k;toh Hugo, Histoire d'un Crime
LE COUP D p:tat ôl
dans une souricière. » Puis, à chaque molion, des voix s'élevaient : « C'est cela ! c'est juste ! c'est entendu. On se donnait à voix basse rendez-vous rue de la Chausséed'Antin, n" 19, pour le cas où l'on serait expulsé de la mairie. Bixio emportait le décret de déchéance pour le faire imprimer. Esquiros, Marc Dufraisse, Pascal Duprat, Rigal, Lherbette, Chamiot, Latrade, Colfavru, Antony Thouret jetaient çà et là d'énergiques conseils. Dufaure, résolu et indigné, protestait avec autorité. Odilon Barrot, immobile dans son coin, gardait le silence de la naïveté stupéfaite.
Passy et de Tocqueville racontaient au milieu des groupes qu'ils avaient, étant ministres, l'inquiétude permanente du coup d'État, et qu'ils voyaient clairement cette idée fixe dans le cerveau de Louis Bonaparte. De Tocqueville ajoutait : « Je me disais chaque soir je m'endors ministre, si j'allais me réveiller prisonnier ! »
Quelques-uns de ces hommes qui s'appelaient hommes d'ordre, grommelaient tout en signant le décret de déchéance : « Oare la Répul)lique rouge ! » et semblaient craindre également de succomber et de réussir. De \ atimesnil serrait la main des hommes de la gauche, et les remerciait de leur présence : « Vous nous faites populaires », disait-il. Et Antony Thouret lui répondait : « Je ne connais aujourd'hui ni droite, ni gauche, je ne vois que l'Assemblée ^ »
« Le plus jeune des deux sténographes communiquait les feuillets écrits aux représentants qui avaient parlé, les engageait à les revoir tout de suite, et leur disait :. « Nous n'aurons pas le temps de relire. » Quelques représentants, descendus dans la rue, montraient au peuple des copies du décret de déchéance signées par les membres du bureau. Un homme du peuple prit une