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PAMPHLET GRANDS REMERCIEMENTS AUX JACOBINS

SUR LES UAUTS FAITS DE LA JOURNÉE DU 28 FÉVRIER 1791 (S. 1. n. il., in-8 de 8 pages.)

En vérité. Messieurs du directoire jacobite, vous êtes heureux dans toutes vos entreprises : vous réussissez comme vous voulez; vous dirigez l'opinion publique comme il vous plaît; vous n'avez qu'à parler pour être écoutés, qu'à écrire pour être lus, qu'à commander pour être obéis; blanc ou noir, tort ou raison, bien ou mal servis, mensonges ou vérités, c'est égal : on ne regarde pas après vous. Avec deux mots seulement : Liberté et Constitution, placés avec art, vous allez faire courir la multitude où vous voulez. Le fameux Pinetti auprès de vous n'est qu'un ignorant. Vous escamotez la vérité avec une adresse, une subtilité... D'autres disent : avec une scélératesse, une hypocrisie... N'importe, vous réussissez... à l'aide de quelques compères, comme qui dirait Marat, Prudhomme, Camille Des-

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moulins, Carra, Martel, Gorsas, Audouin, etc. Sans compter Jean Bart et le Père Duchesne, qui se met pour vous dans des colères à devenir tout noir. Et malheur aux écrivains qui oseraient leur donner un démenti! La meute carnassière de votre chenil en aurait bientôt fait sa curée. En vain réclameraient-ils les droits de l'homme; vous en exercez un qui les vaut tous, le droit du plus fort; aussi en tirezvous parti jusque dans vos querelles particulières.

Cependant, raillerie à part, dois-je vous faire mon compliment sur la journée du 28 février? Voilà encore une époque qui vous immortalise : car, à en juger par les apparences, vous vous êtes débarrassés d'un fier fardeau que vous avez débardé habilement sur le dos de ces braves monarchistes. C'est leur faute aussi; pourquoi se trouventils toujours sur votre passage, et s'avisent-ils de venir faire échouer la plus belle manœuvre que vous ayez entreprise depuis la fameuse journée du 6 octobre? Vous aviez si bien pourvu à tout! Ce qu'il y a de pire encore, échouer pour la troisième fois, et après dix-huit mois de combinaisons... Ah! cela ne peut se pardonner. Consolez-vous cependant, jamais retraite ne fut plus glorieuse :

Vous fuyez, mais en Parlhe, en leur perçant le cœur.

(Corneille, RodogiDie.)

Enfin vous voilà tirés d'affaire. Ils s'en tireront comme ils pourront, n'est-il pas vrai? Vous avez fait là un coup de maître, et voilà votre réputation établie mieux que jamais. Eh! vite, profitez de l'avantage que votre adresse vous donne sur vos ennemis ; terrassez-les ; ne leur laissez pas le temps de se relever, ni au peuple d'ouvrir les yeux. Déjà la horde privilégiée des écrivains révolutionnaires a reçu le signal ; chacun d'eux donne carrière à son imagination, à tort et à travers, à qui mieux mieux, pour vous seconder dans une si glorieuse entreprise et vous livrer vos victimes dans l'état où vous les demandez. Il faut convenir cependant que vous n'avez pas beaucoup de peine à convaincre des esprits déjà prévenus, et qui ont fait serment de vous en croire sur parole, à en juger surtout par un de vos écrivains, qui est d'un malin..., qui abonde en preuves... : il faut l'entendre.

C'est M. Audouin, vous le connaissiez; laissez-moi l'interroger. Son début est curieux :

Le voilà donc manque, ce complot plein d'iiorrcur!

Bravo, Monsieur Audouin. D'après cela, le doute même n'est plus per-

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mis. C'est ce que nous allons voir en vous suivant pas à pas. Car le meilleur moyen, selon moi, pour convaincre un écrivain de mauvaise foi et calomniateur, est de le confronter avec lui-même. Parlez, Monsieur Audouin, je vous écoute.

Vous parlez de scélérats qui, la semaine dernière, ont échoué dans leurs entreprises. Mais répondez; c'est dans celle même semaine que des brigands se sont portés impunément au palais du Luxembourg, en ont arraché le frère de voire roi; c'est dans cette même semaine que les mêmes brigands ont été, de par le Club jacobile, investir le château des Tuileries pour forcer avec menaces la volonté de Louis XVL Avez-vous dénoncé ces brigands? Au contraire, vous les avez protégés, défendus contre ceux qui venaient pour les repousser. Le maire de Paris a été menacé de la despotique lanterne, et le général de la garde nationale parisienne a même été blâmé d'avoir employé la force où elle était nécessaire. Oui les a blâmés? Les écrivains incendiaires, soi-disant patriotes. Et à la suite de tout cela vient la fausse attaque du château de Yincennes, projetée plus de huit jours avant. Demandez-le au Club des Jacobins et principalement au Club des Cordeliers : ils en savent long sur cet article. Eh bien, d'après la chaîne de ces événements, croyez-vous que j'aie deviné les scélérats qui, la semaine derrière, ont échoué (dites-vous) dans leurs projets?

