‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 21 sur 84 · Eugène Ténot, Paris en décembre · texte numérisé non relu

Eugène Ténot, Paris en décembre

2. Docteur Vékon, Nouveaux Mémoires d'un bourgeois de Paris'.

2fi LA SOCIKTE nu SECOND D^rPFRE

appétits les plus grossiers '. Combien de gens, saisis par l'angoisse en les entendant, appelaient alors de tous leurs vœux le règne incontesté de Louis-Napoléon et la dispersion des politiciens aussi dangereux que bavards de l'Assemblée ! Malgré son exaltation désordonnée et Texagération de ses jugements, Romieu traduisait assez exactement l'état de l'opinon publique, quand il s'écriait dans le Spectre rouge: « Cette société de procureurs et de l)Outiquiers est à l'agonie, et, si elle peut se relever heureuse, c'est (ju'un soldat se sera chargé de son salut... — 0 bourgeois ! ce n'est pas vous qui représentez l'ordre, c'est la force seule qui en est le symbole... Le sabre est devenu l'élément civilisateur... Je vous dis, ô bourgeois, que votre rôle est fini. De 1789

1. Le comlc Horace de Viel-Ca^tel a recueilli une de ces cliansons saisie à Belleville sur des socialistes qui la chantaient avec effusion. La voici :

Mangeons, mes chers amis, le nez de ces rôacs, Qui flepiiis très longtemps, nous traitent en fellahs. Mettons le riffle », amis, dans toutes leurs maisons. Et faisons-les griller comme un cent de marrons. Sur l'ail- du Ira, la, la, etc.

Hchespierre et Saint-Just étaient <lc hons enfants. Ils ont coupé le cou aux riches, aux faignants, Jl faut en faire autant à tous les arislos, Et nous leur y rinclieronn^'' après leurs menaces. .Sur l'air du tra, la, la, etc.

On n'aura jdus husoiu d'acheter des chevaux. Les néacs traîneront liacros et chariots. Et lorsque l'un d'eux tomhcra de douleur, Avec un gros gourdin on relèvera le farceur. Sur l'air du Ira, la, la, etc.

Tous les démecs et secs auront à l'avenir Des poulets, des chajjons, du mouton à plaisir; Le picton le meilleur sera pour nos boyaux, La lance ° restera pour les vils arislos. Sur l'air ilii tia, la, la, de.

n Riffle (en arget), feu.

b Grincher, prendre, c Lance, mauvais vin.

à 1848 il n'a que trop duré. Ouel qu'il soil, le rôle du chef est simple. Preudre d'une main feime la dictature absolue et se substituer à tous les textes qui nous ont gouvernés depuis soixante ans. «

Un étal permanent d'inquiétude énervait la société française. La vie mondaine était paralysée par l'angoissante incertitude du lendemain où se trouvait chacun. Un contemporain écrit, au mois de juin i85i : « Cette année, on jouit du plaisir de la campagne avec acharnement. On se dit : « Qui sait où nous serons l'année « prochaine. » D'un bout de la France à l'autre, les populations attendent 1802, comme à l'approche du onzième siècle les peuples attendaient l'an 1000 qui devait amener la fin du monde'. » Dans la classe élevée, les réunions avaient pris un tout autre aspect. Il était facile de juger que de grands événements s'annonçaient. On ne s'entretenait que d'un changement prévu. Aucune réception mondaine n'avait lieu, mais, outre les salons si connus de M. Mole, de Mmes de la Redorte, de Tracy et Delessert, il s'en ouvrait de nouveaux, tous politiques. Celui de la rue Boissy-d'Anglas fut le plus important; il représentait le parti bonapartiste. La comtesse Kalergis en faisait les honneurs, avec sa sœur, la baronne de Seebach, femme du ministre de Saxe. D'une grande beauté, Mme Kalergis s'était donné pour rôle de faire des adeptes à son parti. Dans ce salon, se faisaient remarquer les comtesses de Hatzfeldt et de Contades, toutes deux fdles du général de Castellane, ainsi que quelques femmes du monde diplomatique.

Parmi les hommes autrement nombreux, Alfred de Musset était des plus fidèles. Il avait gardé le même beau visage de poète; les cheveux blonds seuls avaient un peu changé. Mais la tristesse et la soullrance se peignaient sur la physionomie si expressive et si noble de cet

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