‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 111 sur 126 · KI-FETS DE LA TKANSIORMATION DE PAU · texte numérisé non relu

KI-FETS DE LA TKANSIORMATION DE PAU

vieilles maisons, n'osant plus se montrer à côté des maisons modernes,, ont été presque toutes reconstruites.

Lorsque M. Barthe, pour un bal donné par an^ accusait la ville de se ruiner en entrechats et en coups d'archets ; lorsqu'il redoutait, s'il y avait un théâtre, de voir l'ouvrier y apporter son argent au lieu de le placer à la caisse d'épargne, il était bien loin de prévoir le jour où des bals quotidiens s'organiseraient, où la ville payerait, pour quelques mois de coups d'archets et de représentations théâtrales, plus de 50,000 francs de subvention.

Q,u'auraiL-il pensé, si on eût proposé au conseil municipal de dépenser un million pour agrandir la place Royale et allonger le boulevard ?

Qii'aurait-il dit de la proposition d'acheter à grands trais des arbres de même taille pour remplacer les vieux arbres inégaux qui dépérissaient et s'en allaient un à un ?

Qli 'aurait-il pensé de l'acquisition, pour 800,000 fr., des terrains du parc que M. de Beaumont n'avait payé que 40,000 fr. ?

Ceux qui, dans leur enfance, allaieni respirer l'air de la campagne à la fontaine Trespoey, pouvaient-ils supposer qu'un jour ces quartiers où l'on voyait à peine quelques demeures de paysans seraient peuplés do villas superbes dignes de recevoir des descendants do Henri IV ?

Ceux qui arrivent à Pau pour la première lois trouvent qu'il reste encore beaucoup d'embellissements

à faire ; mais ceux qui l'ont vu il y a quelques années peuvent à peine concevoir la rapidité avec laquelle les embellissements actuels ont été accomplis.

Autrefois, il n'y avait guère de magasins que dans la rue de la Préfecture ; quand on allait près de la vieille halle, on disait : Je vais à la ville, locution qui datait sans doute du temps où la ville s'arrêtait là. Aujourd'hui les rues où il y avait le moins de magasins sont celles où il y en a le plus, et les quartiers les plus nouveaux sont les plus recherchés par la société nouvelle.

Tout à coup, comme par enchantement^ on a vu sortir du sol des milliers de villas, répandues aux environs de la cité, dans les hameaux, sur les bords du Gave, sur les riants coteaux de Jurançon et de Gélos.

Ces coteaux, qu'on ne pouvait guère gravir qu'à pied ou à cheval, sont maintenant sillonnés de routes qui rendent les crêtes les plus élevées accessibles aux beaux équipages, dès que brille un rayon de soleil invitant à la promenade.

Le but principal des trottoirs fut de protéger les pieds délicats contre la boue et contre les cailloux pointus de la chaussée. Aussi M. Barthe était-il fort applaudi lorsqu'il raillait l'utilité dans les siècles futurs des trottoirs contre les encombrements de voitures: c'était travailler pour les arrière-neveux qui se moqueraient de ces précautions inutiles.

Il y avait si peu de voitures en ce temps-là ! Une Anglaise récemment débarquée demande une voiture pour aller en soirée à la préfecture. Quel n'est pas son étonnement en voyant devant sa porte une grande

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diligence attelée de cinq chevaux : on n'avait trouvé que cela.

Alors eut lieu l'invention des vinai\ni'ltt's. M. Dugenne, dans son Panorama de Pau, en 1847, en parle ainsi : « Une industrie qui s'est créée il y a une « douzaine d'années et qui a déjà pris une notable con- « sistance est celle des voitures de louage pour la ville, « promenades, etc. Ces remises qu'on appelle ici vinai- (( grettes sont de petites voitures fort commodes, très « légères... M. Moreau fait l'éloge de ce moyen de « transport qui remplace avantageusement les fiacres « et les omnibus en usage dans les grandes villes. » Primitivenunt, ces vinaigrettes étaient traînées par des hommes. Elles eurent une grande vogue. Le soir, on pouvait sortir sans craindre la boue ; le jour, on pouvait gravir les coteaux sans grande fatigue. Il était d'une haute élégance de faire ses visites dans les véhicules à h mode.

Ce succès donna l'idée de substituer le cheval .i l'homme comme moyen de traction. De perfectionnement en perfectionnement, les vinaigrettes devinrent des calèches qui se nuiltiplièrent à mesure que s'accroissait le nombre des étrangers. Aujourd'hui, Pau ne possède pas seulement des omnibus, des fiacies, des remises; mais de magnifiques landaux de louage, des mails-coachet... que sais-je? sont à toute heure à la disposition des promeneurs, lit nous ne rions plus de l'utif lité des trottoirs contre l'encombrement des voitures. Autrefois, lorsqu'un vieux carrosse, traîné par de vieux chevaux, promenait à pas lents le premier pré-

sident par la ville, chacun se mettait à la fenêtre pour le voir passer. Aujourd'hui;, l'on renonce à compter les équipages de grand style qui défilent au retour de la chasse au renard ou des courses de chevaux.

QjLiand florissait la société béarnaise, la famille trouvait du charme à se réunir, le soir; et l'homme du monde se délassait des travaux de la journée en exerçant son esprit dans un salon brillant. Le premier coup porté à cette société dont il ne reste pas même un souvenir, fut la création, en 1838, d'un cercle à l'hôtel même de la mairie. Les cercles et les clubs sont devenus tellement nombreux, qu'aujourd'hui la police en a supprimé plusieurs.

Le cercle est, à mon avis, l'ennemi de la bonne compagnie et souvent un lieu dangereux. L'absence des dames permet aux hommes des négligences de toilette, des libertés de langage, des habitudes de sansgêne, qu'on ne se permettait pas jadis dans un salon et qui n'auraient pas été tolérées. L'habitué du cercle le sent si bien qu'il finit par se déshabituer d'aller dans le monde où la bonne tenue est de rigueur.

Il y a sans doute une salle de lecture, remplie de journaux, de revues, de livres. La lecture, occupation des gens oisifs et délassement des gens occupés , ne manque pas d'agrément et d'utilité. Mais la lecture qui promène l'esprit et qui éparpille l'attention sur une infinité de journaux , de revues , de livres divers n'est souvent qu'un gaspillage du temps et un libertinage d'esprit. D'ailleurs, on va moins au cercle pour lire que pour causer ; on y va moins pour causer que

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