‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 1 sur 84 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

à connaître en détail, M. Albin Michel, notre éditeur avisé qui sait de quel côté actuellement se tournent les désirs des lecteurs d'histoire, moins exclusivement intéressés par les gouaches charmantes du dix-huitième siècle et les récits flamboyants de l'Epopée, nous a laissés libres, entre les Mémoires des contemporains et les documents nouveaux mis à notre disposition, de choisir ce qui plairait mieux au grand public. De politique ou d'appréciations politiques presque point ; sur des questions trop brûlantes et qu'il ne nous appartenait pas de juger en toute indépendance, on ne trouvera pas de longues et fastidieuses dissertations. Quand les événements se sont trouvés dépassés par d'autres événements et que les résultats ne se sont pas offerts tels qu'on l'aurait souhaité, il n'est pas malaisé de criera rim})rudence, à la faute commise, de jeter l'anathème sans accorder aucune circonstance atténuante. Quiconque a sérieusement cure d'histoire ne nie pas les inconvénients de certains actes, les mauvais résultats de certains faits ; du moins s'eff'orce-t-il de les expliquer et de les discuter, documents probants et venant de sources certaines en mains ; du moins tcntc-t-il de faire la lumière sur les points restés obstinément obscurs, de prendre les deux côtés d'une question et de ne se montrer ni médisant ni thuriféraire de parti pris. Ceci dit surtout jiour les })remiers chapitres qui sont l'histoire voulue véridique, tout en s'ofTrant très anecdoti(|uc, des préliminaires du coup d'État et du coup d'Etat lui-même, sur lequel on commence à posséder des données plus près de la vérité. Depuis que le vicomte Melchior de Vogué,

NTRODUCTION VII

en pleine séance académique, n'a pas craint de dénommer simplement le coup d'Etat « une opération de police un peu rude », on s'est avisé que le prétendu crime du Prince Louis-Napoléon était le résultat forcé des événements, comme l'histoire nous en offre maint exemple, et que si le Président s'était décidé, « en violant la légalité pour rentrer dans le droit », à faire emprisonner les parlementaires qui lui tiraient dans les jambes et entravaient son gouvernement d'ordre et de renaissance autoritaire réclamés avec confiance par le pays, c'est que ces mêmes députés, ne parvenantpas à faire du neveu de Napoléon leur mannequin, songeaient avec soin au moment où ils pourraient le coffrer à Vincennes.

Sur le mariage suivant son cœur de l'Empereur avec la comtesse Eugénie de Montijo, que toute la population consacra d'abord reine de beauté, puis reine de charité, ne prévoyant guère qu'un jour elle l'abreuverait d'outrages et de calomnies ; sur la naissance de l'enfant impérial survenant au moment même de la signature de la paix avec la Russie, sur les témoignages d'allégresse dont la « grande France » ne se montra pas avare lors de ces deux grands événements ; sur l'Exposition de i855 et la visite si importante alors de la reine Victoria, on trouvera des chapitres qui rappellent, d'après les souvenirs contemporains, les impressions vraies d'alors.

Çà et là des portraits de personnages célèbres, d'écrivains, d'illustres ; sur les uns et les autres, des anecdotes curieuses.

La note militaire est représentée par les pages

VIll INTRODUCTION

consacrées à certains épisodes de l'expédition de Crimée, où se détachent les figures de Saint-Arnaud, Canrobert, Pélissier, Bizot, à la vie des soldats devant Sébastopol ; dans un des chapitres est décrite la vie au camp de Chàlons, où TEmpereur séjournait chaque année quelques semaines, ainsi que l'organisation de ce beau régiment des guides qui est resté le modèle des troupes valeureuses et brillantes à la fois.

L'attentat dOrsini e't de ses complices et ses résultats, les autres attentats contre l'Empereur forment un chapitre très nourri.

On a fait dans ce premier volume, on fera dans les suivants une large part à la vie de cour dans les résidences impériales, des Tuileries à Gompiègne, de Saint-Cloud à Fontainebleau et à Biarritz. Nous n'avons pas craint d'accumuler les détails sur l'existence publique et intime des souverains et de leurs maisons, des j)rinces étrangers, des invités de la cour. Pour rendre ces chapitres les plus attrayants et les plus nouveaux possible, nous avons compulsé tous les Mémoires contemporains, les hostiles comme les favorables, et en mettant les choses au point, nous espérons être parvenus à tracer un tableau ressemblant. Des noies inédiles de personnages importants du monde impérial, les Mémoires, non traduits en français, de miss Bicknell, dame de coinj)agnie de la duchesse de Tascher de la Pagcric, nombre de papiers d'archives particulières ont favorisé notre tAche d'éclaircissement en face de récils faits à la diable, sans contrôle, sans crili(|uc séi-ieuse, écrits avec le seul désiipersistant de ridiculis(M' celte .soci<:lé du second

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