraient renverser. Peuvent-ils espérer qu'au milieu d'un siècle tolérant et éclairé l'aveugle superstition fera couler des flots de sang, et que l'anarchie, les dissensions civiles ramèneront le règne de l'aristocratie qu'ils regrettent encore?
Ils se flattent pourtant de parvenir à leur but en répandant, dans ces nombreux libelles dont ils inondent la France, que l'Assemblée nationale a outrepassé ses pouvoirs lorsqu'elle a fixé la constitution civile du clergé. Cette allégation, Messieurs, est fausse et criminelle: ce décret ne peut nullement alarmer les consciences. Les représen- ! tants (lu peuple français ont uniquement prononcé sur le temporel^ *t ont exercé le même pouvoir dont nos rois ont joui, comme législa-
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leurs provisoires, avant que les droits de la nation fussent solennellement reconnus et établis. Pénétrée du respect le plus profond pour les dogmes de la foi, TAssemblée, par le décret du 13 avril 1790, a déclaré formellement qu'elle na et ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur les consciences et sur les opinions religieuses , et que la majesté de la religioti et le respect qui lui est dû ne permettent point quelle devienne un sujet de délibératioii.
C'est donc à tort que les ennemis de la constitution répandent avec affectation que TAssemblée nationale veut détruire le culte de nos pères. Quelle absurde calomnie ! Quoi ! ils veulent détruire la religion, ceux qui ont ramené les temps de la primitive église en faisant élire les pasteurs par les fidèles confiés à leurs soins; ceux qui ont forcé les ecclésiastiques à avoir désormais du mérite pour devenir des fonctionnaires publics; ceux qui ont placé les miinistres des autels entre une scandaleuse opulence et une humiliante pauvreté; ceux enfin qui ont mis les frais du culte au premier rang des dépenses publiques I Jamais, au contraire, la religi(m ne fut plus respectée; son empire sera désormais fondé sur Tégalité et la tolérance, et les vertus de ses ministres en seront le plus ferme appui.
Par quelle fatalité une partie des ecclésiastiques fonctionnaires publics, membres de l'Assemblée nationale, n'a-t-elle pas été frappée de ces vérités importantes? Comment ont-ils pu se refuser à prêter le serment ordonné par la loi? Plusieurs d'entre eux ont été entraînés, nous nous plaisons à le croire, par des scrupules déplacés, par les impulsions d'une conscience égarée; mais n'en est-il pas aussi qui, plus dociles peut-être à la voix des préjugés et de l'intérêt personnel qu'à celle de la justice et de la vérité, se sont ligués avec les ennemis de la constitution, dont ils servent les coupables projets? Quoi qu'il en soit, nous devons craindre que l'exemple contagieux de la désobéissance aux lois ne se propage dans les départements. C'est dans un mouK'ut où les consciences peuvent être agitées par la superstition et la méchanceté qu'il faut que les Sociétés des amis delà constitution s'arment de prudence et de courage pour prévenir les malheurs qui peuvent nous menacer. Nous vous en conjurons, Messieurs, et la patrie vous l'ordonne, employez tous les moyens que vous inspirera votre patriotisme pour faire régner le calme dans vos contrées et obtenir l'obéissance aux décrets de l'Assemblée nationale. Conjurez les ministres des autels de ne pas prêcher la guerre au nom (hi Dieu de paix. Rassurez les esi)rils faibles sur les intentions vraiment pures des représentants de la nation. Parlez à tous les citoyens le langage de la raison; la raison iVuula la constitution française: c'est à elle à
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l'affermir. Représentez-leur combien les dissensions civiles sont désastreuses, et surtout de quels horribles maux la religion a souvent été le prétexte. Redoublez de zèle et de vigilance pour éviter les désordres et assurer la tranquillité publique. Craignez que le peuple, égaré par l'amour de la liberté, ne se livre à quelques excès contre les ecclésiastiques qui refuseraient de prêter leur serment. Modérez son indignation ; dites-lui que la moindre violence contre les ministres du culte pourrait rendre intéressants, aux yeux de la superstition, des rebelles à la volonté nationale. Faites-lui sentir que ces ministres, victimes de leur orgueil et de leur opiniâtreté, seraient décorés par les perturbateurs du repos public du beau nom de martyrs de la religion. Qu'il soit convaincu, ce peuple que l'on veut tromper, que la persécution anime le fanatisme et que la tolérance le détruit; qu'il soit bien pénétré de cette grande vérité que la Révolution est achevée, que l'empire des lois est sacré, qu'elles punissent les coupables et que leur exécution tranquille peut seule affermir la constitution.
Il est bien consolant pour nous, Messieurs, de penser que d'une extrémité de la France à l'autre, réunis par le plus pur patriotisme, nous allons tous travailler à éviter les maux dont nous menacent les ennemis du bien public. C'est dans ce moment de crise que nous devons être fiers de former cette sainte coalition d'Amis de la constitution. Prêtres et missionnaires de la liberté, jurons de nouveau d'être toujours fidèles à son culte et de la défendre contre les attaques des fauteurs du despotisme.
Nous sommes très fraternellement, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Imprimé par ordre de la Société.
Paris, ce dimanche 9 janvier 1791, Tan deuxième.
Signé: Victor Broglie, président.
Alexandre Beauharnais, G. Bonnecarrère,
YoiDEL, secrétaires.
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d'après le duc de CHARTRES'
Le soir j'ai été aux Jacobins avec MM. de Sillery et Voidel. J'ai dit (par l'ordre de mon père) que, n'étant pas en état de faire un ouvrage, je ne me chargerais que de la traductio7i littérale^ et que M. Pieyre^ la rédigerait et y mettrait son nom. Cette proposition a été adoptée.
DISCOURS
ADRESSÉ A l'assemblée DES AMIS DE LA CONSTITUTION, DE PARIS,