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CHAPITRE V

LA DANSE AU XVf SIECLE

Le tambourin. — Les bals champêtres. — La danse dans les églises. - La proscription de la danse par Jeanne d'Albret. — Faveur de la danse sous la reine Marguerite, et sous Catherine. — Sully danseur. — La musique du roi. — Souvenirs d'un poète ménétrier.

Si le goût de la poésie a eu ses intermittences en Béarn, en revanche, celui de la danse n'a jamais cessé d'y régner.

Il existe plusieurs traités historiques de la danse ancienne et moderne, sans parler de celui de M. de Cahusac qui loue la galanterie cavalière et la gaieté franche d'Henri IV '. Mais il faut citer le singulier livre d'un vieux chanoine : Loixhésographie, traité en forme de dialogue, par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre et pratiquer Vhonneste exercice des danses ^ L'auteur y fait mention de la danse des morisques qu'il

1 Tome III, p. 2.

2 Langres, 1 589.

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a vu exécuter « par mesure binaire avec tappenient de pieds et tappement de talon » ; il décrit aussi l'instrument qui a souvent suffi pour faire danser les paysans de nos contrées : le tambourin de basque environné de sonnettes et de petites pièces de cuivre rendant un son agréable. »

Jean d'Albret qui était chaste et pieux, selon l'expression d'un vieil auteur, ne craignait pas de compromettre sa conscience ni sa dignité royale en se mêlant, même sans invitation, aux danses populaires de ses sujets.

Son fils Henri II ne refusait aucune distraction à Marguerite d'Angoulème. Il aimait la toilette et le bal; mais, comme législateur, il crut devoir sévir contre Tenvahissement des danses. Par un édit de 1566, il défend aux évêques, abbés et prieurs de Béarn, de laisser les membres des confréries manger, boire, sauter, danser, chanter et faire du scandale dans les églises et les chapelles. Le même édit défend la veillée dans les églises parce qu'il s'y commettait Ôl exécrables délits, et il les décrit si crûment que l'on ne le peut transcrire. En cas de contravention^ il fallait doucement fermer les portes et saisir tous les délinquants '.

Marguerite, qui avait du génie pour tout, inventa aussi des divertissements.

Dans sa jeunesse, Jeanne d'Albret ne ressemblait guère à l'austère huguenote qu'elle devint plus tard. Brantôme rapporte qu'elle aimait bien autant une danse qu'un sermon. Hlle ne regrettait rien pour ses amuse-

* Archives de Pau, E. I77j-i77<).

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menls. La reine, sa mère, lui donnait une pension mensuelle pour ses menus plaisirs, mais elle dépensait souvent davantage, et il flillait payer ses dettes. Dans les comptes de Marguerite de 1542 figure une somme de cent écus « pour don faict par M""^ la princesse aux joueurs de la passion pour l'escliafaud. »

Jeanne, devenue veuve, aigrie par la résistance à ses volontés d'abolir le culte catholique en Béarn, prononça des peines draconiennes contre les cérémonies religieuses chères au peuple, et contre les danses populaires. Son ordonnance porte que ces danses sont accompagnées de chansons, contenances et gestes qui ne sont que des appâts de volupté et témoignages d'inconstance et de légèreté.

La reine Margot ne redouta point les appâts de volupté; elle adorait le bal qui lui permettait de montrer tout le luxe de ses toilettes, tout l'éclat de sa beauté, toute la grâce de sa personne. Elle dédaignait les danses vulgaires comme les branles, voltes et courantes. Elle aimait cependant la branle de la torche, surtout devant les étrangers qui ne manquaient pas de répéter que le feu de ses yeux était plus brillant que celui du flambeau qu'elle tenait à la main.

Elle recherchait les danses étrangères, les danses nouvelles, et elle les mettait à la mode. On l'admirait lorsqu'elle dansait la /)^z^^««é d'Espagne qzIq pa:(:(amento d'Italie. Brantôme raconte à ce sujet que « les yeux de « toute la salle ne se pouvaient saouler ni assez se ravir « par une si agréable vue: car les passages y estoient " si bien dansez, les pas si sai2:ement conduits, et les

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« arrêts faits de si belle sorte, qu'on ne saurait que « plus admirer ou la belle façon de danser, ou la « majesté de s'arrester, représenter maintenant une « gayeté et maintenant un beau et grave desdain ».

Brantôme ajoute qu'il a vu le roi de France et sa sœur Marguerite danser le pa:(^ai)icnlo « ores, en mar- « chant avec un port et geste grave et conduisant si « bien et si gravement leurs pas; ores les coulant seule- « ment; et ores en y faisant de fort beaux gentils et « graves passages, que nul autre, ou prince ou autre, « y pouvoit approcher, ny dame, car la majesté n'y (( estoit point espargnée ».

