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Joseph vint signer à Miramar un pacte de famille' avec son frère. Leurs ra|)ports des jours précédents n'avaient pas été sans aigreur. Mais, au moment de monter en wagon, à la pensée d'une séparation doni nul ne pouvait prévoir la durée ni les suites, un attendrissement irrésistible s'empara du souverain.
— Max ! s'écria- t-il.
Ses bras s'ouvraient. L'archiduc s'y précipita et ce fut la dernière étreinte des deux frères. Maximilien ne devait reparaître devant ces molles vagues de l'Adriatique qu'entre les planches d'un cercueil.
Le lendemain, la dépulalion mexicaine faisait de nouveau une solennelle entrée dans le château de Mirnmai-. In groupe nombreux et lirillanl entourait l'archiduc el larchiduchesse. Au premier rang, se tenait le général Frossard, envoyé par Napoléon III. M. Gutierrez de Estrada dit à Maximilien :
« Nous venons vous prier de bien vouloir monteisur ce trône où vous appellent les vœux d'un pays longtemps déchiré j)ar la guerre. Vous possédez le secret de conquérir les cœurs et la difficile science de gouverner. »
A cette allocution en français, Maximilien, adoptant la langue de sa nouvelle patrie, répondit en espagnol qu'il se rendait aux désirs des populations mexicaines et que son gouvernement serait libéral et constitutionnel, puis il jura sur l'Évangilede travailler au bonheur, à la prospérité de son peuple et de protéger l'indépendance nationale. Trois jours après, le couple impérial s'embarquait pour sa nouvelle destinée à bord de cette même frégate Novara qui, par une étrange fatalité, se trouve associée à toutes les phases joyeuses ou lugubres de l'existence de Maximilien La frégate française Thémis devait escorter Leurs Majestés. Quand elles montèrent dans la chaloupe magnifiquement pavoisée que la ville de Trieste mettait à leur disposition, une salve de cent
I, EMPEREUR MWI.MILIEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE 88
coups de canon déchira Fair el, dans la fovde émue accourue de loules les parties de l'empire, plusde trente mille mains agitèrent, en signe d'adieu, des chapeaux et des mouchoirs dans les airs.
Dès que l'on eut gagné le large, des doutes, des angoisses assiégèrent Maximilien. Son Journal de voyage est rempli de mélancoliques réflexions. « La terre est petite, écrit-il, et, cependant, comme on y est secoué et poussé d'une extrémité à l'autre ! Heureux ceux qui se retrouvent ! » Mais, en arrivant le 28 mai, en vue de la Vera-Cru/., il se redressa pour faire dignement figure de souverain. L'impératrice Charlotte respirait l'espoir et les illusions : il s'arma de courage et de fierté. Hélas 1 les premières impressions ne furent guère réconfortantes. La ville où étaient morts tant de nos soldats avait son aspect de tous les jours. Aucune fête ne semblait avoir été préparée. Les habitants ne manifestaient qu'inditï'érence ou dédain. Avait-on donc trompé Maximilien? Étaient-ce bien là ces Mexicains qui avaient mis tant d'ardeur à solliciter un souverain ?
La malchance s'est mise de la partie. Dans la nuit, un furieux coup de vent du nord a détruit les échafaudages des quelques arcs de triomphe qu'on s'est efforcé d'élever en hâte sur la place d'Armes et dans les environs de la gare. Impossible à l'Empereur et à l'Impératrice de se méprendre sur l'accueil de celte population commerçante enrichie par le mouvement du port et qui ne sait qu'attendre du régime nouveau. Très nerveuse, la jeune souveraine ne peut retenir ses larmes. N'importe! le cortège se met en marche. Heureusement qu'à Orizaba la fâcheuse atmosphère de froideur se dissipe. Bien que la ville ait été signalée au couple nouveau débarqué comme l'une des plus républiraines du jeune empire, il s'y voit accueilli par les chaleureuses acclamations d'une foule bruyante, agitée et infiniment pittoresque dans la bigarrure de ses vêtements. 11 v a
là un grand nombre d'Indiens el parmi eux de magnifiques envoyés des tribus de l'intérieur en costumes aztèques, vêtus de la veste de peau brodée d'argent, du large pantalon de calicot blanc descendant au genou, chaussés de cuir, coiffés du sombrero immense sous lequel des boucles d'or pendent à leurs oreilles, armés du machete engaîné à la large ceinture de cuir. Un de leurs chefs ofï'rit à llmpératrice une bague ornée de gros diamants qui passait pour une relique de Montézuma. Un commert^anl français élabli dans la ville ne craignit pas d'adresser à Maximilien nue apostrophe rimée. F.lle se terminait par ce vers significalif :
L'iiulieii l'cia de vous .Ma\iinilien le (jraiid.
Il y avait là le rellet d'une tiadition populaire. « Chez les Indiens, écrit le lieutenant colonel Bressonnet, existe une vieille croyance acceptée par tous avec la foi la pi us vive, d'après laquelle ils n'auraient été soumis par les Espagnols el privés de leur liberté et de leurs biens que pour avoir été idolâtres, mais, d'après laquelle aussi, ils étaient assurés qu'après avoirsoul'fert pendant de longues anné(^s. ils seraient délivrés et rendus à une vie meilleure par un prince aux cheveux blonds qui viendrait d'Orient. » Que Maximilien n'a-L-il tiré de cette croyance lulile el généreux parti qui s'offrait à son initiative ! En relevant le rang social de l'Indien, en s'appuyant sur lui, il eût sans doute créé une classe forte, unie, laborieuse, (pii lui eût prêté l'aide et le dévouement vainemenl cherchés ailleurs ^
Puis ce furent de nouvelles étapes : Xenaca, Puebla, Cholula, enfin .Mexico. L'entrée solennelle s'y fit le 12 juin, au milieu des lanciers mexicains du colonel