‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 61 sur 243 · FKV. 1791] L'AFFAIRE DU CURÉ D'ISSY-L'ÉVÉQUE · texte numérisé non relu

FKV. 1791] L'AFFAIRE DU CURÉ D'ISSY-L'ÉVÉQUE

provisoire de l'abbé Carion. Robespierre et Mirabeau firent décréter son élargissement définitif.]

A la salle des Jacobins affluent sans cesse des députations,

ou pour les féliciter, ou pour demander leur communion, ou pour éveiller leur vigilance, ou pour le redressement des torts. Parmi celles qui ont ce dernier objet, je dois faire mention d'une députa tion attendrissante des paysans d'Issy-l'Évèque.

Un Danton en soutane, M. Carion, curé et maire d'Issy-l'Évéque, est détenu depuis six mois au Châtelet, On se souvient qu'à cette époque les aristocrates, qui font semblant de croire que la France va former 83 grandes républiques, divisées en GOO moyennes républiques , sous-divisées elles-mêmes en 48,000 petites républiques, citèrent pour exemple la république ou plutôt le petit royaume d'Issy-l'Évèque, qu'un curé venait de fonder près d'Autun. Déjà, publiaient tous les aristocrates, M. Carion, à l'exemple de Clodion le Chevelu, s'était fait élever sur le pavois du village. A la fois législateur, roi, pontife et général, il rendait des décrets, établissait des foires, levait des troupes, faisait abattre un pan de muraille pour élargir la grande rue de sa capitale , enfin partageait les terres comme Lycurgue. Le Châtelet était alors saisi de la connaissance des crimes de lèse-nation. A ces nouvelles, Flandre de Brunville ' fait un beau réquisitoire, suivi d'un décret contre le curé. Deux aristocrates de village, mais non moins vauriens que ceux de la cour et de la ville, nommés Mollerat et Frapet, avaient brassé cette procédure et parvinrent à traîner dans les cachots du Châtelet un excellent patriote, un pasteur vénérable et de la trempe de Fénelon, en attendant que Boucher d'Argis trouvât le moyen de l'enterrer dans les galbanum de Bicêtre. Voici maintenant ce qui résulte d'une instruction de cinq mois. Ce que les accusateurs aristocrates avaient appelé le Code du curé législateur, c'était le règlement provisoire de la commune et le registre de ses délibérations. C'étaient là les décrets de M. le curé. Varmée qu'il levait pour défendre la frontière, c'était la garde nationale du village, qui , avant que l'Assemblée nationale eût défendu la cumulation des pouvoirs, avait voulu que M. Carion réunît l'écharpe à la double épaulette et à l'étole. h' amodiation paisible et faite sans réclamation d'un terrain communal, pour subvenir à Téquipement de la garde nationale, c'est là ce que le procureur du roi du Châtelet nommait le partage des terres. Il avait rétabli mo-

l. M. de Flandre de Brunville était procureur du roi au Châtelet. Tome II. 10

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mentanément d'anciennes petites foires pour l'aire vivoter ses patriotes, en quoi il ne faisait qu'user de la liberté accordée par les décrets qui ont aboli les privilèges; voilà ce que M. Frapet qualifiait d'usurpation d'un droit de souveraineté. Une cotisation volontaire, pour subvenir (sans préjudice de l'impôt . aux dépenses que nécessitait l'aristocratie, c'était lever des tributs. Enfin, la destruction d'un mur illégal et arbitraire, servitude imposée au village, dont le propriétaire même reconnaissait l'injustice, et que le maire, de l'avis du conseil général de la commune, faisait ouvrir, voilà ce pan de muraille que le roi Carion faisait abattre pour l'embellissement de ses États, qui ne laissent pas que d'avoir 9 lieues de circonférence et de surpasser en étendue la république de Saint-Marin. Âujourd' hui, une députation des liabitants d'Issy-l'Évéque, envoyée à l'Assemblée nationale pour réclamer contre la longue et tyrannique détention de leur curé, est venue intéresser en sa faveur la Société des Jacobins, où ces bons villageois ont parlé en ces termes :

« Nous venons chercher notre pasteur et déposer en faveur de son innocence. Dans tout ce qu'il a fait, il a exécuté les ordres que la municipalité avait donnés avant qu'il eût été choisi pour le maire de notre village. Soit en réglant la chose publique, soit en réprimant les vexations particulières, il a toujours agi d'après le vœu et la réquisition de notre communauté. En établissant des greniers d'abondance, il a mis dans ces greniers une partie de sa fortune. Il distribuait au peuple les provisions de blé à une moindre valeur qu'il ne les avait achetées. Il accordait aux pauvres des billets pour recevoir gratuitement la quantité de grains qui leur était nécessaire, et qu'il payait de son argent. S'il y a eu dans notre village et dans nos environs un homme bienfaisant, c'est lui ; s'il y a eu des coupables, c'est nous qui le sommes. Nous arrivons à pied du fond de nos habitations éloignées; nous avons parcouru l'espace de 80 lieues; notre courage augmentait à chaque pas. Nous voilà, Messieurs, à la porte de l'Assemblée nationale; nous venons lui demander, pour toute grâce, qu'elle nous laisse prendre les fers de notre curé, et que l'on rende à notre paroisse son bienfaiteur et son père. »

L'attendrissement a été universel, et l'on a ordonné l'impression du discours.

Une lettre de la Société affiliée des Amis de la constitution d'Autun ne sollicitait pas moins vivement leurs frères de Paris en faveur de ce curé, qu'ils appellent un martyr du patriotisme.

« Vous n'abandonnerez pas, disaient-ils, un vertueux curé dont le crime est d'avoir ardemment désiré le bien et osé le faire, dans un

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temps où il fallait un courage presque surnaturel pour le tenter. Vous rendrez sans doute impuissante la vile scélératesse de ses ennemis. Ses paroissiens lui ont offert, il va quelques mois, une contribution qu'ils se sont imposée; aujourd'hui ils députent trois d'entre •eux à l'auguste Assemblée nationale '. »

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