‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 66 sur 243 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

[2 MARS 1791] LETTRE DE DLiQUESNOY 153

que j'ai crus dangereux; j'ai usé de mon droit, et je continuerai jusqu'à ce que mon pays soit parfaitement libre. Je ne sais pas déclamer, mais je sais aimer ma patrie et la servir. L'insupportable despotisme des MM. Lameth et de quelques-uns de leurs amis a éloigné de votre Société de très ardents amis de la liberté; plus on l'aime, Messieurs, plus on hait toute espèce de domination : j'en atteste vos âmes fîères.

L'opinion publique paraît aujourd'hui juger les hommes dont je vous parle : quand elle sera plus fortement exprimée, quand ceux qui déshonorent votre Société seront plus universellement jugés, vous verrez tous les amis de la liberté se réunir à vous, et l'esprit de parti qui nous déchire et qui fait le malheur de la France cédera à la force irrésistible de l'esprit public.

Je n'ai pas, dans toute ma vie, avancé un seul principe, un seul fait, que je doive désavouer. Je porte devant vous le défi le plus formel à M. Lameth d'en citer un. Je répondrai catégoriquement à tout. Je connais mon crime envers lui : j'ai dédaigné de courber la tête sous son orgueil; j'ai aimé pour elle-même une Révolution qui me rend mes droits et fait mon bonheur; j'ai refusé de croire qu'elle fût l'ouvrage de M. Lameth, et j'ai osé le dire. Je sais à quel prix je pouvais lui plaire : je devais consentir que le système général de la liberté reçût quelques exceptions à son profit.

Daignez me pardonner, Messieurs, de vous avoir entretenus de moi: le premier tort en est à M. Lameth, qui a supposé que je méritais de vous occuper un instant; je le remercie cependant de m'avoir fourni une occasion de manifester mon opinion sur une Société digne de servir et de défendre la liberté, et à la gloire de laquelle il ne manque que de ne plus souffrir que quelques ambitieux osent se dire ses chefs.

Daignez, Messieurs, recevoir mon respectueux hommage.

Signé: Adrien Duquesxoy.

[Déclaration de la Société en réponse à cette lettre :J

La Société des amis de la constitution connaît toutes les manœuvres qui sont employées pour égarer l'opinion publique et pour diviser les bons citoyens. Elle connaît les libelles dont sont inondés la capitale et les départements, et n'a point été surprise d'en retrouver le langage dans la lettre signée Duquesno)'. Pour toute réponse, elle déclare que les déclamations des intrigants sont à ses yeux des

iU SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 mars 1791]

titres honorables pour les amis de la liberté; que la lettre dont elle vient d'entendre la lecture ajoute à l'estime et à rattachement (Qu'elle a pour M. Alexandre Lametli et pour tous ceux qui, comme lui, ont commencé la Révolution et l'ont soutenue sans varier. Elle déclare à ceux qui oseraient se flatter de diviser les Amis de la constitution que toutes les attaques individuelles ne serviraient qu'à resserrer les liens par lesquels ils sont unis dans toutes les parties du royaume. Imprimé par ordre de la Société.

BiAUZAT, président.

G. BoNNECARRÈRE, Lavie, Massieu, ci-dcvaut curé de Gergy, élu évêque du département de lOise, Gollot d'Herbois, secrétaires.

PAMPHLET

Page 1