‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 121 sur 133 · LES BALS PUBLICS ET ENDROITS DE PLAISIR · texte numérisé non relu

LES BALS PUBLICS ET ENDROITS DE PLAISIR

nouveauté, qui avaient été installées au fond du jardin, le long du grand mur du boulevard d'Knfer. Ouel enthousiasme elles firent naître au cœur des Mimi Pinson en rupture d'atelier ou de comptoir ! Elles en oublièrent les balançoires. II fallait entendre le cri tra" ditionnel : « Allons, nous faire ramasser ! » Du coup une concurrence terrible fut montée contre le billard chinois où l'on gagnait des bouquets et des couronnes de fleurs artificielles et les couples d'amoureux répondirent avec moins d'empressement à l'appel gracieux de la tenancière : « Monsieur, venez gagner un bouquet pour votre dame. » Déranger habitait à côté, rue d'Enfer. L'n soir qu'il rentrait chez lui, il fut reconnu par une des plus gentilles habituées de la Grande Chaumière. Aussitôt, elle court à lui et dépose deux baisers sur les joues du vieux chansonnier ému et ravi, en s'écriant de tout son cœur :

— Je mourrai heureuse puisque j'ai embrassé Béranger.

Le Casino Cadet, situé rue Cadet, exerça longtemps ses séductions sur l'esprit des viveurs et aussi sur celui des ménages bourgeois en quête de s'encanailler, ce qui était alors fort à la mode. Autour de sa vaste salle s'étendait un double rang de galeries, l'un au rez-dechaussée, Tautre au premier. En bas, on causait et on galanlisait; en haut, l'on fumait et l'on consommait. Les plaisirs de la danse s'y agrémentaient d'un concert. Etrangement décorée, la salle de ces concerts avec son promenoir aux murs duquel s'alignaient en des cadres d'or les images inqirévues de Mme d(; Staël, Marie Dorval, la duchesse d'Abrantès, l'achel, Mme de Girardin, Mme de (ienlis et môme de la vertueuse Mme Campan. A l'heure du bal, tfMites ces éminenles célébrités féminines assistaient complaisamment aux ébats des cabrioleurs subventionnés des samedis de l'Opéra, revêtus génépidcnKMil de costumes de pêcheurs iia|io]itains

OU d'étudianls d'Heidelberg-. L'Italie, rAllemag-ne... C'étaient alors les deux nations qui se disputaient les sympathies populaires.

Située rue Saint-Honoré, la salle Valenlino était fréquentée par un public assez mélangé. Les courtauds de boutique s'y montraient assidus, mais les représentants les plus patentés de la fashion ne dédaignaient pas d'y produire leurs habits de chez Humann. Elle eut, entre autres honneurs, celui de voir naître entre ses murs la fameuse chanson des Bottes à Baslien. Un soir, dans un quadrille des Lanciers alors fort à la mode dans tous les mondes, un rapin faisait vis-à-vis à un jeune commis mercier qui d'ordinaire ne brillait pas par le luxe de sa chaussure. Ce soir-là, pourtant, le commis mercier en question apparut aux reg-ards étonnés des habitués du bal, chaussé de supei-bes bottes au vernis idéal. Stupéfait du changement, son vis-à-vis s'écria : « Ah ! il a des bottes, Bastien ! « Entendant cette exclamation, les danseurs improvisèrent séance tenante, sans s'occuper — et pour cause — des règles de la versification, le refrain si connu. 11 obtint un succès fou dans tous les bals puldics où l'on se le répéta et il y avait déjà trois mois qu'il courait les rues, lorsqu'un éditeur eut l'idée d'y faire coudre des couplets qui se vendirent à plus de trois cent mille exemplaires.

Le bal Bourdon situé sur le boulevard Bourdon se singularisait par la fréquentation des ouvriers d'art, des ébénistes du faubourg Saint-Antoine et surtout par celle de tout un public juif. Les Concourt en ont tracé un curieux croquis dans leur Journal. « Des jeunes femmes habillées en lainages bruns, de nuances sombres, sous le gai liséré du linge blanc autour du cou et rien que des bonnets foncés, avec quelquefois dessus seulement l'éclat rouge d'un ruban. L'aspect général est celui de misérables marchandes du Temple et la plupart des visages sortent d'une fourrure de chat. Les hommes,

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