LES B\LS PUBLICS ET ENDHOITS DE PLAISIH
qu'en oublier. Il est juste que ce mot l'appartienne à jamais. Marguerite la Huguenote, pour perpétuer le souvenir de cette soirée linguistique, à partir de ce jour lu t'appelleras Rigolboche.
Un chœur d'acclamation ratifia cebaplèuie. Les (;liapeaux s'agitèrent et ce cri domina le bal :
— Noël à Rie-olboche ^ !
En sa qualité de méridionale, Poniaré donnait beaucoup plus au luxe apparent de la toilette. C'était une brune pâle et maigre, à la physionomie sombre, à l'œil plein de feu. Sa danse était merveilleuse de souplesse et d'imprévu. Elle a inspiré ces jolis vers au poète attitré des Cythères parisiennes du Second empire, Alfred Delvau.
Essler ! Taglioni ! Carlotta ! sœurs divines
Aux corselets de guêpe, au regard de houri,
Qui fouliez, en quittant le carton des collines,
Le splendide outremer d'un ciel de Cicéri,
O reines du ballet, toutes les trois si belles,
Ou'un Homère ébloui fera nymphes un jour,
Ce n'est plus vous la danse : allons, coupez vos ailes,
Éteignez vos regards : ce n'est plus vous l'amour!
C'est notre Poniaré dont la danse fantasque
Avec ses tordions frissonnants et penchés.
Aiguillonne à présent, comme un tambour de basque,
Les rapides lutteurs à sa robe attachés.
LeChâteaudes Fleurss'élevaitégalementauxChamps- Élysées, vers l'emplacement occupé actuellement pai- le quartier Marbeuf . On y trouvait une reproduction estompée et aiTaiblie de Mabille. Sa clientèle se composait surtout de ces Anglais et de ces provinciaux que le printemps ramenait, chaque année, à Paris. Le dimanche, on voyait d'honnêtes couples bourgeois s'y promener. On pouvait le faire à l'aise, car le Château des Fleurs possédait un véritable parc. Au milieu, un orchestre pro-
L M('inoires de J{i<jolljt>c/ic.
dig-uaii les airs entraînants et joyeux sous la direction d'Olivier Métra qui avait d'abord conduit celui de Mabille.
Les étudiants, les artistes, les Parnassiens de Testaminet de Bobino et les Montparnassiens des Mille-Colonnes fréquentaient classiquement le bal de la Closerie des Lilas. Les vareuses, les bérets, les grands feutres aux cassures cavalières et provoquantes s'y mêlaient aux robes de lainage et aux discrètes parures des ouvrières de l'aig-uille et des demoiselles de magasin. On y vit souvent Gambetta, Floquet, Courbet et môme le bautain et superbe Barbey d'Aurevilly. L'établissement se composait d'une vaste salle — Alhambra de carton peint — et d'un grand jardin ouvert Tété qu'ornait en son centre un mince jet d'eau babillard et où des sentiers semés de cailloux blancs serpentaient entre des cabinets de verdure. 11 avait été d'abord tenu par le père Labire, homme terrible qu'on accusait des pires subterfuges, quand la recel te n'avait pas donné suffisamment. A en croire les mauvaises langues, il éliminait lui-même à la force du poignet une dizaine de lapag'eurs qu'il avait bien soin de choisir.
— Je les connais, disaii-il, ce sont des enragés. Ils vont rentrer tout à l'heure, (la fera toujours dix francs de plus '.
La Closerie des Lilas passa plus tard aux mains de Bullier dont elle a depuis gardé le nom. A peu de dislance d'elle, à peu près à l'endroit où le boulevard Raspail croise aujourd'hui le boulevard Montparnasse, s'élevait la Grandi; Chaumière, antique salle qui remontait à 1787. On y trouvait à peu près la même société qu'à la Closerie des Lilas. Mais un attrait spécial sollicitait l'étudiant ou le rapin d'y conduire sa grisetle. C'étaient des montagnes russes, alors dans toute leur