‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 75 sur 243 · A'dif [)liis liant, p. lit · texte numérisé non relu

A'dif [)liis liant, p. lit

2. Mémoire sur rinsfriiction et sur l'éducation nationale, avec un projet de décret et de rèfjlenient constitutionnel pour les Jeunes ijens réunis dans les écoles publiques, su ici d'un essai sur la manière de concilier la surveillance nationale avec les droits d'un père sur ses enfants, dans l'éducation des héritiers présomptifs de la couronne, par Léonard Honrdon, ci-devant avocat, l'un dos olectours de 1189 cl des représentants de la l'.tnnnunie. Se vend clu^z lîandonin, imprimeur de l'Assemblée nationale, Uesenne, Caissac, et antres libraires an Palais-

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réunis plusieurs fois avec le double motif de se conformer à vos ordres et de s'occuper d'une matière qui, par son objet, était si importante pour le succès de la Révolution.

lis ont vu dans l'ouvrage qui leur a été soumis une partie susceptible d'un examen plus prompt, plus rapide, plus pressant, puisqu'elle tend à demander la formation d'une école d'expérience dans laquelle on puisse s'occuper de la recherche et du perfectionnement des méthodes propres à rendre applicables et pt^a tiques à la jeunesse les principes de la constitution française.

Cette demande, formée à la municipalité de Paris, }• a été accueillie : elle a été l'objet d'une pétition à l'Assemblée nationale, où elle a obtenu, après les applaudissements des patriotes, un décret qui la renvoie au Comité de constitution '. Vos commissaires ont donc cru devoir s'occuper promptement et partiellement de la seconde partie de l'ouvrage, qui a pour objet l'éducation nationale 2. Celle-ci s'applique uniquement à la partie morale; elle tend à faire faire dans les écoles pubHques, aux jeunes citoyens, le noviciat des obhgations civiques qu'ils auront un jour à remplir.

M. Bourdon, après avoir puisé dans la nature les principes sur lesquels il fonde l'idée de la plus grande perfectibilité de l'état social, est conduit, par des principes incontestables, à reconnaître que l'instruction nationale est une dette de la société; et Ton conçoit, en effet, que c'est une dette sacrée qu'elle a un grand intérêt d'acquitter, puisqu'elle doit être récompensée avec usure, puisqu'elle en doit retirer l'avantage de l'affermissement et de la durée de son existence.

La loi étant l'expression de la volonté générale, tous les citoyens, ayant un droit égal à sa formation, un égal intérêt à sa bonté, ont un droit égal à l'instruction, c'est-à-dire au développement de leurs facultés intellectuelles.

Le moyen de M. Bourdon pour exciter ce développement et le rendre utile à la société, qui a intérêt de le favoriser pour l'avantage général et le plus grand bien des individus, est de faire faire aux jeunes gens réunis dans les écoles l'apprentissage de la vie, et non

Koyal. '.\ote de rorifjinul.] La lircmière édition de cet ouvrage avait paru en 1788, sous le nom de Plan d'un élahUssonpnl d'éducation Jiat'ioiiale.

1. Eu effet, le 31 mai 1790, Léonard Bourdon avait présenté son mémoire à la Constituante, et celle-ci en avait renvoj'é l'examen au Comité de constitution [Ai'clilves parlementaires, XVI, 22.)

2. Trois autres commissaires se sont chargés du rapport des trois autres parties de l'ouvrage, qu'ils feront dès que la Société l'ordonnera : 1» l'organisation extérieure des écoles publiques, 2° les objets d'enseignement public, -i" l'éducation des héritiers présomptifs de la couronne. {Note de l'original.)

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seulement de leur apprendre qu'ils auront un jour des droits à exercer dans la grande société, mais de les leur faire connaître dès Tàge le plus tendre, de les préparer, par la pratique même, à tous les rapports, à toutes les relations auxquelles ils sont destinés dans un âge plus avancé ; est enfin de changer Tétat de servitude de l'éducation en un état heureux, en une éducation naturelle qui provoque le développement des facultés de l'âme au lieu de le contraindre, qui dirige utilement les passions au lieu de les tourmenter, et qui fasse jouir, dès l'aurore de la vie, du bonheur de la liberté.

Cette idée grande, belle, digne d'une âme sensible, est faite pour attirer toute l'attention des Amis de la constitution, qui, après avoir concouru à une grande révolution, sentent que leurs plus tendres sollicitudes doivent maintenant se diriger vers l'éducation nationale, qui, améliorant successivement l'espèce humaine, fera faire à chaque génération un pas de plus vers le bonheur.

