EEFETS DE LA TRANSFORMATION DE PAL
obstacles, à des sleeplc-chase l\ travers pays, à des stcephchase pour polo-poney. Parfois de jeunes ainazones montent elles-mêmes leurs chevaux, faisant admirer à la fois leur beauté et celle de leur coursier.
Les distractions du sport varient chaque jour. Trois fois par semaine lâchasse au renard, fox huutitiir^ créée par le club anglais, attire les sportsnien. Le lieu du rendez-vous est fixé chaque fois et annoncé par les journaux. De brillants cavaliers et un nombre infini d'équipages sont exacts à l'heure indiquée. L'aspect des spectateurs est aussi beau que le spectacle. Les chasseurs en veste rouge red coats, les amazones intrépides attendent le signal. Le lancer a lieu sur les landes qui avoisincnt Pau du côté de Morlàas. La chasse est menée d'un train soutenu et sévère. Le renard est poursuivi par des cavaliers qu'aucun obstacle n'eflVaie. La béte est presque toujours prise ; elle parvient quelquefois cependant à se cacher dans les bois et à se dérober aux poursuites des chasseurs. L'équipage de chasse est bien organisé. S. A. R. le comte de Bari l'a enrichi du don de sa belle meute. Le uiaster of hoiinds Pau est toujours une notabilité. Gordon Benett le fut. Plusieurs villes se disputent les faveurs du (ameux Américain.
Un jour, au retour d'une chasse au renard, la loule des chasseurs, des amazones et des curieux qui l'avaient suivie dans leurs beaux équipages est arrêtée par Gordon Benett au milieu d'une lande naguère déserte et transformée par une baguette magique en un lieu de délices. Le sol rocailleux s'était revêtu d'un
brillant parquet pour la danse ; les arbres dépouillés de leur verdure par l'hiver servaient d'appui à de belles tentes qui abritèrent des centaines d'invités au hoimd pic-nic. Pendant le luncheon, les meilleurs artistes des casinos de Pau firent entendre une ravissante musique. Après le repas, commencèrent le bal, et des divertissements divers pour ceux qui n'aimaient pas à danser.
Ce qui étonnait surtout les vieux Béarnais, c'était de voir le richissime Benett faire payer les places dans le mail-coach qu'il conduisait lui-même à Lourdes et à Biarritz ! Le produit des places ne suffisait pas à solder la note de Champagne qu'il distribuait généreusement.
Le club anglais a organisé des jeux divers dont les oreilles béarnaises ont eu peine à retenir les noms de Out doors gantes, polo, golf, lawn tennis, Pau cricket cluh, tir de rifle shooters, etc. Le tir aux pigeons excite une grande émulation parmi les habiles shooters de tous les pays qui croient leur honneur national intéressé à leur triomphe.
Les plaisirs gastronomiques sont l'accompagnement obligé des autres plaisirs. Les habitants du Nord ont appris à nos Françaises à manger à toute heure. Le five a' dock tea leur est devenu indispensable, comme aux Anglaises. Acinq heures une table bien servie attend les visiteurs et puis souvent on danse jusqu'au dîner.
Le bon ton en ce moment dans les salons de Pau, c'est de parler anglais. Une maîtresse de maison est fière de montrer qu'elle sait l'anglais. Elle ne se doute pas de deux choses : c'est que la Française qui ne la comprend pas peut l'accuser d'être peu polie et que
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les Anglaises rient de son accent et de ses fautes. Au lieu de mêler au français un peu de béarnais, comme faisaient nos pères, on y mule beaucoup d'anglais. On ne parle que de high life, de société scleckd^ de hîtichcofiy (l'a fier mon parties, de gréa t match... Il serait trop long de reproduire les expressions britanniques qui ont droit de cité dans la langue des salons de Pau. La causerie n'est plus à la mode. Bile ne serait pas d'ailleurs facile dans une société cosmopolite, une vraie tour de Babel. Beaucoup d'étrangers parlent admirablement notre langue, mais il en est aussi qui n'en comprennent pas toutes les délicatesses. D'ailleurs, dans la vie sportive, il est d'usage de boire beaucoup et de parler peu. Qui donc a dit : « Causer est une erreur française ; se taire,, c'est presque être Anglais. » J'ai vu des Françaises en admiration devant des personnages anglais qui n'ouvraient la bouche que pour boire et pour manger.
A l'agrandissement de leur ville, depuis l'arrivée de tant d'étrangers , les Béarnais ont-ils gagné ou perdu sous le rapport du confort réel et de la société mondaine ?
Ecoutons un vieux Béarnais : Ses revenus n'ont pas augmenté et ses dépenses ont triplé ; il n'a rien à louer ni à vendre aux étrangers ; il n'est pas assez riche pour vivre comme eux ; et ce laïuîator temporis acli regrette son ancienne petite ville de Pau.
