‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 39 sur 126 · UN DRAME VECU AU CHATEAU. I · texte numérisé non relu

UN DRAME VECU AU CHATEAU. I

son choix. Celui de Catherine était fliit. Elle aimait le comte de Soissons qui, après avoir gagné l'affection d'Henri IV, encourut toute sa haine. Catherine, qui avait donné son cœur, n'était pas femme à le reprendre pour le porter à un autre. Son amour profond résista pendant vingt-six ans à tous les efforts faits pour l'amener à y renoncer.

Henri IV adorait sa sœur, mais il était résolu à employer tous les moyens pour empêcher ce mariage. Corisande prit parti pourHenri, tant qu'elle en fut aimée; lorsque sa beauté fut flétrie et son amant infidèle^ elle prit parti pour Catherine.

Corisande était une femme supérieure. A Pau, elle occupait une haute situation; elle pleurait toujours Henri qui l'avait tant adorée, mais elle cachait ses larmes et ne montrait pas son dépit. Le peuple la saluait lorsqu'elle traversait les rues de la ville. Elle ne sortait, même pour aller à l'église Saint-Martin, qu'avec un cortège qui paraîtrait aujourd'hui bien bizarre : elle était accompagnée d'un mercure, d'un bouffon ^ d'un More, d'un basque avec une robe verle, d'un nia^ot appelé Bertrand, d'un page anglais, d'un barbet el d'un laquais.

Son influence était grande au château. Elle était la confidente, le conseil, l'intime amie de la régente.

Palma-Cayet était aussi fort considéré à la cour béarnaise^ c'était un homme d'une immense érudition. Savant et poète, il a composé des ouvrages fort estimés. Il avait été à Genève l'élève et le prosélyte de Calvin; il finit par se convertir et mourut docteur de la faculté de théologie de Paris. A Pau, il était ministre

protestant attaché à la princesse qui le tenait en estime et affection. On a sérieusement accusé Palma-Cayet de s'occuper de sciences occultes, d'avoir fait un pacte avec Satan sons le nom de Terrier, prince des esprits sou terrains. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait de l'esprit comme un diable.

Sully, qu'il ne faut pas appeler ici l'austère Sully, joue le vilain rôle.

Les personnages sont connus. Ils vont agir.

Corisande devient pressante : Catherine ne pouvait point laisser passer sa jeunesse sans conclure son union avec le prince qu'elle aimait. Une fois le mariage accompli, Henri chérissait trop sa sœur pour ne pas tout lui pardonner.

Catherine cède à ces raisonnements qui répondent si bien aux désirs secrets de son cœur.

Le comte de Soissons et la princesse de Navarre signent en bonne et due forme une promesse de ma-

riage.

Palma-Cayet est appelé pour célébrer la cérémonie nuptiale. Il refuse. Il ne fera rien sans les ordres du roi. Le comte insiste. Palma-Cayet reste inflexible. Après les promesses, viennent les menaces : a Obéis, dit le comte furieux en tirant son épée, obéis ou je te tue.» — « J'aime mieux, répond Palma, périr de la main d'un prince en faisant mon devoir, que de la main du bourreau après avoir trahi mon maître. »

Henri apprend que sa sœur a signé à son insu, la promesse de mariage avec un prince qu''il accusait de convoiter sa couronne avec l'aide du pape et du roi d'£s-

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