LA COUR ABANDONNE PAU
Le Béarn se trouva donc divisé en deux camps, où Ton se battit, heureusement ! à coups d'épigrammes beaucoup plus qu'à coups d'épée. Jamais on ne fit à Pau plus grande dépense d'esprit et de malice. Chaque jour voyait éclore quelque nouveau pamphlet^ auquel succédait une réponse immédiate. A peine le Moine avait-il paru, qu'on voyait paraître V Anti-moine. Les habitants de Pau, en ce temps-là, devaient être fort instruits, car on leur servait autant d'épigrammes en vers grecs et latins qu'en vers français et béarnais. Il yaurait quelque attrait à exhumer ces écrits éphémères qui, après avoir fait un jour beaucoup de bruit, semblent tombés dans l'éternel oubli, si l'on pouvait fiire comprendre les traits piquants de l'esprit d'autrefois, sans recourir à des longs commentaires sur des personnes et des faits dont il reste peu de souvenirs. Bornons-nous à donner une idée de la poésie de Pau à cette époque.
Un des pamphlets, qui lit le plus grand tapage, avait pour titre la Mouche. Un arrêt du 25 avril 161 5 ordonna qu'il serait brûlé par la main du bourreau. Ce fut alors une pluie d'épigrammes. Hn voici une qui parut en français avec sa traduction en béarnais :
Moiisqiie casti^iulii quoin luil Per goardàa que hissa no ponsqiies, Bc couiiilàii piiloiit qiioiii à Pau Eutciicn à biras las nioiisqiifs.
C'est-à-dire :
Mouche punie comme il faut
A cette fin que rien ne touches,
Va-t-en pubHer tout haut
Qu'à Pau on chasse bien les mouches.
Louis XIII, voyant son autorité méconnue, expédia en Béarn un commissaire cliargé de faire exécuter ses ordres. C'était un conseiller d'Etat, nommé Renard.
Les huguenots résolurent de s'en débarrasser, en lui faisant peur sans lui faire de mal. Ils l'accueillirent à coups de fusils chargés à poudre. Ces détonations perpétuelles étaient désagréables aux oreilles du commissaire : il fut fort effrayé de voir sa maison assiégée par des hommes armés, portant des queues de renard attachées à leurs bonnets, et vociférant : « Au renard ! à la chasse au renard, forçons le renard dans sa tanière ! »
L'envoyé du roi se trouva très heureux de pouvoir fuir; on ne demandait pas mieux.
Les catholiques répondirent aux huguenots, fiers du succès de leur équipée :
Béarn, un prudent commissaire,
Ne t'a pu réduire au devoir ;
Il sera doncque nécessaires Que le roi conquérant t'aille voir.
Sa présence qui tant étonne
Apprendra la rébellion.
Qu'où la peau du renard n'est bonne
On y coud celle du lion.
En effet, pour pacifier le pays, il fallut que le roi de France s'y rendit avec une petite armée.
Un prince qui^ de nos jours, traverserait le grand dé