‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 123 sur 133 · Journal «/es- Gonconrl · texte numérisé non relu

Journal «/es- Gonconrl

Dans combien de bals il faudrait encore jeter un coup d'œil, pour pouvoir nous vanter d'avoir tout vu ! Contentons-nous de mentionner rapidement ceux qui nous restent. Le Jardin d'hiver avait été luxueusement installé dans une immense serre toute garnie et parfumée de plantes exolicjues. Le bal des Acacias plus ordinairement dénommé l'Astic, rue Saint-Antoine, était banté principalement par des artistes et des jeunes personnes exerçant le métier de modèle. La plupart de celles-ci appartenaient à la race juive et c'est là que Paul Delaroche trouva celle qui lui posa sa Renommée de Thémicycle des Beaux-Arts. On y vit plus d'une fois Meissonnier, Daubigny, Daumier, Cham, Berlall. Après avoir servi d'abord de rendez-vous à une élégante jeunesse dorée, le bal du Hanelagli, à Passy, devint l'apanage des calicots et des grisetles. Le Prado s'élevait à l'emplacement actuel ilu Tribunal de commerce. 11 possédait une vaste salle divisée en deux parties bien distinctes d'habitudes et d'habitués :1a Rolomleetle Grand Salon. Le second était réservé aux célébrités chrorégi'aphiques du lundi cl du jeudi ainsi (ju'aux cocodès au chic impeccable et au snobisme satisfait. Le premier devait se contenter de commis de nouveautés et de piqueuses de bottines : on l'avait surnommé « le bal du bon motif ».

Les professionnels du plaisir allaient encore aux Folies-Robert où l'on dansait la fricassée, la gavotte, la marinière, la polichinelle. Une tlatteuse popularité avait ét('' acquise par le directeur du bal, M. Robert, qui se doublait d'un professeur de danse très pénétré de l'importance de son art. Rien n'était plus comique que de voir ce petit homme grêlé, toujours en habit noir, faire irruption au milieu de sa salle, en réclamant à grands cris : « Des danseuses ! des danseuses ! » A la salle jMarkowski située rue Buffault, on appréciait tout particulièrement les danses exotiques et fantaisistes: la

LES I5AI.S PUBLICS ET ENDROITS DE PLAlSIli

scoltish, la iisbonnieniic, l'ostendaiso, la l'risUa el — rien de nouveau sous le soleil — le lango argentin. On s'y livrait aussi à certain pas échevelé qui avait reçu le nom caracléiislique de «réveil des marnioltes d. Le Polonais Markowski, directeur de rétablissement, se taillait

Au ('/a->iiio Cuilt'l (Cabincl des Eslumpex).

de mirobolants succès dans la l'riska dont il était l'importateur et qu'il exécutait en costume andalou, grelots aux jamljes et castagnettes en main. Le cancan ne triomphait pas moins à la salle Barthélémy, rue du CiliAteau et en un endroit pourtant lointain, le Pré Catelan, où il voisinait avec les joies plus paisibles d'un tliéûtre de prestidig"itation. d'acrobatie et de ballets montés avec le plus grand luxe. Mais les difticultés de communication

furent mortelles à Tentreprise et bientôt cet établissement qui avait un instant attiré tout Paris ne compta plus pour hôtes que les quelques vaches bretonnes d'une laiterie.

Le casino d'Asuières servait de succursale d'été au Casino Cadet. L'Elysée Montmartre mêlait aux. lorettes les rapins flâneurs, les poètes souvent incompris et notamment les illustrations de la fameuse brasserie des Marlyrs. Le petit commerce, les employés modestes aussi bien que les griseltes et les bohèmes allaient prendre leur plaisir à la Réunion, à la Reine Blanche, au bal Constant, à la Boule noire, retenue par les Goncoui-t dans Germinie Lacerleux. Au bal de Sceaux immortalisé par Balzac, tous les mondes se retrouvaient pour des intrij»-ues amoureuses à issue honnête ou non. Les vainqueui's de Sébastopol et de Solférino déployaient leurs grâces martiales auprès des blanchisseuses au Salon do Mars, au Salon de la Victoire, au Bal du Tambour-Major qui représentaient à Grenelle les cours de g-ràces et damour. Aux gens de maison le bal Dourlans servit longtemps de fief, à la barrière de l'Etoile, tandis qu'à Montparnasse, le Jardin de Paris et les Deux Eléphants réunissaient les robes d'indienne des ouvrières d'usine aux larges pantalons de velours des ouvriers du bâtiment.

Cette époque propice aux flonflons avait vu éclore également un spectacle nouveau : le café-concert. Aux Délassements-Comiques, on applaudissait aux prouesses cabriolantes de Rigolboche, aux drôleries de Constant, à la jolie voix de Delphine Ugalde. Paul Legrand et Kalpestre faisaient courir le public aux Funambules. Ba-ta-clan et le Lazary s'arrachaient les étoiles naissantes. Mais c'était à l'Alcazar du Faubourg Poissonnière et des Champs-Elysées qu'il fallait aller pour entendre l'artiste qui personnifiait le genre et l'époque, celle qui restera comme la première et la

Page 1