‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 47 sur 84 · V. Mi:vF,n. Ilintnirc du Deux- hcccmbre · texte numérisé non relu

V. Mi:vF,n. Ilintnirc du Deux- hcccmbre

LE COUP D ETAT (iO

— Tu vas demander pardon à ce clairon et à genoux, lui dit le capitaine.

— Ce n'est pas moi qui l'ai tué, répond le gamin en pleurant.

— Qui m'en répond? Et d'ailleurs tu en as peut-être tué d'autres. Ainsi demande-lui pardon ou sinon!...

Et le gamin se met à genoux et demande grâce à ce malheureux soldat.

— Ce n'est pas tout, poursuit alors le capitaine. Tu vas maintenant passer le reste de la nuit avec tes camarades et leur victime, et, plus tard, on verra ce que Ton devra faire d'un petit polisson de ton espèce.

La porte est refermée sur lui. Mais, soit remords, soit terreur de se trouver ainsi seul dans Tobscurité côte à côte avec trois cadavres, le gamin frappa bientôt violemment à la porte, en conjurant de l'arracher au supplice moral <[ui lui était infligé. Le capitaine, croyant la leçon assez forte, le fît sortir et le renvoya à ses parents '.

Les deux divisions Carrelet et Levasseur avaient opéré leur jonction, renversé tous les obstacles, poursuivi les insurgés en fuite et rétabli la circulation. Délogés de leurs avant-postes, ceux-ci regagnaient la pointe Saint-Eustache, les rues Montorgueil et des Petits-Carreaux. Dans ces deux rues, se trouvait une série de solides ouvrages. Les maisons étaient occupées par l'émeute. On tirait sur la troupe des fenêtres et des larmiers des caves. La position n'était pas tenable. Le colonel de Lourmel, du itf de ligne, le comprit. 11 s'élança à la tète de ses hommes et parvint à enlever les derniers abris des insurgés. •

Mais la lutte n'était pas encore terminée. A la même place, à neuf heures du soir, une centaine de combat-

1. Capitaine H. de MAUDurr, Révolution militaire du 2 déremhre 18.51.

lants républicains désespérés relevèrent les barricades et se préparèrent à un nouveau combat. Parmi eux se trouvait Denis Dussoubs, frère du représentant de la Haute- Vienne. Cedernier étant cloué au lit par une grave maladie, son frère Denis s'était, par une courageuse usurpation, revêtu de son écharpe et depuis deux jours il payait vaillamment de sa personne. Le deuxième bataillon du 5i*' de ligne fut envoyé pour débusquer ce groupe de combattants opiniâtres. A la première barricade, Denis Dussoubs se présenta seul, sans armes. Un récent accident au bras droit ne lui eût pas permis d'en faire usage. Il adressa d'une voix vibrante un appel aux soldats : « Venez à nous. » Le commandant, ému de son accent douloureux encore plus peut-être que de ses paroles, le conjure de se retirer, de ne pas tenter une résistance inutile. Après avoir encore vainement harangué les soldats, Denis Dussoubs remonta vers la barricade. Il se retournait, poussant un dernier cri de « Vive la Républiijue ! » lorsque quelques soldats, tirant sans qu'aucun ordre eût été donné, le tuèrent de deux balles dans la tête. 11 tomba et expira sur-le-champ ^

Ce fut la dernière convulsion de l'émeute. Le lendemain, 5 décembre, vers 4 heures du soir, la circulation était rétablie. Les boutiques étaient partout ouvertes et Paris eût repris sa physionomie accoutumée sans les traces sinistres de deux jours de bataille et les nécessités d'une occupation militaire. Le sang faisait de larges mares aux alentours des barricades. On ramassait des boulets et tics balles dans les carrefours. Les pavés descellés continuaient à s'amonceler en las aux endroits où l'on s'était battu. La maison (pii fait l'angle dé la rue du Temi^le était criblée. A ses pieds se ti'ouvaienl encore les débris de l'omnibus qui avait servi de base à la barricade cause de tous ces lualluMirs.

Page 1