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LES BALS PUBLICS ET ENDROITS DE PI.AISIK

plus élincelanle des chanteuses do café-concert : Thé-

resa.

Elle n'était pas jolie. Son visage irrégulici- j)laisait néanmoins par son expression aimable et vive et par nn regard d'une excessive intelligence. Elle possédait une puissante voix de contralto qu'elle modulait avec autant de goût que de méthode et elle disait ses chansons

La Clijserii; dos Lilas (Cu'ji'ie/ des Eslaiiipes).

avec une verve eulraîiianlc, une chaleur comuiunicative qui lui donnaient sur le pui)iic une action extraordinaire et avaient fait d'elle une des idoles de Paris. Que d'acclamations, quand elle venait de lancer deux ou trois l'ois de suite ces chansons faites pour elle : Bie/i n'est. sacré pour un sapeur, la J-cinme à barbe ^ la Déesse du bœuf (jras, C'esl dans l'/iez (ju'ra me chalouille, oîuvre du fantasque Ihu'vé ! Celte; Palli de la chope comptait d'ailleurs les plus chaleureuses admirations en dehors de son milieu. Les hôtels aristocra-

tiques se l'arrachaienl pour leurs soirées. Ce fut une vogue unanime et qui dépassa par le nombre des suffrages toutes les réputations théâtrales du temps.

Le cale du Géant où débuta Marie Sasse mariail aussi le lyrisme vulgaire aux consommations. Les étudiants fréquentaient au Quartier-Latin certain établissement où la romance élégiaque alternait, suivant ce qu'on assure être les préférences de la IMuse, avec les refrains bruyants, les grivoiseries accentuées et les scies à la mode. Ses habitués le désignaient entre eux par une appellation imagée d'une inconleslalde justesse. Ils ne l'appelaient que le Beuglant. Depuis lo mot a fait fortune. De nom propre, il est devenu nom très commun cl s'applique aujourd'hui indistinctement à tous les cafés où l'on chante. Cet établissement anceslral se trouvait tout prés de rÉcolede médecine. Sa jeune cl tapageuse clientèle n'avait qu'un <^ourt chemin à l'aire pour prendre ensuite sa pai"l d'une folle pastourelle à la (Irande Chaumière ou à la Closerie des Lilas.

On a dit que les Parisiens du Second Empire avaient trop aimé le bal. Doit-on leur en faire un crime et ne pas les envier plutôt pour la facilité avec hupudle ils purent se livrer à la joie de vivre? Et puis, s'ils ac- <|uirent ainsi une dose exagérée d'insouciance et de légèreté qui rendit plus écrasants les malheurs prêts à fondre sur eux, ne puisèrent-ils pas dans cette insouciance et celte légèreté l'entrain c]ui les aida à les supporter?

Les villégiatures du Second cm pire. — Baden-Baden. — La Maison de Conversation. — Les jeux. — Visite de l"lnn)éiatrice à la cour de Bade. — Un incognito surpris. — .\ix-le:-- Bains. — La comtesse de Solnis et l'onsard. — ïrouville. — Rapidité de ses progrès. — Création de Deauville par le duc de Morny. — La naissance d'une ville. — Dieppe. — Les modes de plage. — Vichy. — Vie de l'Empereur à Vichy. — Réception des drapeaux pris aux Mexicains. — Un bal au camp. — Biarritz. — Soirées intimes. — Les excursions. — Promenade en Espagne. — Un tour dans les Pyrénées. — Le fandango. — Le comte de Bismarck à Biarritz. — Furiestes conséquences de son séjour. — La faute de ISfid. — Une conversation à \Villelmsh(ihe.

Où villégialurait la société du Second Eini)ire ? Disons, pour commencer, qu'elle villégiaturait beaucoup moins ({ue îa notre. L'habitude n'était pas encore pris(^ d'abandonner son logis tous les étés et l'on ne pensait pas qu'une fois juillet arrivé, il n'y eût point de salut en dehors de la mer ou de la montagne. Presque seuls, les riches et les désœuvrés s'absentaient pour un certain temps. Encore beaucoup s'en tenaient-ils à des séjours suburbains, vers Saint-(iermain-en-Laye, lîellevue, Versailles, Saint-Cloud, Vilie-d'Avray ou Fon- III 2S