« Les agents du fanatisme de l'aristocratie, d'accord avec les monarchiens et les prélats déposés par la constitution, ne soupirent qu'après l'absence du roi, occasionnée par tel ou tel moyen... La journée de lundi était marquée, par la bande régicide composée de tous les dénommés ci-dessus, pour exécuter le complot le plus affreux ; les Noirs, qui voulaient commettre un crime atroce, ont engagé le peuple à se porter à Yincennes pour abattre le donjon; une partie du peuple y est allée, j'en suis sûr, de la meilleure foi du monde, et ne s'apercevait pas que cette démarche servait la cause de scélérats qui, la semaine dernière, avaient échoué dans leurs projets. »

A mon tour. Monsieur Audouin ; vous avez fini votre période, je vais commencer la mienne. Vous parlez de bande régicide, de complot affreux, de crime atroce, etc. : tout cela me paraît louche, et vous cherchez à en imposer sans preuves. Mais moi, qui ne suis pas votre dupe, voilà comme je pose mes doutes pour me rapprocher plus de la vé- Tité. J'appelle bande régicide ceux qui, le 6 octobre 1789, se sont introduits à main armée et déguisés dans les appartements du roi, à Versailles. J'appelle complot affreux avoir isolé la famille royale, en massacrant jusque sous ses yeux les gardes commis pour sa défense, ■et je crois en apercevoir la preuve dans la défense faite aux juges du

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Châtelet de poursuivre les auteurs de cet attentat, malgré les dépositions des témoins et les réclamations des législateurs monarchistes, que vous appelez les Avoirs ou les Monarchiens.

Or, voilà ces mêmes Noirs, ces mêmes Monarchistes que vous mettez ici en jeu, en les accusant d'un projet d'attentat tout à fait pareil à celui du 6 octobre, et cela me paraît impliquer contradiction. Voyons donc maintenant de quelle manière vous vous y prenez pour convaincre ceux que vous accusez. Ils ont, dites-vous, engagé le peuple à se porter à Yincennes, afin (dites-vous plus bas) de laisser les Tuileries sans défense, afin d'avoir le loisir d'assassiner Louis XYI.

Ah çà ! Monsieur Audouin. comment allons-nous nous arranger? Car, moi qui vois dans l'attaque de Yincennes un nouveau moyen d'isoler la personne du roi, je dis : Chatte échaudée craint Veau froide ; et les monarchistes, qui se souviennent du danger que courut Louis XYI à Yersailles, ont pu, j'ose le dire, ont dû se rassembler pour garantir sa personne sacrée. Armés de poignards ! direz-vous. Oui : pouvaientils, aux yeux de leurs ennemis et de la nation qui les réprouve, s'armer ouvertement contre des assassins ténébreux, qu'on ne peut repousser que dans les ténèbres ? Quels sont ces assassins ténébreux? direz-vous. A cela je répondrai ce qu'au milieu de l'Assemblée nationale répondit avec fermeté , et non pas sans motif, le brave La Fa3'ette à Philippe Capet lors de son retour de Londres : « Monsieur, lui dit-il, les choses sont encore ce qu'elles étaient le G octobre 1789. »

Etes-vous de bonne foi, Monsieur Audouin, lorsque vous dites affirmativement, toujours dans la même feuille, « qu'il ne s'agissait de rien moins que de massacrer les soldats de la patrie qui défendent les jours d'un roi aimé du peuple et détesté des ci-devant »? Monsieur, vous écrivez au hasard : tout prouve, clair comme le jour, que ce projet insensé n'a pu être conçu que dans votre imagination calomniatrice. Les portes, le jardin, les cours, le château des Tuileries sont gardés par des postes multiples. Il eût fallu assassiner tous les soldats sans en laisser un seul, ce qui est absurde à penser. Que ne dites-vous tout de suite (cela ne vous eût pas coûté davantage) qu'il ne s'agissait rien moins que d'assassiner tout Paris et même toute la France? Yous faites là à la garde nationale une peur dont elle reviendra facilement en réfléchissant tant soit peu. Et qui sait si vous ne lui faites pas votre cour pour l'intéresser de moitié dans vos calomnies? Pourquoi affectez-vous de dire: un roi aimé du peuple et détesté des ci-devant? Personne ne vous conteste l'amour du véritable peuple pour son roi; mais vous êtes un lâche flagorneur, et vous avez encore voulu faire ici votre cour au peuple bon et crédule aux dépens Tome II. 9

