‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 67 sur 126 · CIIATJ-AUX ET MAISONS. 3II · texte numérisé non relu

CIIATJ-AUX ET MAISONS. 3II

pcct des tours que le temps ne peut abattre, des fossés séculaires qui n'ont pas encore été comblés, des ruines enveloppées de lierre, la curiosité s'éveille, l'imagination travaille : on se demande quelle vie menaient autrefois au fond de ces châteaux les puissants barons? Et quand l'histoire se tait, ou quand elle a dit ce qu'on veut qu'elle dise, il est facile, au gré de son désir, de calomnier ou de glorifier outre mesure les seigneurs d'autrefois.

Dans les châteaux huches sur les rochers à pic^ loin du vicomte, combien de petits tyrans de village, comme celui de Louvie^ ont eu des velléités d'abuser de leur autorité au profit de leurs passions? Le seigneur de ]3éarn connaissait bien tous ses vassaux, mais lorsqu'il avait besoin du secours de leur épée, il ne songeait pas toujours à leur demander compte de leur conduite, et souvent l'éclat de la bravoure fit rejeter dans l'ombre des actes d'immoralité coupable.

Mais que de gracieuses images peut offrir aussi un castel, dans un site ravissant, au bord du gave, au centre d'une population aisée ? Là, quand le seigneur combattait au loin, la gente châtelaine se montrait la providence des pauvres, la mère de ceux que la guerre avait rendus orphelins. Sa demeure hospitalière accueillait le pèlerin qui promettait des prières, le noble étranger qui apportait des nouvelles, le troubadour et le ménestrel qui charmaient la solitude par des fabliaux et des chansons d'amour.

La résidence des rois de Navarre à Pau ne fut pas lavorableà la vie de château ; les nobles se rapprochèrent

du roi ; Henri IV ne les laissa guère tranquilles dans les champs : il attirait à lui tous les braves.

Louis XIV était grand admirateur des beautés de l'art qu'il préférait à celles de la nature. La haute noblesse tenait à si grand honneur de concourir aux splendeurs de Versailles que le roi la punissait en l'exilant dans ses terres.

Louis XVI, au contraire, n'avait pas le goût du faste ni du luxe. La vie agreste était pour lui pleine de charmes ; il voulait en trouver à Trianon une imitation gracieuse. Il chassait, jouait au trictrac, faisait des ouvrages de serrurerie ; il se plaisait à voir Marie-Antoinette, en robe blanche, jouer le rôle de Rosine. La période de 1780 à 1789 fut une période de réhabilitation du bonheur domestique, conjugal, patriarcal. Le goût de la villégiature se popularisa tellement qu'Horace Walpole, voyageant en France, dit qu'il a trouvé Paris vide du grand monde, et qu'on tenait plus aux champs qu'à la ville. Le mot d'ordre du duc de Broglie : aime^ vos femmes et vos châteaux retentit jusqu'en Béarn et y trouva de Técho.

Messieurs du Parlement avaient, en général, un hôtel en ville et un château au village. Là, dans la terre patrimoniale, ils se sentaient à l'aise; ils étaient les seigneurs du lieu et ne recevaient que des amis.

J'ai vu plusieurs de ces châteaux qui avaient remplacé les châteaux forts. Privés de leurs donjons, de leurs fossés, de leurs remparts, dénués de toute décoration auchitecturale, ces vieux manoirs ne différaient guère, extérieurement, des maisons ordinaires. On peut en

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