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La société et les moeurs en Béarn

Le château ik Morlîtas et îes fourches patibulaires. — Le château juiguou (cixstQl mcnoLi). — Pau, ville de plaisirs.

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ous les plus anciens seigneurs du pays, brille déjà l'aurore de la société béarnaise.

La première capitale de la vicomte de Bcarn fut Morlàas.

Voilà une ville bien déchue. Tout manifeste sa décadence, rien ne rappelle les jours inconnus de sa grandeur évanouie.

Marca l'appelle un cadavre de ville, cadaver urbis. Dans son fameux mémoire de 1700, Le Bret dit : « Lembeye serait la plus misérable ville du monde, si Morlàas ne lui disputait cette qualité » .

Du château vicomtal, pas même une ruine, rien que le souvenir d'un nom peu gracieux : la Hourqiiie^ c'est-à-dire les fourches patibulaires, Horcas, Forças.

Au moyen âge, pour arrêter les crimes, les seigneurs avaient recours à l'action préventive de la terreur. Ils faisaient dresser devant leurs châteaux des gibets, insignes parlants du droit de haute justice et de la puissance. (( Les fourches patibulaires, dit La Roche Flavin, n'appartiennent qu'au seigneur haut justicier, desquelles il y en a de cinq formes : les unes sont à deux piliers, qui appartiennent au simple seigneur justicier; les autres sont à trois piliers, qui appartiennent au seigneur châtelain ; les autres sont à quatre piliers, qui appartiennent au seigneur baron ou vicomte; les autres sont à six piliers, lesquelles appartenaient anciennement aux seigneurs grands ducs et grands comtes. »

Combien y avait-il de piliers devant le château de Morlàas? On l'ignore. Le seigneur de Béarn n'était que vicomte. Cependant les Centulles, dans les pièces qu'ils firent frapper, prenaient le titre de comte : Centullo cornes et la légende : Pax et honor Forças ou Forquie Morlacis,

La monnaie de Morlàas est très souvent mentionnée dans les chartes p3Ténéennes, et notamment dans un acte de vente de l'an 980 ^

1 \'oir mon Essai sur Vhist. monétaire et la numismatique du Béarn.

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Le seigneur de Morlùas devait donc tenir à ses fourches, puisqu'il en décorait sa porte et ses monnaies. De plus, les exécutions devaient avoir lieu le jour du grand marché; les paysans de la contrée désignent encore ce jour-là du nom de Hourqnie.

De la première capitale béarnaise, le seul vestige qui subsiste, est le portail de l'ancienne cathédrale, morceau d'architecture romane, orné de curieuses sculptures souvent décrites et récemment restaurées. Une simple photographie, mieux qu'une description nouvelle, donnera l'idée des fantaisies où se jetaient les sculpteurs morlanais du moyen âge.

Mais faut-il juger des monuments du vieux Morlàas par celte pièce archéologique ?

Au moyen âge, les arts ne réservaient-ils pas toutes leurs merveilles pour orner la maison de Dieu ? Les demeures seigneuriales ne cherchaient-elles pas à se défendre plutôt qu'à s'embellir ? On aimait alors les fossés profonds, les tours élevées, les épaisses murailles, les herses de fer et les mâchicoulis; le donjon ne devint château, et les arts décoratifs ne l'ornèrent que plus tard.

Un vicomte — la légende ne dit pas son nom, et l'histoire n'en dit rien du tout — un vicomte, certain jour, se prit d'ennui à la Hourquie. Cela n'a rien d'invraisemblable. Au retour de ses chasses dans les Pyrénées ou bien au Pont-Long, il s'était souvent arrêté dans un site qu'il admirait fort, ce qui prouve son bon goût. C'était une colline qui baignait ses pieds dans le Gave. I:n face, plusieurs étages de riants coteaux couverts d'arbres, et, tout au bout de l'horizon, au milieu

des montagnes blanches de neige, le Pic du Mid d'Ossau, comme un dominateur. Le seigneur de Béari devait se connaître en beaux paysages. Il en avait vi de magnifiques en allant guerroyer contre les Musul mans de la Palestine et de l'Andalousie. Il résolu d'élever un rendez-vous de chasse en cet endroit qu l'avait séduit.