Marguerite en dansant à Pau excitait l'admiration de Catherine de Navarre qui apprenait d'elle des danses qu'ensuite elle enseignait à sa cour. Catherine aimait les plaisirs et remplaçait à Pau le roi son frère comme régc'Nle et licutenanle générale. Son salon était très brillant; elle y donnait des fêtes vraiment royales. Sully qui, à 19 ans, avait été conseiller de Navarre et chambellan revint souvent à Pau. Il dit de l'un de ses voyages : « Il ne fut question, pendant notre séjour en Béarn, que de réjouissances et de galanterie. Le goiit de Madame, sœur du roi, pour ces divertissements nous était d'une ressource inépuisable. J'appris, auprès de cette princesse, le métier de courtisan dans lequel j'étais fort neuf. Hlle eut la bonté de me mettre de toutes les parties, et je me souviens qu'elle voulait m'apprendre elle-même le pas d'un ballet qui fut monté avec beaucoup de magnificence. »

D'après Tallement des Kéaux, la danse était une des

folies de Sully. D'Aubigné le répète et fait dire au baron de Feneste : « Si bons ahiei bu moussu de Sully coin • mander à un ballet à V arsenal, avec sa calotte qui est pire que la perruque. »

Sous Antoine et Jeanne, la musique du roi se composait de joueurs de mandore, de luth, de hautbois, de cornes, de tambourins, d'épinettes, de violons.

Auzon, valet de chambre d'Antoine, touchait des otages de cent livres comme chanteur et musicien de la reine.

Parmi les musiciens de Jeanne d'Albret, il y avait Bizot et Caillerot, chanteurs; Carbonnel, organiste; Lacrotte^ joueur d'épinette; Lafontan, joueur de luth.

Les violons du roi faisaient une terrible concurrence à ceux qui menaient les danses en ville.

Auger Gaillard trouvait que son violon lui rapportait plus que sa plume, qu'il gagnait comme ménétrier plus que comme poète. Les gens de Pau ont de tout temps mieux payé ceux qui mettaient en train leurs jambes que ceux qui s'évertuaient à distraire leur esprit. Auger Gaillard aurait eu plus de succès s'il eût écrit les Mémoires d'un ménétrier qu'en publiant quelquesunes de ses poésies. Ses poésies contiennent d'ailleurs plus d'un détail qui eût figuré avec avantage dans des mémoires.

A ceux qui lui reprochaient d'être un ménétrier, le poète répondait par une chanson : Porque soueno del violonc ? Pourquoi joue-t-il du violon?

Les bals sont fort à la mode, mais au point de vue religieux, s'élèvent dans son esprit quelques scrupules

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sur la moralité de la danse. 11 voit que ce n'est guère bon et agréable à Dieu :

Mas ve:(i'ni que n'ère bon ni bel Et tout aco desphiy al Diu del ciel.

Il prétend que le mal fait en jouant est pire que celui qu'on fait en dansant. La danse est pour lui d'invention diabolique :

Joti hé erèTJ que las danses et hraUes Son d'invcnsiou dcl cabinet des diables.

Une femme se montre si bien au bal ! Auger veut se marier, mais il est décidé à ne jamais prendre femme sans l'avoir vu danser. Et dés qu'il sera marié, adieu la danse : il lui préférera un bon pâté.

Alas si un cop soy soiirlil d'esta iiobi Si janiay plus a sonna on me trobi En cap de Joe per degus fa bala Que d'un paslé nie Jasion arrigouJa.

Auger Gaillard nous fait iaire connaissance avec d'autres salons que ceux du château, où il ne jouait pas, à ce qu'il paraît par sa jalousie contre le violon du Roi.

La physionomie des bals était autre que celle d'aujourd'hui. De nos jours, on danse partout de la même façon ; les danses nouvelles se répandent dans toute l'Lurope avec la même rapidité que les modes parisiennes.

Autrefois Basques , Béarnais et Gascons se trouvaient souvent dans la menu- fête; mais ils dansaient

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séparément, chacun à la façon de leur pays. Auger le dit :

Et d'aqiteh faissoii, gascons, basques, herné:(es Danseron à loiir modo.

Parlant d'un grand bal de noces, il dit que tous dansèrent de bon cœur, excepté trois messieurs qui contrefaisaient le sage Salomon.

Toiits très contri'fa:iion Ion satge Salomon

Auger donne aussi les noms de ceux qui dansaient : le seigneur de Gayon dansait bien ; celui de Bedouret dansait encore mieux. M. de Gayon s'élançait seul à la danse en criant : violons, mettez-moi en cadence.

El cridabo, vionlouns metet:^ nw en cadanssa

M. d'Abère ne dansait pas très bien ; pour dire vrai, il était amoureux de la belle à laquelle il donnait la main et paraissait plus préoccupé de regarder ses yeux que de faire aller ses jambes.

Les Basquesdansèrent à part, parce qu'ils ne dansaient pas à la mode de France. Légers comme des écureils, ils se faisaient admirer de tous.

Lous Basques qu'etion là, fasion a part Jour dansso Que nous danssabon pas à la modo de Fransso Mais conibé qu'on sonnes de qnalques brahles fols Els danssabon lauglês coumo bels esquirols Talo Jaissan de dansso ion troubabe noubelo

Auger Gaillard' gâte malheureusement son poétique récit par des détails qui faisaient rire alors, qui nous

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choquent aujourd'hui. 11 loue M. d'Aumont, qui n'avait rien épargné pour le repas, d'avoir prévu les inconvénients qui arrivent quelquefois aux personnes goulues et d'avoir fait venir un apothicaire (^Pouticayn') pour soulager :

Loiis gouhiis qui per trop se van ani^oula .

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