‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 45 sur 84 · M. DE Maupas, Mémoires sur le Second Empire · texte numérisé non relu

M. DE Maupas, Mémoires sur le Second Empire

2. Capitaine H. de Mauduit, Révolution mililaire du 2 décetnhre 1851.

(Uj LA SOClliTE nu SECOND EMPIRE

Eustache, de la rue Monlorgiieil el de la rue des Pelils- Carreaux. Qu'on lise plulùL ceLle leltre d'un caporal de chasseurs à pied, obscur coniballanl de la journée ' :

« A la deuxième l)arricade, dans une maison d'où Ion a tiré le plus de coups de fusil et où nous sommes entrés, nous avons trouvés plus de trois cents insurgés. On aurait pu les passer à la baïonnette; mais comme le Français est toujours humain, nous ne l'avons pas fait. Il n'y a que ceux qui n'ont pas voulu se rendre qui ont été fusillés sur-le-champ. Dans une chambre, nous en avons trouvé qui demandaient pardon, en criant : « Nous n'avons rien fait, nous faisons des remèdes pour les blessés. » Mais ils avaient bien soin de cacher plu sieurs rnoules et cinq ou six cuillers ou fourchettes en plomb avec lesquelles ils fondaient des balles. Nous avons tué un individu qui en tombant criait : « Ne me tuez pas, car ce serait malheureux de mourii- pour dix francs. »

« Je craignais beaucoup les émeutes à Paris; je croyais toujours que l'on se battait pour un parti ou pour l'autre, ou bien contre des ouvi'iersqui demandent du travail. Mais on n'a i)as trouvé parmi ces individus un ouvrier digne de figurer au nombre des travailleurs. Ce sont des hommes qui soid poussés par l'argenl et (pu s(^ battent sans savoir ni poui cpù, ni i)ourquoi. Ils ne cherchent qu'à piller. Les ouvriers intelligents, ainsi que les habitants, les dénoncent eux-mêmes ou les font prendre. Les habilauts ne sont contents qwc (puiinl ils voient la trou[)e garder leurs maisons.

« Nous avons passé plusieurs nuits dehors sur les boulevards, mais nous n'étions pas malheureux. Tous les habilauts vidaient Irni-s caves pour donner du vin aux

1. Vincent N., (•;)[)<)rMl de «•lias^;(Mii'S ;i picil. Icllrc ]).nii(' (l;iiis la Patrie du H (l6cenihro ]X'>\.

soldais, faisaient la soupe et doiinaienl du bois pour nous chaufler toute la nuit. On criait de toutes parts : « Ne les ménagez pas, fusillez-les de suite. »

Il y avait, en effet, parmi les insurgés beaucoup d'hommes tentés par l'appât d'une paye, que la misère seule avait poussés dans leurs rangs. L'argent avait été répandu à profusion. Ces hommes se font payer très cher. Le soir du 4 décembre, ils demandent dix-huit francs pour aller aux barricades ^ A côté d'eux, combattait un certain nombre d'ouvriers qui s'étaient laissés entraîner par les fauteurs de l'émeule, convaincre par les placards affichés le matin ou tromper par les fausses nouvelles répandues à dessein. N'avait-on pas annoncé que la ville de Reims était au pouvoir du peuple, que les républicains proscrits revenaient seconder l'effort populaire, que les généraux Bedeau, Lamoricière et Changarnier, délivrés par le peuple, allaient se porter au-devant des troupes, que le général Neumayer marchait sur Paris à la tète de 20.000 hommes.

En outre, l'émeute avait trouvé sinon des partisans, du moins des auxiliaires dans une partie de la jeunesse lettrée et aisée appartenant soit à la presse, soit au commerce parisien. Ces jeunes gens remplissaient de tumulte la partie la plus riche et la plus élégante des boulevards, d'où il avait semblé peu probable que le communisme dût attendre une telle diversion. C'étaient eux qui avaient poussé, les deux jours précédents, les cris de : (( A bas les prétoriens ! A bas Soulouque ! » et qui avaient été chargés sur le boulevard par les lanciers du colonel de Rochefort. Le 4 décembre, ils allèrent jusqu'à faire le coup de feu. Dix-huit messieurs bien mis, arrêtés au coin de la rue de Richelieu, dans un groupe qui tirait sur les troupes, furent conduits aux Tuileries. Au lendemain de cette douloureuse journée,

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