On me parle de confort, dit-il. Autrefois, nous n'avions pas le mot, mais nous avions la cliosc. Les maisons sont beaucoup plus belles, mais elles sont <Mandes comme des casernes. Quand la maison était
petite, le propriétaire en jouissait ; il Toccupait en entier; il l'arrangeait à sa guise. Pour avoir des maisons si grandes, il a fallu souvent emprunter ; les intérêts courent toujours et il ne faut pas que les lo)^ers s'arrêtent. Il faut passer beaucoup de choses aux locataires^ et ils sont nombreux : les marchands au rez-de-chaussée; dans les beaux appartements les étrangers, les ouvriers dans les mansardes, et le propriétaire se loge comme il peut.
Nos pères, dit-on, n'avaient ni tapis, ni calorifères ; ils ne savaient pas jouir de l'exposition du midi ni du soleil. Oui, mais nos pères avaient de larges cheminées, du bois à bon marché et de grands feux; les appartements étaient plus vastes, mieux aérés : si le soleil y pénétrait moins pendant l'hiver, cela permettait d'y avoir plus frais durant Tété.
La ville ne faisait pas venir à grands frais de l'eau de très loin ; mais l'eau qui jaillissait de fontaines naturelles ne coûtait rien, et elle était bien meilleure que celle qui coûte cher.
Le luxe des toilettes s'est démocratisé. La noblesse n'a plus le monopole exclusif des beaux costumes. Oui, mais l'inégalité des fortunes se fait sentir plus que jamais depuis qu'on peut comparer la fortune des Benett américains, des lords anglais^ des princes russes à celle des propriétaires de Pau qui jadis passaient pour riches. Les Béarnaises qui ne peuvent rivaliser de luxe avec les étrangères, restent chez elles.
L'art de la cuisine n'était pas très perfectionné du temps de Pau petite ville. On dit qu'il est en
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progrès. Certes, ce n'est pas aujourd'hui que M. Bartlic dirait qu'à Pau on n'a ni bon Champagne ni poisson frais. L'approvisionnement des meilleures choses est complet. Mais les raretés culinaires passent sous les yeux des Béarnais, accaparées par les étrangers assez riches pour n'avoir pas besoin de compter. Le prix des dîners a décuplé dans les hôtels, et les grands dhiers sont devenus si chers que parmi les indigènes on ne peut plus guère en donner.
Voilà ce qu'on dit.
Les jérémiades sont toujours longues et les regrets rétrospectifs ennuyeux. On ne peut rétrograder vers le passé. Ce que nous avons perdu ne doit pas faire oublier ce que nous avons gagné.
Je répondrai au vieux Béarnais : Si vous n'avez rien gagné à l'arrivée des étrangers, combien de vos amis lui doivent leur fortune ; — ne frémiriez-vous pas à l.i seule idée de voir Pau redevenu petite ville, ses beaux hôtels vides, ses rues désertes, ses casinos détruits, son luxe disparu, et le bruit des fêtes remplacé par lo silence des cités déchues ?
Mais, tout en admettant les avantages matériels de la transformation de Pau, il serait phis ditlîcile d'allirmer que les moeurs du pays ont gagné au contact des mœurs étrangères.
La moralité, hélas ! décroît souvent en proportion des développements matériels de la civilisation. Avec la disparition de l'amour du foyer paternel, les venus domestiques se sont amoindries ; avec le luxe et les besoins nouveaux sont arrivées des tentations non-
velles. La vie oisive et mondaine des étrangers a débridé des convoitises dangereuses. La fièvre des plaisirs se gagne ; elle donne le vertige ; rien n'arrête l'imitation des exemples mauvais, ni la disproportion des fortunes, ni l'inégalité des conditions.
Sous le rapport des mœurs, Pau vaut peut-être mieux que d'autres villes de plaisir; mais il serait très hasardeux d'affirmer que les mœurs ont gagné au contact des riches nomades.
D'ailleurs, tous les étrangers à beaucoup près ne donnent pas des exemples pernicieux. Combien font en silence un excellent usage de leur fortune. Ils ne font pas de bruit dans les fêtes mondaines ; on les connaît peu, mais les pauvres les connaissent.
Pau n'attire pas seulement les oisifs à l'affiat de tous les plaisirs ; l'influence curative de son climat y amène aussi des malades qui viennent se ranimer aux rayons de son soleil. La douleur épure l'âme. L'homme qui souffre est porté davantage à la prière pour lui-même, à la compassion pour les souff^rances d'autrui, à l'aumône pour les pauvres.
Dans sa vie douce et nonchalante peu accessible aux grands vices et aux grandes vertus, la cité béarnaise a appris de nobles étrangères, Dieu sait leur nom ! à éprouver une ardeur plus vive pour venir en aide au secours des malheureux par la création d'œuvres de charité dont le nombre s'est multiplié d'une manière admirable.
TABLE DES MATIERES