‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 40 sur 126 · UN DRAME VÉCU AU CHATEAU · texte numérisé non relu

UN DRAME VÉCU AU CHATEAU

pagne. Il donne des ordres sévères. Le sieur de Pangeas, président du conseil souverain de Béarn, se rend au château, en chasse le comte et met des gardes autour de la princesse, afin qu'elle ne puisse se laisser enlever. Soissons promit à Pangeas de se venger, mais il n'en tira qu'une tardive et mesquine vengeance : l'ayant un jour rencontré à Poatoise, il le fit roule r du haut d'un escalier.

Le roi, inquiet et tourmenté du traité signé par Catherine, appelle Sully, lui ordonne de partir pour Pau et de rapporter cet acte.

// me prit un fré/nissenient, dit Sully, quand je reçus cet ordre. Le roi ne voulut rien écouter, il fiillut obéir.

Mais lorsqu'il fut seul, Sully réfléchit aux difficultés de sa mission. Faire renoncer Catherine à épouser Soissons est impossible si l'on n'y emploie que de douces paroles et des moyens honnêtes. Il fiiut user d'artifices. La fourberie lui répugne sans doute ; mais il faut plaire au roi, et l'austère calviniste trouve des accommodements avec sa conscience. Après tout, c'est rendre service à Catherine que de conjurer les malheurs que l'irrégularité de sa conduite peut attirer sur elle et sur le royaume.

Sully prend le rôle de fourbe et le joue à merveille. Il redouble d'amabilité auprès de Madame; elle le retrouve plus charmant, plus empressé que jamais.

Sully savait que du Perron avait de l'influence sur la princesse ; il gagna complètement sa confiance, afiectant un air d'insouciance qui éloignait tout soupçon, si bien qu'au moment de p:.itir, il n'avait encore rien

dit. Enfin, comme cédant au besoin de s'épancher dans le cœur d'un ami, il a l'air, sous la promesse formelle du secret, de lui faire une confidence : le roi s'était beaucoup apaisé ; il aimait sa sœur et ne voulait pas la rendre malheureuse ; bref, pour qu'il donnât son consentement il ne restait plus que quelques difficultés faciles à aplanir.

Du Perron fut pressé de tout raconter à la princesse et àCorisande. Sully avait bien compté sur cette indiscrétion. Il feignit d'être à la veille de son départ et vint prendre congé de la princesse qui lui fit le meilleur accueil. Corisande épuisa toutes ses séductions pour qu''il prit le parti de Catherine et qu'il les aidât à terminer le mariage. Sully le lui promit avec tant de chaleur d'agir que Corisande l'embrassa avec élan.

Alors, on retint Sully ; on ne douta plus de son concours : les deux amoureux lui en auraient une éternelle reconnaissance. Mais, au moment où on croyait tenir Sully, il se refroidit subitement ; il éprouvait le regret d'avoir commis une imprudence ; il ne disait plus rien, comme s'il en avait trop dit.

Catherine et Corisande mettent tout en œuvre pour le flûre parler ; enfin il paraît vaincu par leurs caresses : il lui est impossible de rien cacher.

« Le roi, dit-il, n'aurait pas été fâché que le comte de Soissons, prince du sang, épousât sa sœur, puisque sa sœur adorée l'avait préféré à tout autre. Mais ce qui l'avait profondément blessé, ce qu'il ne lui pardonnait pas, c'était de vouloir épouser sa sœur contre son aveu. >)

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