Paul Gallot, L'Expédilion du Me.rujiie
l'empereur MwnriLiEN ET l'impératrice charlotte 85
Lopez qui (levait jouer un rôle si trislement décisif dans la vie de Maxiniilien et entre les rangs de nos chasseurs d'Afrique et de nos hussards. Le général Bazaino et le général Neigre, suivis d'un nombreux état-major, avaient pris place dans le cortège ainsi que soixante voitures d'apparat portant les dignitaires de la Cour et les hauts fonctionnaires de l'empire. D'enthousiastes acclamations, des témoignages d'affection de toutes sortes allumèrent les plus radieuses espérances dans le cœur des souverains. Cléricaux, réactionnaires, libéraux, la ville tout entière prit part aux fêtes qui se succédèrent pendant quinze jours. Puis vint la cérémonie du sacre par Mgr Labaslida, archevêque de Mexico. 11 semblait bien que le pays et ceux qui venaient y l'égner étaient en train de se donner l'un a l'autre. Ou'avait-on à redouter de cet homme hâtant sa fuite vers les solitudes de Chihuahua. de ce rusé et tenace politique qui tenait de sa double origine l'intelligence du Blanc et la patience de l'Indien, l'ancien président élu de la République mexicaine, Benilo Juarez?
Un pays ruiné par la guerre, sans voies de communication, sans écoles, une terre à demi sauvage où le brigandage régnait en maître, voilà ce cpie trouva Maximilien en visitant sou nouvel empire. Tous ses elTorts tendirent à le relever. Il accorda des concessions de chemins de fer. créa de nombreux établissements d'instruction, s'occupa d'amélioi'ei' l'agricullure et li'aça luimôme le plan dune grande ville industi-ielle et commerciale qu'il voulait bâtir sur le goHc du Mexique et à laquelle il avait déjà donné le nom île Miraniar. L'Impératrice se montrait pour lui une collaboratrice habile el tlévouée et plus d'un raj)p()rl envoyé en Europe sortait de sa plume. Malheureusement, malgré la con- (juêle apparente et l'occupation de nos li'oupes, le Mexiijue élait loin d'êti-e pacifié. Un mol lirulal, Irivia du prince Napoléon définissait à merveille la situation :
— On peut tout faire avec des baïonneltes, excepté s'asseoir dessus ^
La force qui fonde les empires n'a pas le pouvoir de les faire durer. Pendant que le couple impérial s'adonnait à ses travaux de progrès et de paix, les rangs des juaristes se mirent à grossir, les guérillas montrèrent plus d'audace. En outre, de très sérieux dissentiuients éclatèrent entre le commandant en chef du corps fran- (jais, le maréchal liazaine, et les souverains mexicains. Se posant en représentant direct de Napoléon III, il avait pris vis-à-vis d'eux une attitude choquante, se refusait aux concessions nécessaires, ne montrait ])as la souplesse diplomatique qu'il aurait dû se fixer comme règle. Des questions de préséance et de protocole froissèrent légitimement l'Empereur et l'Impératrice qui s'en plaignirent. A l'égard de la politi<[ne à appiitpier aux révoltés, on était loin d'être en communion d'idées au quartier général français et au palais impérial de Chapultepec. Tandis que Maximilien faisait grAce, Bazaine multipliait les ordres de fusiller. Enfin, le second parvint à arracher au premier une ordonnance enjoignant de {)unir de mort tout rebelle pris les armes à la main. Hélas ! c'était son propre arrêt de mort que Maximilien venait de signer ainsi.
Ce qui rendait encore plus critique la situation, c'est ([ue l'occupation française allait bientôt toucher à son terme. On n'avait pas encore organisé d'armée nationale solide et suffisamment nombreuse. A tort, Maximilien n'avait pas écouté les instances de Napoléon III en vue de la création d'une forte légion étiangère, ouverte aux volonlaires de toutes les nationalités servant sous le drapeau mexicain. Il avait préféré imiter maladroitement les régiments suisses des anciens rois do France en faisant lever en Europe une légion