‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 39 sur 84 · Victor Hugo, Hisloire d'un Crime · texte numérisé non relu

Victor Hugo, Hisloire d'un Crime

entrait là, les uns s'approchaient du poêle, les autres demandaient un bouillon '. »

u La nuit arrivait. On avait faim. Beaucoup n'avaient pas mang-é depuis le malin. M. Howyn de la Tranchère, homme de bonne grâce et de dévouement qui s'était fait portier à la mairie, se fit fourrier à la caserne. Il recueillit 5 francs par représentant et l'on envoya commander un dîner pour deux cent vingt au café d'Orsay qui faille coin du quai et de la rue du Bac. On dîna mal et gaiement. Du mouton de gargotte, du mauvais vin et du fromage. Le pain manquait. On mangea comme on put, l'un debout, l'autre sur une chaise, l'un à une table, l'autre à cheval sur un banc, son assiette devant soi, comme ùiin souper de bal, disait en riant un élégant de la droite, Thuriot de la Bosière, fils du régicide Thuriol. De Bémusal se prenait la tète dans les mains. Emile Péan lui disait : « Nous en reviendrons. » On se passait les couverts et les assiettes, avec force attentions de la droite pour la gauche. « C'est le cas de faire une fusion », disait un jeune légitimiste. Troupiers et canliniers servaient. Deux ou trois chandelles de suif brûlaient et fumaient sur chaque table. Il y avait peu de verres. Droite et gauche buvaient au même. « Égalité, Fraternité » disait, le mar([uis Sauvaire-Barthélémy, de la droite. Et Victor llennequin lui répondait : « Mais pas Liberté. »

Vers 8 heures du soir, le repas terminé, on relâcha un peu la consigne, et l'entre-deux de la porte et de la grille de la caserne commença à s'encombrer de sacs de nuit et d'objets de toilette envoyés par les familles. On appelait les représentants par leurs noms. Chacun descendait à son tour, et remontait avec son caban, son burnous ou sa chancelière, le tout allègrement. Ouelques femmesparvinrentjusqu'àleursmaris. M. ChamboUc put

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