La plupart des villes du moyen âge se groupaien autour des châteaux forts ; Pau dut sa naissance à ui château d'agrément, destiné dès Torigineà n'être qu'ui séjour de plaisirs.

D'où vient le nom de Pau ?

D'après l'opinion communément suivie, il vient di paluntj pieu, pail, parce que le fondateur de la vilL avait tracé par des pieux l'enceinte où devaient s'élève les constructions futures.

Cette étymologie est contestable; en voici une autr moins connue.

Le Gave se débordait au moindre orage printanie que provoquait la fonte des neiges et l'écroulement de avalanches dans les Pyrénées. Rien ne contenait, ni dirigeait son cours. Aussi arrivait-il que les eaux ré pandues au delà des rives devenaient stagnantes e transformaient en étangs plusieurs parties de la lande Alors, pour indiquer le sentier le plus sûr, on planta comme des phares non lumineux, des pieux qui con duisaient au lieu choisi par le vicomte.

Le seigneur du Béarn appela le château primiti Castet-Menou (château mignon). Après en avoir con testé l'existence légendaire, nous avons dû reconnaîtr

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notre erreur. Aussi bien^, il estjmprudent de contredire à la légère les vieilles légendes, car souvent un peu de vérité se trouve au fond.

Qj-ioi qu'il en soit, Pau, la cité des villas, dut son origine au Castet-Menou, ce que nous appellerions une villa.

A la Hourquie se traitaient les affaires sérieuses : on y organisait la guerre, on y négociait la paix, on y battait monnaie, on y pendait haut et court.

Au Castet-Menou se rendaient les brillantes cavalcades, les gentes demoiselles sur leurs blanches haquenées, les chevaliers sur leurs hauts dextriers. Dés que \c guetteur, toujours debout aux aguets sur la haute tour, avait aperçu de loin le chevaucheur du seigneur, aussitôt tous se préparaient à recevoir le maître : le pont-levis était baissé, et les gardes prenaient les armes.

Michelet a dit qu'à notre époque de progrès matériels et intellectuels, tout s'était développé, mais que l'âme seule avait diminué.

Chez nos Béarnais, habitués aux lointaines et périlleuses expéditions, l'âme pieuse et aguerrie avait plus d'élan pour les choses du ciel, plus de dévouement à la patrie, plus de fougue dans les passions, plus de violence dans le caractère et plus d'ardeur pour les plaisirs

assortis a ses goûts.

0\\ ne venait au Castet-Menou que pour y chercher des divertissements. En ses commencements, la société de Pau était nomade; la cour du vicomte venait et disparaissait avec lui. Seule, parmi les dames, la vicom-

tesse portait le titre de Madame; les autres étaient appelées dones et dami:(elles.

En l'absence du seigneur, guerroyant au loin, Madame resta souvent à Pau. Ce séjour devait plaire particulièrement, puisqu'on sentit la nécessité de remplacer le château mignon par un château fort dont le haut donjon est encore debout.

L'assurance d'être protégé par une forteresse, la concession des privilèges, les beautés du pays hâtèrent les progrès de la population de la ville naissante. Cependant, Pau ne succéda pas sans transition à Morlàas. Le seigneur de Béarn, en quittant la Hourquie, s'établit à la tour de Moncade d'Orthez. Gaston Phœbus montra sa prédilection pour Pau en faisant restaurer ce château, qui finit par devenir le palais des souverains du pays et des rois de Navarre.

En abordant cette étude des curiosités de mœurs de la société béarnaise, il convient de déclarer que ce n'est ni un vain étalage d'érudition, ni une recherche obstinée de la légende. Ces récits procèdent de la réalité des faits et non point des fantaisies de l'imagination ; ce n'est pas du roman, mais seulement ce que l'histoire a de plus romanesque. Dans les chartes explorées, dans les vieilles chroniques, on peut glaner encore des curiosités de mœurs, des détails de vie intime, des faits intéressants par leur originalité même, des particularités que la grave histoire a pu dédaigner, mais qui sont une révélation, une peinture de la manière dont vivaient nos pères.

Malgré la large part qui lui est faite, il n'y a point

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