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de l'honneur, peut-élre de la vie de ceux que vous vous attachez à poursuivre avec tant d'acharnement. Et si je prouvais que les ci-devant que vous indiquez ici ne détestent point et même sont moins intéressés que leurs ennemis à détester le roi? Vous dites que, dans le nombre des gens qui se sont introduits, on a reconnu « des gardes du corps, des anciens officiers, des gardes françaises et plusieurs de nos fameux Noirs », Mais, sire Audouin, remarquez-vous que le titre de monarchistes suffit seul pour les montrer innocents du crime dont vous les accusez? Qui mieux qu'eux a défendu les droits du monarque et de la monarchie? Pourquoi détesteraient-ils le monarque? Est-ce lui qui les a privés des prérogatives attachées à l'ancienne constitution? Sontce les monarchistes qui ont fait l'injure à Louis XYI de proposer la diminution de la liste civile, etc., etc.? Croyez, Monsieur, que les monarchistes sont hien dans le cas de disputer d'amour pour Louis XVI avec des traîtres , de vils anarchistes , assez scélérats pour composer, protéger et même j^rocurer à lire gratis au même peuple un livre intitulé : Les Crimes des rois de France depuis l'origine de la Monarchie^. Il n'appartient qu'à vous, à vos iiareils, à ceux qui vous protègent, d'enfanter de pareils monstres; voilà encore ce que j'appelle des régicides. Oui, Monsieur, et, malgré votre hypocrisie, ce n'est ni à vous ni à vos pareils que je confierais la garde du monarque dont vous feignez si hien de prendre la défense. Et vous osez traiter d'assassins, de régicides, des ci-devant serviteurs du roi, qui répondraient de sa vie sur la leur, et qui n'ont été proscrits que pour avoir trop voulu la défendre I Louis XVI lui-même pourrait-il blâmer leur démarche? Qu'il se ressouvienne d'avoir, au milieu du péril le plus éminent (sic)^ imploré en vain la présence du Corps législatif, qui aurait pu lui servir de bouclier et en imposer aux factieux qui, pour se frayer un chemin jusqu'à lui. massacraient ses gardes jusque sous ses fenêtres! Que le peuple se souvienne delà réponse orgueilleuse et tyrannique que fit un de ses députés à l'humble frère du roi : qu'il n'était point de la dignité de l^ Assemblée nationale d'aller chez Sa Majesté.'

Comment oseriez-vous affirmer que, lundi 28, il n'y avait point de danger pour le roi? Si l'on n'eût rien craint, aurait-on doublé la garde? Sans doute je ne conteste point à la garde nationale le droit de garder un roi qu'elle aime, et certainement, comme vous dites,

1. II s'agit évidemment du célùbre ouvrage de Lavicomterio, les C/vwev des rois de France, depuis Clovis jusqu'à Louis XVI, Paris, 1791, in-8, réiniprimû en 1792, en lan II, en 1833 et en 1834.

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elle remplit avec distinction cette fonction lionoralile; mais est-ii défendu pour cela aux monarchiste^: d'aimer le roi, et de l'aimer assez pour, dans de pareilles circonstances, ne le croire jamais trop bien gardé et trop bien défendu?

C'est ce que vous objectent ceux que vous nommez avec mépris les ci-devant. Vous leur répondez, dans le numéro suivant, « que lorsqu'on vient dans de bonnes intentions on arrive armes hautes», et, tout de suite, vous prévoj-ez leur objection, qui est que la garde nationale les aurait empêchés d'entrer chez le roi si elle avait vu leurs armes. A cela vous répondez : « Oui, parce qu'il ne doit y avoir d'hommes armés que par la loi. » Mais ils pourraient vous répondre à leur tour qu'ils ne fussent point venus armés ainsi contre des gens armés par la loi, et j'en reviendrai toujours, jDOur les justifier et pour vous confondre, à l'attentat du 6 octobre, dont les fauteurs n'étaient pas, sans doute, armés par la loi. Mais vous ne voulez rien entendre sur cet article; cela ne m'étonne point, car, dit le proverbe : Il n'est pires sourds que ceux qui ne veulent point entendre. Convenez cependant, Messieurs les Jacobins, que les monarchistes ont bon dos. Ils sont réellement pour vous ce qu'était jadis aux Hébreux le bouc émissaire, que l'on chassait hors de la ville après l'avoir chargé des péchés du peuple.

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