EFFETS DE LA TRANSFORMATION' DE PAU
pour jouer. Si on calculait les sommes perdues nu jeu à Pau depuis un demi-siècle, le total dépasserait celui des sommes perdues dans la ville depuis sa création.
Au lieu des divertissements traditionnels, l'unique préoccupation est de trouver chaque jour des plaisirs nouveaux. Le mot, qui revient aujourd'hui le plus souvent aux oreilles, est un mot que, dans mon enfance, le Béarn n'avait point encore entendu : le Sport. Les Anglais seraient eux-mêmes embarrassés de bien expliquer ce qu'est le Sport, de détailler exactement tout ce que ce mot comprend.
Pau est une des villes où fleurit le plus la vie sportive. L'introduction de l'ani^lomanieen France ne date pas d'un siècle. Les Anglais prétendaient avoir appris à nos philosophes l'art de penser ; leurs poètes Shakespeare et B3Ton ont fait fureur parmi nous; leurs courses de chevaux, cependant, ne furent pas importées sans difficulté : Louis XVI eût voulu les proscrire, et ne cachait pas son dédain pour ce genre de distraction ; mais son frère le comte d'Artois était un des plus grands promoteurs de la mode nouvelle; Marie- Antoinette et le duc de Chartres partageaient les goûts du comte d'Artois, et le bon Roi ne put résister .\ cette conspiration de lamille.
Réranger chantait :
Redoutons I.rngIom.uiic, i:ilc a dcj.\ g;\té tout.
L'anglomanie a triomphé dans notre Béarn : je serais mal venu i\ prétendre qu'elle a tout g;Ué ; mais elle a
marqué profondément son empreinte à Pau sur tout, sur les manières d'être comme sur les jardins, sur les idées comme sur les divertissements.
Les formes courtoises d'autrefois sont démodées, oubliées : le veston supplante l'habit, et le shakehand,. le salut gracieux. La jeune Béarnaise, que l'œil maternel suivait partout, veut jouir de la liberté laissée à la jeune Anglaise de sortir sans être accompagnée, d'avoir son self gûvernement et parfois son lover attitré.
Partout où ils vont séjourner, les Anglais emportent avec eux leurs jeux nationaux. Pour leur plaire et les retenir, on se conforme à leurs goûts. Les Béarnais ont franchement répudié les habitudes locales pour adopter celles de leurs hôtes. Longtemps, ils se contentèrent d'aller, pendant l'été, faire courir leurs chevaux sur l'hippodrome de Laloubère. Aujourd'hui, pendant l'hiver, l'hippodrome de Pau est ouvert à des courses sans nombre. C'est un concours de sportsmen de tous les pays, une distraction qui attire la foule, une occasion de faire des paris et de montrer de beaux équipages. •
Quelque nombreuses que soient les journées de courses organisées sous les auspices du gouvernement et de la société d'encouragement, elles ne suffisent pas : voilà que de simples particuliers se mettent à donner des fêtes hippiques dont le plaisir est pour les jeunes gens du high-life, et le profit pour les pauvres. L'inventeur de ces fêtes est le baron d'Esté. Dans son château de Billère, il a invité l'élite de la société sportive et féminine à de brillantes courses avec ou sans