‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 67 sur 243 · BAL, BANQUET ET MASCARADE PATRIOTIQUE · texte numérisé non relu

BAL, BANQUET ET MASCARADE PATRIOTIQUE

lettre d'un faux frère JACOBITE A M***, SON AMI, A VENISE

(S. 1., 1791, in-8 de 16 pages.)

Paris, ce 2 mars 1791 '.

Mon cher ami,

C'est à tort que vous me marquez dans votre lettre que la gaieté française est ensevelie sous les ruines de la monarchie. D'autres temps, d'autres plaisirs. Eh ! la nouveauté n'a-t-elle pas toujours son prix? Vous me vantez votre carnaval de Venise, en regrettant pour nous la suppression du nôtre. Vous êtes bien bon, en vérité, de croire que le Français ait renoncé tout de bon à un usage dont l'origine se perd dans la nuit de l'antiquité. Non, mon cher, tant que la France sera France, le Français sera Français, c'est-à-dire que nous aurons

1. Ce pamphlt^t se rapporte encore, coiuuie on va le voir, aux événeuienls du 28 février 1791.

[2 M.vKsl79n LE CARNAVAL JACOBITE ISS

les jours de notre carnaval que nous adapterons à nos mœurs. La folie des peuples peut changer de nom et de figure, mais elle prend toujours le caractère qui lui convient ; et, pour vous en convaincre, je vais à ce sujet vous donner les détails circonstanciés du carnaval que nous avons fait ici, cette année, avec l'approbation de nos nouveaux souverains, qui ont bien voulu eux-mêmes être l'àme de nos plaisirs, et vous comprenez déjà que je veux dire le directoire des Jacobins. Peut-être m'observerez-vous, à la tin de mon récit, que depuis deux ans il est carnaval chez nous tous les jours. Je vous laisse à penser là-dessus ce que vous voudrez. Je ne me charge pour l'instant que du détail que vous ai promis.

Vous vous souvenez que, dernièrement, je vous ai marqué qu'on suspectait un conciliabule secret tenu à Paris, à la chancellerie d'Orléans, que même un membre du directoire jacobite en parut alarmé. Voyez, mon cher ami, ce que c'est que la méfiance. Eh bien! ce conciliabule n'avait pour objet que le plan d'un carnaval dont on voulait régaler les patriotes.

En conséquence, le conseil de la chancellerie se transporta au directoire jacobite pour y annoncer la générosité de Philippe Gapet' en déposant sur le bureau, comme de raison, une énorme liasse destinée aux frais de l'entreprise, pour laquelle on ne devait rien épargner.

La députation capétienne complimentée et retirée, MM. du directoire, après avoir partagé provisoirement entre eux la moitié de la liasse d'assignats, allèrent ouvrir la séance aux Jacobins, dont la salle, en moins de deux minutes, se trouva plus que remplie, comme de coutume, par une foule inouïe de motionnaires et d'auditeurs... à étouffer 2.

Messieurs composant le bureau à peine avaient pris place, la tribune était assiégée par une vingtaine de patriotes connus, tous braves dénonciateurs; mais la place était déjà prise, et l'on fut étonné d'y voir apparaître, comme une résurrection, le patriote Gorsas, qui, sans doute, pour ne point arriver ni parler le dernier, avait passé la nuit dans la tribune. Les brouhahas, le rire des uns, les réclamations des

1. Un voit que l'usage de donner ironiquement le nom de Capet aux personnes de la famille régnante prit naissance dans les pamphlets royalistes.

2. C'est le cas ici de vous dire que l'auguste sénat jacobite rivalise en force et en influence avec l'Assemblée nationale, qui, tous les jours, ouvre honteusement ses séances avec trente à trente-trois membres, et nous ne doutons pas que bientôt les trois pouvoirs ne fassent sans effort, en forme de despotisme, un directoire inquisitorial de Jacobins. {Note de l'original.)

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autres... c'était un sabbat à devenir sourd. Le président se lève, et, mêlant le bruit aigre de la cloche aux cris aigus et tumultueux de l'assemblée, la cloche enfin l'emporta, et le président, s'adressant à l'assemblée: « Messieurs, dit-il, nous ne pouvons qu'applaudir au zèle patriotique de M. Gorsas ; il mérite sans doute d'avoir la parole ; mais permettez, Messieurs, que je la demande pour moi. ■> Ce qui fut accordé à l'unanimité. Le président, après avoir craché, toussé, mouché deux ou trois fois, commença ainsi sa motion :

Air : fl'U, ?•"/«??, j^'lan tan plan, etc.

Messieurs,

Notre brave d'Orléans, En plein plan, r'ian tan plan tire lire en plan, Fait dire aux membres séants Quequ'chose qui doit leur plaire.

L'assemblée tout ébahie, ciiacun se regardant les uns les autres sans deviner ce que ce pouvait être, on répéta en chœur :

Quequ'chose qui doit leur plaire!

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