‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 84 sur 243 · MARS 1791] SERMON DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

MARS 1791] SERMON DE ROBESPIERRE

« Je vous prie, mes frères, de recevoir ma démission; je vais chercher sur d'autres terres la divinité que l'on exile si cruellement de la nôtre, car c'est chasser la liberté que de médire du Club des Jacobins; et, si je ne peux pas dans d'autres pays trouver la fugitive déesse, j'irai l'attendre dans quelque désert de l'Arabie heureuse. Là, Messieurs, tranquille, si je verse des larmes sur ma patrie, ce sera d'y avoir laissé d'aussi braves gens que vous, et si peu faits pour l'habiter; et mon autre regret, ce sera de ne pouvoir établir dans mes nouvelles contrées un Club de Jacobins, sans lequel, je le sens, il ne peut exister de parfait bonheur.

« Puisse l'Être éternel écouter la prière que je lui adresse! Et toi, si tu n'es pas un despote, punis ce peuple qui méprise et chasse la société la mieux assortie et la plus honnête, le Club des Jacobins; faisle mourir dans le repos ennuyeux et la paix insipide, et établis dans ton paradis ce club si maltraité des faibles humains! »

L'Assemblée, la matière mise en délibération, a arrêté, à l'unanimité, de voter des remerciements au frère Robespierre sur son zèle, ainsi que des regrets; a refusé sa démission, et a arrêté, en outre, d'envoyer MM. d'Autun dans toutes les maisons de jeu, Barnave chez tous les tueurs et assommeurs, bouchers et autres états sanguinaires, et Lameth au faubourg Saint-Antoine, pour sonner l'alarme et prouver que la patrie est en danger, et que l'État, comme un corps sans âme, ne pourrait plus subsister si le Club des Jacobins était détruit; a autorisé, en outre, MM. les commissaires ci-dessus dénommés à faire briller et répandre adroitement, suivant l'usage, l'éloquence monnayée, le tout pour le bonheur de la constitution.

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