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veuve, elle lui lit donner la plus brillante éducation que pût recevoir un prince à cette époque ».
Une femme supérieure qui fnit oublier son nge à force de grâce et d'esprit, c'est une exception. \'Dici un exemple du contraire :
Marguerite, héritière du Comminges, née en 1360, épousa en troisième noce en 14 18, Mathieu fils de Jean de Grailli, seigneur de Béarn. Il était de bonne politique qu'un Béarnais possédât le comté de Comminges. Mathieu avait 25 ans; sa femme en avait bientôt soixante. Une charte contemporaine donne sur cette union de curieux détails : le jour de la noce, tout se passa bien ; les époux parurent à merveille l'un pour l'autre, et ils passèrent la nuit ensemble, la rieyt dorluieren cnscinps. Mais la lune de miel ne dura pas longtemps. Peu de jours après^ Mathieu garda la dot et se débarrassa de sa vieille femme en l'enfermant dans un château-fort. La pauvre Marguerite y resta prisonnière durant vingt années. Q.uand elle en sortit octogénaire, elle avait eu le temps de réfléchir sur le danger des unions mal assorties.
De tout temps, il y a eu des ménages troublés par de petits brouillards et quelquefois par de gros orages. La réconciliation des époux était dans les mœurs béarnaises une œuvre pie. Dans un acte du 30 septembre 1428, on lit ce que voici ' :
Maurin habitant d'Oloron et Domingine, femme de Johannole de S.uiboo avaient commis un adultère en-
' Archives ilc Tau, K, ij'iô.
semble. Leurs amis allèrent trouver le mari outragé. Ils le prièrent^ pregat et siippUcat, que pour l'amour de Dieu, per honor de Diu, il oubliât sa colère et pardonnât l'affront, en fliisant grâce à Domingine et en vivant avec elle comme doivent faire mari et femme.
Joliannole mû de compassion, inogot de compassion , tant pour l'amour de Dieu que par honneur pour plusieurs de ses amis, tant per ainâr de Diu et honor de augiis soos amies, accorde grâce et pardon à Domingine, mais à diverses conditions : les parents delà femme payeront toutes les amendes que les lois civiles et ecclésiastiques imposent aux adultères; Domingine jurera que^^le fils que Joliannole a regardé comme le sien n'est pas celui d'un autre; Maurin jurera sur l'autel, en touchant l'évangile et la croix, que jamais plus il n'aura de relations avec Domingine, qu'il n'entrera jamais dans sa maison et qu'il ne la verra jamais qu'à l'église, au cabaret et au moulin, en glisie taverna et molii.
Enfin, en rentrant dans le domicile conjugal, Domingine se mettra trois fois à genoux, en répétant trois fois : « Moi, Domingine, je dis que je fus une mauvaise femme, j'ai commis de mon corps un adultère comme une mauvaise femme ; et je vous prie Johannole, de me vouloir pardonner. »
Les notaires de nos jours auraient-ils beaucoup plus d'actes à passer si les maris allaient comme jadis, faire constater d'une manière authentique les faits qu'ils ont le bon goût de cacher ?
Dans une transaction de 1594, passée entre Antoine
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d'AnibielIe et les parents de Jeanne Je Bareilles, sa femme, voici comment le mari peint sa chère épouse : « Elle est devenue ignorante, sourde, presque sans jugement ni connaissance, imbécile, sèche et sans sentiment d'amour ». Si ce portrait était ressemblant — et il faut bien croire un acte authentique — ce pauvre d'Ambiellc était vraiment à plaindre !
Le souverain du Béarn était le protecteur du faible contre le fort; sa justice f^iisait rarement défaut à ceux de ses sujets qui l'invoquaient. Les auteurs qui font tant de bruit des scandales commis au moyen âge ne les ont pu connaître que par leur répression.
En 1375, Mariette, femme d'Armandine de Cami qui habitait Saint Abit, se laissa entraîner au château d'Arros par le seigneur du lieu, l'un des barons de Béarn. Armandine s'adressa à Gaston Phébus qui, le 26 novembre 1375, en la gJisie de Pau, à l'église Saint- Martin, en présence de témoins qui signèrent la sentence, entendit les parties et jugea ainsi l'affaire : le mari a le droit de reprendre sa femme, s'il le veut ; le seigneur d'Arros ne pourra lui causer aucun dommage ni dans ses biens, ni dans sa personne, scion la costume généraii de la lerre, et sera obligé de lui donner une bonne paire de boeufs ; la femme rendra à son mari ce qu'elle a reçu de lui et de plus une valeur égale à prendre sur ses propres biens '.
Comme on le voit, l'adultère était puni, même lorsque le coupable était l'un des hommes les plus puis-
' Arcliivcs i.\c l'au, K. }oz.
74 l'A SOCIÉTÉ ET LES MŒURS EN BEARN.
sants du pays, et que le mari trompé n'était qu'un simple paysan.
Mais qu'on ne croie pas que le haut et puissant seigneur eût seul, au moyen âge, l'audace d'attenter à l'honneur conjugal du voisin.
Il était aussi de hardis vassaux qui, profitant du grand âge du seigneur, ou de son absence, venaient consoler la châtelaine isolée dans son castel. La rumeur publique apprenait au mari des choses qui excitaient sa jalousie. Souvent, il était jaloux à tort.
Dans ce temps de foi, on ne croyait pas qu'il y eût un homme capable de sacrifier son âme par un parjure €n prenant le nom de Dieu à témoin d'un flmx serment.
Bertrand, seigneur de Barrante, soupçonna Bertrand, fils de Jourdane, femme de Capieg, d'avoir des relations intimes avec sa noble épouse. Il fit comparaître devant l'autel de Monseigneur saint Antoine à Navarrenx l'homme qu'il accusait, et celui-ci, la main sur la sainte vraie croix^ la santé beraye crot^, prêta serment iiinsi :
« Par Dieu et ses saints, je jure que je n'ai jamais eu de relations charnelles «(9 agu amassio carnaii ni fii obres carnaU, avec Bertranette femme de En Bertrand, seigneur de Barrante, et je jure de n'en avoir jamais ^ »
La chose que le mari pardonnait le moins à sa femme, c'était d'être incapable de lui donner un héritier pour continuer sa race. Il ne l'envoyait pas au diable, mais il la donnait à Dieu.
J Archives de Pau, E. 1596.