CHAPITRE VI
UNE FETE ROYALE AU XVf SIECLE
Au xvi^ siècle, les fêtes royales avaient un caractère particulier : la chevalerie passait ; Li mythologie était à la mode.
La sœur du roi de France, Charles IX, Elisabeth, avait épousé^ en 1559, le roi d'Espagne Philippe IL En 1565, elle vint faire usage des eaux de Cauterets. A son retour, une grande fête fut donnée à Bayonne. Charles IX y assista avec Catherine de Médicis, Marguerite de Valois et son futur époux, le jeune Henri de Navarre.
Le lieu de la fête avait été bien choisi : c'était une île de l'Adour. Au milieu de l'île, une bordure de vieux chênes faisait d'une prairie qu'ils encadraient une sorte de salon champêtre. A l'ombre de ces beaux arbres, comme dans une foule de niches de verdure, étaient disposées plusieurs tables de douze couverts chacune. La table royale s'élevait au milieu dominant
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toutes les autres ; on y montait par quatre marches de gazon.
Des barques bien parées apportèrent les convives à l'île enchantée. A leur approche, et pour saluer leur arrivée, une ravissante musique se fit entendre. Les musiciens représentaient Neptune, Arion, six tritons, trois syrènes et une foule de petits dieux marins. Les syrènes chantaient des vers de circonstance, et tâchaient de justifier la fabuleuse renommée de leur voix.
Les eaux, habilement conduites dans de petits canaux, serpentaient à travers les parterres couverts de fleurs les plus rares et les plus brillantes. Les plus charmantes bergères se répandaient vers le rivage et formaient une espèce de haie jusqu'à la table d'honneur. Ces bergères, réunies ensuite en groupes divers rivalisant de grâce et d'élégance, portaient les costumes des diverses provinces et dansaient les danses qui y étaient en usage : les Poitevines avec la cornemuse, les Provençales avec les timbales, les Bourguignonnes et les Champenoises avec le petit hautbois, le violon et les tambourins, et ainsi de suite.
Au devant du cortège, se présentèrent Orphée et Linus, accompagnés de trois nymphes, récitant des vers à Leurs Majestés qui avaient, en ce moment, plus d'yeux que d'oreilles, et ne se lassaient pas d'admirer les essaims de bergères aux vêtements pittoresques, brillants et si variés.
Les arbres séculaires qui couvraient d'ombre la table du banquet formaient une vaste salle octogonale au
milieu de laquelle se dressait dans toute sa majesté un chêne gigantesque. De ses racines surgissait une fontaine dont les eaux limpides jaillissaient dans un bassin composé de brillantes coquilles.
A la table d'honneur prirent place Charles IX, Catherine de Médicis, la reine d'Espagne, le duc d'Anjou qui devait être Henri III, Henri de Navarre et Madame , la future reine Margot.
Le dîner fut aussitôt servi. Six excellents joueurs de musette précédaient cinq bergers et dix bergères qui marchaient trois par trois, chacun portant un plat. Six maîtres d'hôtel les guidaient avec des houlettes ornées de fleurs. Ensuite huit bergers et seize bergères faisaient le service des autres tables. Un berger et deux bergères s'avançaient, déposaient les plats sur les tables et se retiraient faisant place à deux valets vêtus en bergers.
Vers la fin du repas, arrivèrent six joueurs de violon remarquables par leurs brillants costumes et neuf nymphes remarquables par leur beauté ; une foule de musiciens les suivaient vêtus en satyres.
A l'étonnement général, on vit apparaître tout à coup un rocher lumineux éclairé de lueurs fantastiques, d'où sortaient comme par enchantement des nymphes merveilleusement belles, parées de pierreries d'un éclat inouï, s'élançant sur le vert gazon, et dansant un ravissant ballet. <c Mais, dit la reine Margot, qui s'est plu à raconter elle-même les détails de cette fête, la Fortune envieuse qui ne pouvait supporter la gloire de ce ballet fit orager une étrange pluie et tempête, que la confusion
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de la retraite qu'il fallait faire la nuit par bateaux apporta le lendemain autant de bons contes pour rires que ce magnifique festin avait apporté de contentement. >»