‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 48 sur 126 · MŒURS BEARNAISES SOUS LES ROIS · texte numérisé non relu

MŒURS BEARNAISES SOUS LES ROIS

D'après L'Estoile, Antoine de Bourbon était sifacile, si indolent, si voluptueux, qu'une intrigue d'amour lui faisait: abandonner les plus grandes affaires du monde. Ses amours avec Iseult de la Béraudière sont trop connues pour les rappeler.

Jeanne d'Albret, si vénérée des calvinistes, passa pour avoir eu une austérité de mœurs qu'on a souvent mise en contraste avec les désordres de son mari. Cependant, les pamphlets de l'époque lui ont reproché ses amours avec le ministre Merlin qui vint s'établir près d'elle, à Pau, dès qu'elle fut veuve. Elle contracta ensuite un mariage, fait à petit bruit, avec un de ses gentilshommes, M. de Goyon, qui la rendit mère. Les ministres protestants les plus dévoués regardèrent ce mariage secret comme entaché d'irrégularités qui ne furent jamais rectifiées '.

Les catholiques n'ont pas épargné Henri IV avant sa conversion, ni les huguenots^ depuis qu'il eût abjuré. C'est à Pau que le bon roi trouva les premiers compagnons de sa valeur, et sa correspondance révèle sa prédilection constante en fiiveur de ses premiers sujets. Cependant, voici ce qu'on lit dans une brochure du temps intitulée : V Advcrlissemcnt des catholiques de Bcarn aux catholiques français :

« Connaissant de longue main (à nostre dam) le poil du loup qui tâche de vous charmer pour après vous égorger, nous avons estimé être de nostre devoir de vous descrire le naturel de la bcstc, afui que, vous

' Ih'uri IV, vie priv.'c. ch. xxiv, y. 272.

tenant sur vos gardes, elle n'ait moyen de vous endommager. Depuis vingt ans, il a appelé un million d'étrangers pour butiner et partager votre royaume... C'est lui qui a pillé et démoli 20,000 temples et 2,000 monastères, c'est lui qui a fliit mourir, tant en guerre que par divers supplices, jusqu'à 1^600,000 hommes; c'est lui qui a fait abattre 900 hôpitaux; qui depuis Tavertissement flùt à la noblesse en 1580, avec les protestations qu'il réitère, a tait vendre les prêtres l\ l'encan et les délivra au plus offrant, afin que les huguenots eussent sur qui exercer tout à loisir leur diabolique fureur. — Il se croit roi de France ; c'est une maladie de ceux qui sont estropiés du cerveau de se dire rois du premier pays qu'ils avisent et de se fiuitastiquer des seigneuries en l'air... Gardez-vous de confier vos poules à ce renard » .

Ils y allaient bien, certains insulteurs de ce tempslà!...

Les amours de Henri IV sont une longue histoire qui a de tristes chapitres. Lisez^ dans les Mémoires de Marguerite, ce qu'elle dit de Fosseuse, que son mari avait conduite sans elle à Eaux-Chaudes. Quelle inconstance ! Et Corisande, comme il l'abandonna quand elle fut devenue grosse, grasse et rouge de visage !

Les désordres de sa femme Marguerite peuvent seuls soutenir le parallèle avec le scandale de ses mœurs ! Les chroniqueurs et les romanciers du temps en sont pleins. Ils sont entrés dans le détail des raffinements inouis de luxure qu'elle mettait à recevoir des amants. Après avoir prodigué ses fîiveurs aux personnages les

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plus illustres, clic descendit jusqu'au iils d'un chaudronnier, le musicien Villars; et elle afficha tellement cette passion qu'on baptisa l'amant du surnom de roi Mivxot !

Heureusement, à cette cour de Navarre^ il est d'autres tableaux.

Les historiens sont tous d'accord à reconnaître les mœurs irréprochables de Jean d'Albret. Jean était heureux à Pau où les mœurs béarnaises lui permettaient de vivre comme en flimille avec ses sujets, d'avoir avec eux une familiarité que les mœurs espagnoles, n'eussent pas autorisée. Comme roi, la fermeté lui eut, certes ! plus servi que la bonté pour garder sa couronne ; mais comme seigneur de Péarn sa bonté suffit pour le taire adorer.

Henri II admirait et respectait Marguerite. Il l'entourait d'hommages, à cause de François P'' son frère et à cause d'elle-même. S'il y eût entre eux quelque divergence d'idées, il exista toujours entre eux une grande communauté de sentiments et une affection réciproque. Henri II fut inconsolable de la mort de sa femme.

La chasteté de Marguerite avait été mise en doute, mais les travaux de la critique moderne ont démontré la fausseté des soupçons jetés sur sa vertu. Sa vie fut chaste, pieuse, exemplaire. C'est chose aujourd'hui jugée par l'histoire. Du reste, Marot a pu dire d'elle :

l:iî chasteté, elle excède Lucrèce.

Les expressions qui nous choquent et qui ne sont plus admises dans la bonne compagnie, étaient jadis.

étalées partout sans choquer la pudeur publique. Le fond des contes de la reine de Navarre a toujours une certaine moralité. Et depuis quand juge-t-on exclusivement de la moralité des auteurs par celle de leursromans ?

Antoine de Bourbon eut sans doute une conduite qui ne fut pas toujours exempte de reproches; mais avant de mourir il montra son repentir et sa grandeur d'âme. Il fut frappé d'un coup de feu dans une position ridicule, mais c'était au moment où il allait monter à l'assaut. Il n'était pas seulement le plus aimable des hommes, il était aussi l'un des plus vaillants. Car, dit Brantôme, « de cette race de Bourbon, il n'y en a pas d'autres ».

Jeanne d'Albret éprouva de sa perte une vive douleur que Palma Cayet, alors auprès d'elle, raconta ainsi :

La royiie Jeanne tstoit pour lors à Pau, Qui entendant ce désastre nouveau Devint en soy de faict toute éperdue Et à peu près en eust l'ame perdue.

Elle se mist de grand zèle en prière ; Qj-i'ainsi en fut sa façon coutumière C'étoit de faire oraison au Seigneur, Qu'il la gardât de mal et déshonneur.

Jeanne était austère dans ses principes et sa manière de vivre. Si elle n'a jamais paru désapprouver les cruautés commises par son farouche lieutenant Montgonmery, il ne faut pas oublier à quel point les passions religieuses, mêlées aux passions politiques, étaient surexcitées en Béarn, au xvi*^ siècle. L'adversaire de

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