‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 36 sur 84 · Victor Huoo, Histoire d'un Crime · texte numérisé non relu

Victor Huoo, Histoire d'un Crime

de ces copies el cria : « Citoyens ! l'encre est encore toute fraîche ! Vive la République ! »

L'adjoint se tenait à la porte de la salle, l'escalier était encombré de gardes nationaux et d'assistants étrangers. Plusieurs avaient pénétré jusque dans l'enceinte de la réunion et parmi eux l'ancien constituant Beslay, homme d'un rare courage. On voulut d'abord les faire sortir, mais ils résistèrent en s'écriant : « Ce sont nos affaires, vous êtes l'Assemblée, mais nous sommes le peuple. — Ils ont raison », dit M. Berryer.

j\I. de Falloux, accompagné de M. de Kéranflech, aborda le constituant Beslay et s'accouda à côté de lui sur le poêle en lui disant: « Bonjour, collègue ». Puis il lui rappela qu'ils avaient tous les deux fait partie de la commission des ateliers nationaux et qu'ils avaient visité ensemble les ouvriers au parc Monceau. On se sentait tomber, on devenait tendre aux républicains.

Chacun parlait d'où il était, celui-ci montait sur son banc, celui-là sur une chaise, quelques-uns sur des tables. Toutes les contradictions éclataient à la fois. Dans un coin, d'anciens meneurs de l'ordre s'effrayaient du triomphe possible des « rouges '>. Dans un autre les hommes de la droite entouraient les hommes de la gauche et leur demandaient : « Est-ce que les faubourgs ne se lèveront pas ' ? »

« Le général marquis de Lauriston, ancien pair de l'^rance, à la fois colonial de la lo'' légion et représen- Laut du peuple, distinguait entre son devoir de représentant et son devoir de colonel. Sommé par quelquesuns de ses amis de la droite de faire batti'<.' lo rappel et de convoquer la lo'' légion, il répondait : <( Comme représentant du peuple, je dois mettre le pouvoir exécutif eu accusation, mais connue colonel, je dois lui obéir. » Il paraît (ju'il s'enferma obstinément dans ce rai -

Page 1