‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 69 sur 243 · MARS 1791] LE CARNAVAL JÂCOBITE · texte numérisé non relu

MARS 1791] LE CARNAVAL JÂCOBITE

croyait être au bal, et, ne pouvant danser à cause de la foule, sautait en répétant :

Puis en arrière, en avant, En avant, en arrière.

Le président, montrant la liasse d'assignats :

Le meilleur de l'affaire.

Sans quoi Ton n'peut rien faire, De bons assignats comptant, En plein plan, r'ian tan plan, lire lire en plan.

Faute de meilleur argent,

('a n"laiss' pas que d'bien l'aire.

Enfin, après une demi-heure d'applaudissements, de cris, de transports de joie, le président dit : « Messieurs, il y a une condition, c'est qu'à compter de ce jour la fête linira juste au mercredi des Gendres, pendant lequel temps chacun sera payé par jour et en raison de la dépense qu'il aura faite, dont il produira le mémoire aux commissaires qu'il s'agira de nommer à cet efïêt. » Les motions se succédant en foule, il fut arrêté à la grande majorité :

1° Qu'on nommerait à Finstant une députation de douze membres, choisis parmi les plus illustres de l'assemblée; l'on vota une adresse de remerciements à Philippe Capet, et ces douze messieurs partirent pour remplir l'objet de cette honorable mission;

2" Qu'il serait imprimé une lettre circulaire d'invitation à tous les patriotes, clubs et membres des districts affiliés;

3° Que le directoire serait chargé de Tordonnance de la fête et de l'administration des fonds, qui leur {sic\ furent remis dans l'instant;

4° Que l'époque du bal masqué, du bancpiet, etc., serait fixée au 28 février;

5° Qu'il serait accordé provisoirement à chaque frère, sur les fonds déposés, pour les premiers frais de la mascarade, etc.

Alors un honorable membre, prenant la parole : « Messieurs, je pense qu'il serait à propos d'envoyer une députation particulière à la Société fraternelle, et j'ose me flatter qu'elle ne contribuera pas pour peu à l'ornement de notre bal, etc. » Ce qui fut arrêté à l'unanimité.

« Messieurs, dit Barnave, il serait plaisant que tous les aristocrates, les monarchistes, la famille royale, participent en quelque chose aux plaisirs de notre carnaval. »

« J"appuie la motion du préopinant, dit Charles Lameth, car.

158 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 mars 1791 J

Messieurs, depuis deux ans, la cour du monarque oublie, dans la solitude, jusqu'au nom des plaisirs dont elle était l'âme autrefois. Bals, fêtes, jeux, spectacles, tout est mort pour elle, principalement pour noire monarque et sa femme; tandis que le moindre patriote jouit plus que jamais de tous les plaisirs qui leur manquent. Gela n'est pas juste, Messieurs. Pour moi, je ne veux point d'une joie qu'ils ne partageront point avec nous, et j'ajoute à la motion de M. Barnave qu'on invitera tous les patriotes à user de tous les moyens les plus engageants pour faire danser au moins toute la famille royale ; qu'à cet effet. Messieurs, il soit envoyé des députations dans tous les quartiers de Paris, pour inviter tous les frères à se rassembler pour l'exécution d'une si généreuse entreprise. »

En conséquence, on nomma des députations pour mesdames de la Halle, les faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marceau, le Club des Cordeliers, les douze apôtres de la Bouche de fer, le Palais-Royal, etc. Si bien que, tous les députés partis, la salle se trouvant vide, la séance se trouva levée de droit.

J'oubliais de vous dire que plusieurs membres du Club des Cordeliers proposèrent, pour rendre la fête complète, de donner gratis aux Parisiens un spectacle à machines analogue à la Révolution, intitulé : La Prise de la Bastille, et que, pour faire plus d'illusion, il fut arrêté que le lieu de la scène serait au château de Yincennes; que le donjon représenterait la Bastille, que M. Santerre aurait la partie des machines, et que les opinants seraient les principaux personnages de l'action; et, en outre, arrêté que ce spectacle aurait lieu le 28 février, même jour que le bal et le banquet.

Le carnaval ainsi ordonné, ce ne fut plus dans Paris que mascades, attroupements; il n'était point de jour qui ne fût signalé par quelque action bien bruyante et Itien patriotique. Sur le bruit qui se répandit de la fameuse motion jacobite, M""" Adélaïde et Sophie', qui, depuis longtemps ont renoncé à toute espèce de fête tumultueuse, résolurent de se soustraire à l'honorable invitation de ces messieurs. Il était temps, car la mascarade se transporte à Meudon; heureusement ehes n'y étaient plus. On fit des plaintes aux districts de la capitale, qui en firent leurs plaintes au Club des Jacobins, qui en fit ses plaintes à la municipalité, qui en fit ses plaintes à l'Assemblée nationale, qui renvoya tout au pouvoir exécutif, qui remit sa cause à la garde nationale, qui, armée de bons fusils et de bons canons, eut bientôt dissipé la mascarade.

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