‹ La société du Consulat et de l'EmpireChapitre 10 sur 16 · I. Pion · texte numérisé non relu

I. Pion

pc'cnne contre Tcsprit (ragressioii cl de conquête de Napoléon.

Cette première partie s'ouvre par des Mémoires, si Ton peut appliquer ce mot à des écrits que l'éditeur a fort ingénieusement reliés selon l'ordre des faits et la nature des idées, mais qui ont été rédigés par l'auteur sous des titres divers et à divers moments de sa vie, en 1829, en 184^ cl i852. A ces Mémoires correspond un recueil de documents diplomatiques, du plus liaul et du plus vif intérêt. On y voit Tambassadcur ou le ministre engagé dans le feu de l'action, non plus racontant et jugeant des événements depuis longtemps accomplis, avec la préoccupation de faire bonne figure devant la postérité, mais s'appli([uant à deviner les événements à venir, à les préparer et à les façonner dans la mesure de son pouvoir et de ses forces, à tout le moins à en discerner les causes réelles et les conséquences précises; c'est de riiistoire prise à sa source, qu'on entend sourdre, qu'on voit jaillir; c'est la vérité qui naît sans fard et

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sans parure, telle qu'elle n'apparaiti-a plus jamais à nos regards.

Là ]Metternicli raconte 1 histoire, ici il la l'ait, et celle qu'il fait ne ressemble pas toujours à celle qu'il raconte; il y a plaisir et profit à contrôler Tune par l'autre, à sur- |) rendre les défaillances de la mémoire, les variations du jugement, ou les différences de ton, de sentiment qui font glisser le récit dans le panégyrique.

168 LA SOCIKIK DU CONSULAT ET DK LEMPIUK.

La naissance de Metfcrnieli; les j)remiers événements el les premiers speelaeles qui exercent son ju^^emenl ou ri-aj)j)ent son imaj^inalion: ses liantes i-elalions, ses l)rillanls emplois, tout semijle le (lis|)oser au nMc, dont son nom est devenu comme le s\nd)ole, de pai'lisan i\u vieil ordre j)()lili(jue et social (ial)li en lùu'ope. l'ils d'un comte de ri^mpire, (|ui rem|)lil les lonclions d'amhassadeur (T Autriche à l'i-anclort, il assiste au couronnement de rcmpereur I.éopold en 1790, de rempercur François en 179'-^, et il \ remplit la cliari;e de maître de cérémonies des comtes catlioli{|ues de ^\ estplialie, honneur précoce, que lui vaut a di\-se|)t ans r(''clat de sa naissance et ([ui n'est pas propre à lui l'aire goûter les idées d'égalité acclamées de l'autre côté du Rhin. Tandis qu'à Versailles la majesté royale est outragée et bafouée, il la voit, à Francfort,

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rcvtîtuc de son aiili(|iic splendeur^ debout parmi les respects et les adoi-atious, et il s'enivre de la beauté des pompes monarchiques. Il ouvre le bal avec la princesse Louise de jMecklembourg, (ju'il avait connue enfant et qui sera })lus tard la belle et romanesque reine de Prusse; il contemple à Cloblentz le plus imposant des princes du Nord, le prince ro\al de Prusse; il admire sa haute stature, ses façons nobles, et se persuade sans doute avec les émigrés français (jue la seule apparition sur les frontières de ce vrai tvpe de roi va faire tomber les armes des mains des sans-culottes. A Londres, où il accompagne une mission envoyée par le gouvernement des Pays-Bas, il est admis dans rinliniité du prince de Galles, un foit bel homme aussi, séduisant de langage et de manières, quoique un peu enclin à se distraire dans une autre compagnie que la bonne.

Les postes brillants ne lui manquent pas plus que les distinctions flatteuses ; il ignore ces stages fastidieux, énervants, où le talent

s'use avant de (loiiiicr ses fruits. Sa carrirrc <()url, se précipite et n'est guère entravée (|ue par cette turbulente nîition (|ui s'agite en dccii du Uliin et niènie au delà. Designé à vingt et un ans |)oui- la légation de la lla\e, il est c()Uj)é de son poste par cet indiscret de Picliegru qui s'avise juste à ce moment de concpu'rir la Hollande. Cle n'est j)as le seul d(''|)laisii' (|u il épi-ouve par notre ("ait. La l{éj)ubli(|ue Irancaise, maîtresse delà rive gauclic du Rhin, condsciue les domaines de sa ramillc. Plus tai'd Napoléon attachera un renom sanglant et néfaste au village d'Auslerlitz où s'était célébré son mariage avec la (illc du |)riiiccdc Kaunit/.. La gi-ande nation lui prend ses meilleures terres, la grande armée lui gâte ses plus riants souvenirs, procédés discourtois qui ne contri- Jjucnt pas à développer son médiocre penchant pour hi France.

Qui croirait (|ue Metternich devint di- |)lomate malgré lui ? Ses goûts le portaient vers les sciences médicales : il les sacrifia pour complaire au désir de l'empereur Fn

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