‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 47 sur 126 · MOEURS BÛARNAISI-S SOUS LES ROIS. 23 I · texte numérisé non relu

MOEURS BÛARNAISI-S SOUS LES ROIS. 23 I

Jean d'Albret devait être un peu agacé par sa femme qui lui reprochait sans cesse la perte de la Navarre. Il allait chercher des distractions hors de chez lui, dansait avec les jolies Béarnaises, se élisait inviter aux bons dîners arrosés de vieux jurançon.

Ces habitudes laissent supposer des mystères qu'on s'est bien gardé de faire enregistrer par l'histoire.

Henri II et Marguerite furent presque toujours en désaccord. Henri, comme François P', désapprouvent fort les sympathies de Marguerite pour les novateurs dont le but était de bouleverser l'Etat autant que l'Eglise. De là des scènes de ménage dont le récit est venu jusqu'à nous. Un jour, dit-on, Henri donna même un soufflet à la reine, en lui disant : « Madame, vous voulez trop savoir. »

Plus tard, le roi et la reine eurent des idées différentes sur le choix de l'époux à donner à leur tille. Henri eut choisi de préférence le prince héritier des Espagnes qui eût rendu la Navarre à Jeanne ; Marguerite, au contraire, n'aspirait qu'à un prince de la maison de France.

Cette mésinteHigcncc royale éclate en des documents nombreux.

Le 24 octobre 1348, le roi de France écrivait à Montmorency : « La reine de Navarre est le plus mal possible :\\'cc son mari pour l'amour de sa iiile^ laquelle ne tient compte de sa mère. \'ous ne vistes jamais tant pleurer que a laict ma tante au partir, et^ s'il n'eust-ce été moi, elle ne fcust jamais retournée avec son mary. »

Brantôme dit aussi que : « Henri d'Albret la traitait mal et il eut encore fait pis sans le roi François, son frère, qui parla bien à lui, le rudoya et le menaça >;..

Henri II, dit-on, aimait certaine dame à laquelle il aurait donné une chaîne d^'or faisant trente fois le tour du cou, si Jeanne d'Albret ne l'eut pas gagnée en chantant au moment où elle mettait au monde Henri IV.

Marguerite aimait tant à écouter et à conter les. anecdotes grivoises qu'on l'a accusée de s'être permis elle-même beaucoup de grivoiseries. — Elle admirait beaucoup, et elle a bien pu aimer un peu, son valet de chambre, Clément Marot, qui, à travers des images poétiques^ laissa percer pour la reine de Navarre un sentiment plus tendre que le respect. On peut voir,, disait-il :

Que je suis serf d'un monstre fort étrange, Monstre, je dis, car pour tout vrai, elle a Corps féminin, cœur d'homme et tête d'ange.

Quant à Antoine de Bourbon^ le désordre de sts> mœurs était un scandale qu'il ne se donnait même pas la peine de cacher. En tête des pensionnés de la reine Jeanne figure M. de Comminge, bâtard de son époux.

Les ennemis du mari n'avaient, du reste, pas manqué d'avertir la femme. Des lettres violentes lui disaient qu'Antoine « se laisse mener par un tas de gens desquels la dépravation ne peut apporter avec soi aucun tém.oignage de bon fruit, si ce n'est de toute dissolut ion , paillardise^ idolâtrie ».

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