LES GOUVERNEURS DU BEARX, VICE-ROIS DE NAVARRE
Caumoul La Force. — Mariage âcRoquclaurc. — La Foire el Granioiil : épigriiiiiiiies cl coups (}\'pi'e. — Coiiiinetil Granionl se débarrasse de sa femme. — Le chevalier de Gramont, son èdiicalion, ses aventures. — Le duc de Gramont, vice-roi. — Antoine III de Gramont : anecdotes et lettres inédites. — Querelles avec le parlement, réconciliation officielle in articulo m )rtis. — Antoine IV de Gramont, fêtes à son arrivée, cadeaux des Etats de Béarn et des jurais de Pau.
Les gouverneurs du pays avaient le droit d'habiter le chf\teau royal ; mais ils étaient trop grands seigneurs pour se résigner à demeurer dans une petite ville comme Pau. La lutte fut souvent très vive entre le gouverneur et le parlement.
Caumont de la Force était déjà gouverneur du Béarn lorsque Catherine quitta Pau. Il avait rendu de grands services ;\ Henri IV ; mais ses ennemis étaient puissants et il ne sut pas toujours plaire à la cour de Louis XIII. Pourtant, après des disgrâces répétées, se relevant tout à fait, il devint maréchal de France, duc
et pair. Il a laissé des Mémoires que le marquis de Lagrange a publiés ; de plus, les documents historiques sur son compte abondent.
Il avait dix-huit ans, lorsqu'il épousa Charlotte de Gontaut^ fille du maréchal de Biron, âgée seulement de quinze ou seize ans. La première nuit de noces^ l'épousée lui fit une telle résistance qu'il jura d'attendre qu'elle le suppliât d'être tout à fait son mari. La jeune femme ne tarda pas, en effet, à se repentir de sa rigueur. Mais comment oserait-elle faire le premier pas ? Elle demanda conseil à une amie, qui lui suggéra de dire à son mari : Moussu, donnât de la cibada à la caballe.
Cette phrase, rapportée par Tallemant des Réaux, n'étonne pas ; en Béarn, à cette époque, on parlait le béarnais. On raconte que, consulté par deux gentilshommes qui se disputaient un riche parti, Roquelaure les mit d'accord en gagnant le cœur de la belle et en la prenant pour femme. Mais il ne se hâta pas de la produire à la cour où l'on ne tenait pas précisément école de morale. Henri IV, un jour, lui demandant pourquoi il ne la produisait pas dans le monde, il répondit : N*a pas sabattoiis, elle n'a pas de souliers.
Le mariage de La Force avec Charlotte de Gontaut fut d'ailleurs des plus heureux : ils eurent douze enfants. Le maréchal de la Force se remaria à quatrevingt-deux ans, et, devenu veuf une seconde fois, il contracta une troisième union et il se préparait à une quatrième à quatre-vingt-douze ans, lorsque le bruit se répandit que le vieillard épouserait encore deux femmes avant de mourir ; or, parmi les jeunes femmes