LE MARIAGE
Fiançailles. — Fiancée remplacée aux choix. — Promesse de mariage pour rire. — Préambule d'un contrat. — Religieuse séduite par sou mari. — Vieilles femmes et jeunes maris. — Le seigneur jaloux. — La femme déclarée insupportable par acte authentique. — La femme que le mari donne.. . à Dieu. — Legs pour marier les filles pauvres. — Les massipia; la suppléante de l'épouse avec succession future. — Usages populaires. — La Sègue.
Au moyen âge, en Béarn, les fiançailles précédaient le mariage souvent de plusieurs années. Les parents, qui fiançaient entre eux des enfiints en bas âge, ne considéraient que l'intérêt de leurs familles ; ils ne voyaient que le présent, sans penser que l'avenir pouvait détruire des projets caressés trop longtemps d'avance. Cela arrivait souvent.
Exemple tiré d'un acte notarié de 1589 : Pées de Lasserre avait promis de donner sa fille en mariage au fils de Bernard de Lamotte. Il s'aperçut un peu tard que la fiancée avait huit ans de plus que le fiancé, ce qui ^
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porte l'acte, esl contre conscntcincnl Je iitilmc Lasserre
heureusement avait plusieurs filles, et il donna au
^ fiancé de la plus âgée le choix parmi les plus jeunes.
Autre fait également constaté par l'acte d'un notaire de Gan, en 1553 : Jean de Picapé et Armandine de Marca (de la famil'e du célèbre historien du Béarn) s'étaient promis mariage. Un désistement réciproque est constaté par devant notaire qui certifie que les promesses avaient été faites en plaisunlant pendant la vendanges. Les témoins sont Jean de Marca, conseiller du roi, et Jérôme de Marca, tous de Gan.
Oiiand les fiançailles étaient rompues par consentement mutuel, il n'y avait guère de difficulté; il n'en était plus de même quand le fiancé abandonnait la fiancée qui avait trop compté sur ses belles paroles. — Ce cas se présentait souvent, duelquefois, c'était la fiancée qui abandonnait son futur après l'avoir trop aimé.
Un acte authentique de 1580 constate que Gailhardine de Baylinéda, fiancée de Fortou de Salenave, en présence du ministre protestant et du peuple réuni au temple de Pardies, refuse d'épouser son fiancé et réclame contre lui une récompense pour les actes carnaux qu'il avait commis sur elle.
La simple séduction était punissable ; mais, en général, ces afîiiires de fanfille étaient jugées sans bruit par des arbitres. C'étaient souvent des prêtres. Leurs décisions, toutefois, étaient constatées par des actes authentiques dont il existe encore un grand nombre. Voici une sentence arbitrale, rendue par deux curés, cons-
tcitée dans les registres d'un notaire de Morlaàs en 1 346 : Ramon de Pruoo est condamné à payer à Gaillarde d'Os, qu'il a séduite, quarante sous morlans, plus une amende pour le seigneur et les frais de médecin. Il est en outre condamné à demander pardon.
Une quittance de 1585, par devant notaire, porte que Bernardine de Layou a reçu vingt-quatre florins de Jean de Forcade qui l'avait rendue mère volontairement sans contrainte, force ni déception.
En 1560, Jeanne de la Baysole de Lasseube, vierge caste et pudique, obtenait 25 francs de Jean de Gaillardot qui l'avait rendue mère.
Le même prix, pour le même lait, — acte de 1565 — était payé à Bertran de Totg par Jean d' Arrosez qui fut obligé de plus à donner une mesure de blé, une mesure d'orge et un manteau blanc.
Arnautde Navailles, à la même époque, fut surpris en familiarité avec Bertrandine de Carassot. Les parents lui arrachèrent par des violences et des menaces de mort une promesse de mariage. Une transaction intervint ensuite, et tout fut réglé pour la somme de cinquante francs.
En Béarn, le mariage pour être valable ne pouvait pas se passer, comme en Navarre, de l'intervention du prêtre.
Le contrat civil rédigé par le notaire est empreint d'un sentiment religieux très accentué.
Voici le préambule du contrat de mariage passé, le 22 septembre 1434, entre Jean comte de Foix, sei-
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gneur de Bcarn, et Léonor, fille de Jean, infinité d'Ara-
gon :
« Au nom de Dieu, amen. Le contrat de mariage, tant à raison de son auteur que de son institution et de bien d'autres causes, surpasse avec raison tous les autres sacrements. C'est, en eflet, notre créateur et rédempteur qui a institué le mariage dans le paradis terrestre et dans l'état d'innocence, afin de conserver le genre humain, de multiplier les amitiés, d'éteindre les rixes, les guerres et les inimitiés; afin de rendre permis et plein de mérites ce qui eût été illicite et un péché; enfin que, par ce contrat seul, la naissance de l'homme fût licite et honorable. »
« C'est par ces considérations que ^ »
Les seigneurs de Béarn firent toujours de grands mariages. Ils s'allièrent souvent avec les maisons roj^ales de France, de Navarre et d'Aragon.
Dans ces temps de dissolution, l'Eglise protégeait la sainteté de l'union conjugale, et défendait sévèrement les unions entre trop proches parents. On se rappelle ks amours de Centulle et de Gisla sa parente au degré prohibé. Le mariage fut rompu et Gisla se retira dans un couvent où elle mourut en odeur de sain-
teté -.
Gaston VI, veuf de Jeanne d'Artois qui lui avait donné trois fils, se remaria avec une femme que l'on jugea stérile. Les Etats de Béarn furent consultés; ils
' Archives de Pau, 1], i i .
2 Voir le C/uileaii de I\iu.
approuvèrent leur seigneur de se séparer de sa seconde femme qui se retira dans un monastère. Or, Olhagaray raconte ' qu'un soir Gaston, revenant delà chasse, s'arrêta au couvent où se trouvait sa femme abandonnée ; il y passa la nuit et la rendit mère d'un fils qui reçut le nom de Loup. Ce fut, disent d'anciens auteurs, un homme d'une nature impérieuse et austère. Il ne se consola jamais d'être né trop tard et de voir ses frères mieux apanages que lui.
La raison politique, l'ambition d'agrandir la puissance de l'Etat, la convoitise d'une dot considérable firent passer souvent sur d'autres considérations, notamment sur celle des âs^es mal assortis. La comtesse de Comminges était beaucoup plus âgée que son mari Gaston VIIL Lorsqu'elle voulut l'épouser, il n'avait alors que quinze ans, on lui fit des observations sur la disproportion d'âge ; elle répondit : « Si j'étais sûre que le comte de Foix dût être mon mari, j'attendrais qu'il fût né : Si ion sabi de certan que lou counte de Foiix degosse estar mon marit io lo speraria nacer. »
« Cette princesse, dit Olhagaray, armée de merveilleuse grâce de persuasion et de raison, d'une grâce attrayante, douce de parole, de grande beauté de visage, gagnait non seulement les bonnes grâces de son mari, mais de tous les hommes qui la voyaient. Elle devint mère et son fils, élevé par elle, fut Gaston Phébus. Elle le nourrissait de son lait, et prenait la peine de le laver, remuer et mettre dans le maillot. Plus tard, devenue
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