CHAPITRE VIII
BAPTEMES
Rois parrains de pauvres et pauvres parrains de rois. — Les Allemands parrains de princes béarnais.
De tout temps ^ dans tous les pays, la naissance d'un enfant fut une occasion de réjouissances pour les familles. Le père aime à saluer à son entrée dans la vie celui qui doit le continuer. La continuation de la race était surtout appréciée au moyen âge.
Pendant des siècles, on ne sentit pas la nécessité de constater sur des registres publics les actes de l'état civil. Le baptême, le mariage, les funérailles acquéraient toute la notoriété désirable par les cérémonies de l'Eglise, par le nombre des parents et des amis qui s'y rendaient.
Les usages observés à l'occasion des baptêmes étaient si nombreux, variant de village à village, que nous ne pouvons noter ici que les curiosités les plus saillantes des mœurs béarnaises.
BAPTÊMKS. 6^
D'abord le choix du parrain. En baptisant le nouveau né, on lui donnait, selon l'usage chrétien, un patron pour le protéger au ciel, un parrain pour le protéger sur la terre. L'affection ou l'orgueil présidaient au choix de ce parrain : c'était ou bien un proche parent, ou bien un haut personnage.
Les souverains de Béarn se regardant comme les pères de la grande famille béarnaise, consentirent souvent à être parrains des enfimts de ceux de leurs sujets qu'ils voulaient honorer. Jeanne d'Albret fut souvent marraine. Jeanne Séguier était une de ses filleules *.
Henri IV assista souvent à des baptêmes; il commençait par payer la sage-femme et le pâtissier; plus tard il aidait ses filleuls dans leurs études'.
A l'exemple du roi, les grands seigneurs tinrent souvent sur les fonts baptismaux des enflints du peuple; et ils étaient fiers quand les États de Béarn demandaient à être parrains de leurs propres enfants.
Voici un fait plus curieux que celui de choisir aux fils du paysan des rois pour parrains, c'est de voir des rois choisir des pauvres pour parrains de princes du sang : Jean d'Albret et Catherine donnèrent pour parrains à Henri, l'héritier présomptif de leur couronne de Navarre, au prince Charles et à la princesse Anna^ des pèlerins allemands de passage :\ Pau ^
Dans un registre de notaire, il est dit que la reine de
• Arch. de Pau, l^. 1 1 .
■■' Henri 1 K, vie privée.
•' Voir le Château de Pau, ^^' édit.
Navarre accoucha d'une fille de huit à neuf heures du matin. Aune heure, le notah'e constata que le baptême n'avait pu avoir lieu faute de parrain ; mais on en trouva le soir même : on le prit parmi des pèlerins allemands qui traversaient la ville.
Il en passait beaucoup d'Allemands à cette époque, à ce qu'il paraît; ils aimaient les longs pèlerinages, et traversaient France, Béarn et Navarre pour aller à Saint- Jacques de Compostelle.
Même lorsque fut close l'ère des grands pèlerinages, ces voyageurs étrangers continuèrent leurs pieuses excursions; ils traversaient les rues de Pau, chantant des cantiques avec un accent qui étonnait fort les Béarnais; ils portaient de petites vierges enfermées dans des coffrets qu'ils ouvraient pour de Targent.
J'ai recueilli^ dans un manuscrit de Fondeville de 1698, des vers sur ce sujet. Je les reproduis pour les amateurs de jour en jour plus rares, de la poésie béarnaise :