L'auteur de l'ouvrage reconnaît deux époques dans l'éducation. La nature se charge de cette distinction; elle fait commencer la seconde lorsque l'enfant devient un être sensible et raisonnable; la première doit être destinée aux développements physiques, à tout ce qui peut assurer une santé vigoureuse; on ne présente à cet âge que des idées simples, on ne parle qu'aux sens : on écarte des enfants tout ce qui pourrait leur nuire; et, dans cet âge heureux des premières impressions, on a grand soin surtout de ne pas troubler le calme de leur innocence par les châtiments, par des menaces : car c'est ainsi que des êtres, qui n'auraient eu que la timidité naturelle, deviennent des êtres sans énergie, deviennent des hommes lâches ou des esclaves. Lorsque les enfants sont parvenus à la seconde époque, M. Bourdon cherche un ordre de choses qui concilie la respectueuse déférence des gouvernés avec la plus grande liberté dans leurs actions et dans leurs premiers essais de raisonner. Il pense qu'un moyen assuré est de substituer une méthode légale à l'arbitraire du régime actuel; il pense qu'il faut que les élèves dépendent des choses, et jamais des personnes; il veut leur faire aimer et respecter la loi; il veut qu'ils aient des droits auxquels ils s'attacheront ; il veut que l'exercice de leurs facultés leur apprenne à traiter entre eux, à donner leur confiance, à mériter celle des autres ; il veut enfin que ces élèves puissent avoir une constitution, c'est-à-dire une organisation intérieure qui leur laisse l'exercice de leurs droits et qui détermine non seulement leurs relations entre eux, mais celles qu'ils doivent avoir avec les personnes chargées de les instruire.

Le mot de constitution entraîne avec lui l'idée de séparation de

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pouvoirs, et dès lors exclut la tyrannie des instituteurs, qui devait produire quelques hommes vicieux et beaucoup d'esclaves.

Les instituteurs donneront le fruit de leurs lumières et de leur expérience; et, sous l'empire de la loi, lintérèt de la jeunesse fixera la juste étendue de leur autorité.

Les élèves seront susceptibles de se choisir parmi eux de jeunes gens de confiance, des représentants qui pourraient exercer de certaines fonctions administratives et judiciaires; leurs lois seront simples comme eux ; elles consisteront dans un règlement qui fixera les formes des élections, les fonctions de ceux qui auront été élus, la nature des peines et des récompenses.

Les instituteurs dirigeront les chefs-élèves dans l'exercice de leurs fonctions; les élèves, soumis à des lois de police qu'ils auront établies, à des peines qu'ils auront fixées, ne pourront jamais se plaindre d'une injustice; ils n'obéiront pas à la force et ne contracteront pas cette funeste habitude du mépris d'une punition infligée d'une manière arbitraire.

Pour vous rendre plus énergiquement, Messieurs, les avantages qui résultent de ce système, je laisse parler l'auteur ; il s'explique ainsi en terminant le chapitre de l'éducation nationale :

<( La jeunesse, sortant de son état passif et de sa longue enfance, rendue à son activité naturelle, va connaître enfin le besoin impérieux de s'estimer et d'être estimée, besoin qui ne peut être senti que par les hommes libres. Guidée par le sentiment et par la raison, fidèles interprètes de la nature, en cherchant le bonheur dans l'usage modéré de ses facultés, elle y trouvera aussi la vertu.

« Les mœurs seront pures, parce que la servitude, qui traîne à sa suite le dégoût, l'ennui et l'insouciance, vraies sources de leur corruption, n'existera plus, et que les précautions excessives qui, en voulant opposer une digue à la contagion, ont été si souvent funestes à l'innocence, seront absolument bannies.

« L'habitude acquise de l'ordre, la science pratique et usuelle de la justice, de la gloire, de ses droits et de ses devoirs, du bonheur enfin, rendront leur âme inaccessible à ces goûts frivoles qui corrompent le bel âge et flétrissent toute la vie, et l'ouvriront à ces nobles et fortes passions qui nous donnent un caractère prononcé, nous font éprouver sans cesse l'enthousiasme de la vertu, et élèvent enfin l'homme à la hauteur de ses destinées.

« Que l'on juge si des hommes dont la jeunesse aura vécu libre seront propres à la servitude dans l'âge mûr, et s'ils ne sauront pas fidèlement conserver le dépôt qui leur aura été transmis! »

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