lainebleau. les uns pour se rapprocher de la Cour, les anlres par simple économie. En fait de plages fréquentées, on ne comptait guère que Dieppe, Trouville et Élretat; en l'ail de villes d'eau, Vichy, Plombières, Luxeuil, Bourbonne. On commençait à peine à décou- A'rir l'Auvergne. La Touraine et l'Ile-de-France s'offraient particulièrement attrayantes surtout en septembre, à qui voulait mener la vie de château. Quant à la Suisse, le confort ne s'y était pas encore installé à chaque creux de montagne et, en dehors des voyages sentimentaux, on la (h'>(larait franchement ennuyeuse. Au point de vue de l'élégance et au regard du snobisme, une région l'emportait sur toutes les autres. C'étaient les bords du lîhin et les villes d'eau d'Allemagne : Wiesbadcn, Hambourg, Baden-Baden surtout, avec leurs verdures ])iltoresques, leurs sites ti-aditionnels, plus encore avec h^uis dislraclions variées et leurs jeux. Bade, ce Monte-Carlo germanique, <hdail de la Bestauralion. Après i83o,les Parisiens fatigués de Paris mais néanmoins en mal de plaisir, avaient fait une prati(pie suprèmemeni mondaine de l'habitude de se transporter chaque année pour ([uinze jours sur les rives du ruisseau Oosbach. La fondation des courses de Bade en 1808 mit encore plus à la mode la perle du Palatinat. Elle devint le rendez-vous obligatoire de la genlrij aussi bien que de ce qu'on commeni;ail à appeler le Tout-Paris : grands seigneurs, hommes de sport, artistes et littérateurs fortunés. Les puissances de la société élégante avaient décrété que Bade valait mieux que toutes les stations balnéaires de l'Allemagne et elles en firent un petit Paris d'été. C'est sans doute pour cela que Musset, qui y fréipientail fttri, nous en dit :

lîade est un parc anglais lait sur une monUignc Avant quelque rapport avec Monlniorency.

LES VILLKf MATURES A LA MODi:

Toute une brillante jeunesse s'y livrait au plaisir. Los jeux, ces jeux fameux qu'on retrouve dans toutes les œuvres littéraires de l'époque, attiraient des foules d'étrangers. Un chroniqueur pouvait alors écrire sans exagération ; « Si quelque ignorant demandait (pielle est la capitale de l'Europe, on lui répondrait : « L'Europe en a deux : une capitale d'hiver, Paris, une capitale

L;i r.imille iinpi nale ;i Sainl-Cloud.

'I';ilile;iii do Biiiirl.

d'été, Bade. » Ce que fut Bade j)our les Parisiens du Second empire, une réplique de Froufrou nous l'apprend de façon irréfutable. Le mari de l''roufrou lui annonce qu'il est nommé ministre à Bade. Elle s'écrie :

— Que nie disiez-vous que vous- étiez nommé à l'étranger !

On trouvait là une natuie (r()|)éra-comi(|ue, juste ce qu'il fallait de paysage pour ne pas elïaroucher d'incorrigibles citadins et pour qu'ils pussent, comme dit encore Musset, « prendre un semblant de campagne ».

On y buvaii nombre de verres d'eaux, on s'y promenait un peu dans la Forèt-Noire,on contemplait lestèles couronnées et leurs suites qui y venaient en grand nombre, chefs d'importants Etats ou principicules allemands. La population cosmopolite de baigneurs, d'élégants^ de joueurs habitait la partie neuve de la ville, en bas d'une colline. 11 s'y trouvait et il s'y trouve encore aujourd'hui de splendides hôtels, de coquettes maisons, des jardins ombreux. Les promenades aboutissaient à la buvette d'eau minérale ou Trinkhalle, vaste édifice orné de fresques représentant les légendes du pays de lîade. Mais les eaux jouaient un rôle bien effacé et n'attiraient que fort peu de monde. Le principal centre de ralliement, c'était la Maison de Conversation qu'on appelait aussi le Palais des Plaisirs. Ce pavillon, d'aspect monumental et froid avec sa colonnade centrale, avait été construit j)ar un certain Béna/et, colonel d'une légion de la garde nationale parisienne et fermier des jeux. Celui-ci jouissait de la plus grande considération auprès <les habitants de Baden-Baden pour la prospérité que son industrie valait à leur ville. Sa Conversaiionhaiis a inspiré la verve de Musset.

Cette maison se trouve être un i^ros blo<- fossile, Bâti de \ive l'une à grands coups de moellon ; C'est comme un temple tfrec, tout recouvert de tuile, Une espèce de grange avec un péristyle, Je ne sais quoi d'informe et n'ayant pas de nom, Comme un grenier à foin, bâtard du Panthéon '.

Que de souverains, de grandes dames, d'altesses, d'actrices, de poètes, d'hommes d'afi'aires a vus pendant trois quarts de siècle ce temple de Mercure ! Que de joueurs de toutes sortes, heureux ou malheureux ! Autour des tables de trente-et quarante, on reconnaissait souvent Gustave Doré, joueur à système qui finissait

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