CHATEAUX ET MAISONS
juger encore par les châteaux voisins de Pau, comme ceux de Narcastet, de Rontignon, d'Arcssy. Les plus anciens sont les plus modestes. Le castel où naquit Pierre de Marca, à Gan, est encore tel qu'il était autrefois. C'est une habitation fort simple, et cependant cette maison était citée comme une des plus considérables du Béarn *.
J'ai vu, avant leur reconstruction, les châteaux de Bi:(cinos et de Tout-y-Croit; ils ont gagné beaucoup à être rebâtis. J'ai vu aussi celui d'Arbus avant qu'on ne l'eût dépouillé de ses tapisseries et de ses beaux meubles.
S'il fallait raconter l'histoire des anciennes demeures seigneuriales du Béarn, le château d'Arbus, y aurait une page intéressante. A l'extérieur, rien de remarquable; mais l'intérieur était plein de reliques du passé. La chambre de l'évéque était remarquable et la bibliothèque renfermait de grandes richesses. Dans ces appartements, la marquise de Gassion y avait reçu la plus brillante société. Mais la famille de Gassion s*est éteinte, et ses héritiers les princes de Chalais et les princes d'Aremberg, après avoir dépouillé l'ancienne demeure, de tous ces précieux ornements, ont laissé le temps en achever la destruction.
Après le départ de Henri IV, livrés à eux-mêmes, privés de leurs fonctions à la cour de Pau, les nobles béarnais, dans un pays sans industrie, se trouvèrent
' Tables généalofriques de la tnaison Je Marca. (Mibl. iiat. fonds Balu/c, 121, t"o , ,^),
trop pauvres pour entreprendre de grandes constructions. Auxviir siècle, d'énormes fortunes arrivèrent de Saint-Domingue et l'on éleva de beaux châteaux comme celui de Gélos.
La vie des champs brillait de tout son éclat durant les vacances judiciaires, pendant la saison des vendanges. Les Béarnais avaient conservé du temps des rois de bonnes traditions culinaires, et les grands personnages, en rapport fréquent avec Paris, y ajoutaient tous les jours des raffinements nouveaux. Les invitations répondaient aux invitations ; elles n'étaient même guère nécessaires. On s'organisait en partie de plaisir; on arrivait nombreux à l'heure du dîner, et le Lucullus béarnais n'était jamais surpris. Le marquis de Jasse, fidèle aux vieux usages, avait tous les jours à sa table quinze couverts à la disposition des amis qui pouvaient venir au gré de leur fantaisie, au hasard de leur promenade. J'ai vu finir ces vieilles traditions, et successivement se fermer les manoirs où l'on trouvait jadis table ouverte.
A l'imitation de la noblesse, la bourgeoisie de Pau aimait aussi à jouir de la vie des champs, à posséder ce qu'on appelait des métairies, un bouquet d'arbres, quelques vignes donnant de bon vin, un beau jardin produisant de bons fruits. Ces maisons de campagne étaient plus ou moins grandes selon la fortune de chacun, mais il fallait être bien pauvre pour n'avoir pas un simple vide-bouteille.
Les splendides hôtels de Pau ont presque tous disparu pendant et depuis la Révolution. L'hôtel de Charrite entièrement démoli a fait place au coin de la rue
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Saint-Louis à plusieurs demeures ordinaires. L'hôtel de Gassion, d'abord transformé en prison^ est ensuite devenu un casino. L'hôtel de Jasse est remplacé par l'église Saint-Martin. Il en existe deux 'encore : l'hôtel DupKia ou de Neys, et l'hôtel d'Abbadie qui peuvent donner une idée des anciennes habitations parlementaires.
lin général, l'intérieur était plus soigné que l'extérieur. Les meubles n'y étaient point sujets à la mode. Quand ils étaient beaux, on ne les appréciait que davantage pour avoir vieilli dans la fomille. Les tapisseries de haute lisse et les riches boiseries couvraient les murs aujourd'hui recouverts de papiers peints. L'acajou et le vieux noyer moucheté étaient massifs au lieu d'être plaqués. On recherchait moins ce qui pouvait flatter l'œil que ce qui pouvait durer des générations. L'idée que la maison devait être abandonnée ou louée par les maîtres était une idée triste. Aussi les appartements à louer étaient rares et le prix des loyers n'était pas élevé. Les Ltats deBéarn payaient pour la location d'un grand hôtel 011 résidait le premier président du parlement de Navarre, la somme annuelle de 800 livres! Q.uel pouvait bien être le prix des petits appartements ?
On trouve encore, rares et éparses, quelques vieilles masures à pignon et l'on pourrait en conclure que le Pau d'autrefois était mal bâti, lù'reur! Mais chacun, autrefois, voulait avoir sa maison de famille. l:t même en changeant jxufois de maître, la maison gardait le nom de celui qui Favait bâtie. Quoi d'étonnant à ce qu'il y eût des maisons d'inégale beauté. I/inégalité des conditions se manitcstait dans riné^alité des demeures.
3 lé LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS EN BÉARN.
Aujourd'hui les beaux hôtels et les villas sont tournés vers le midi, tous; ils cherchent à accaparer autant que possible le soleil et la vue des Pyrénées. Jadis les grands hôtels étaient en général orientés; on évitait avec intention l'exposition au midi. Pendant l'hiver, il était facile d'éviter le froid par de grands feux, le bois n'était pas cher; et lorsque le soleil devenait trop ardent, pendant huit mois de l'année, au moins, on recherchait la fraîcheur des appartements exposés au nord, le voisinage des grands arbres et des fontaines.
Aujourd'hui les maisons ne sont faites que pour des locataires nomades qui les désertent au premier sourire du printemps.
Mais pourquoi fuyait-on la vue du magnifique amphithéâtre des Pyrénées ? L'admiration des beautés de la"nature existait chez les anciens ; mais elle avait presque entièrement disparu. Le spectacle des Alpes ne dit rien à Racine, et l'aspect des glaciers fait froid à Montaigne. Un pays de montagnes passait pour être très laid. Tous les historiens du temps de Henri IV disent qu'il est né en pays aspre et affreux. Les médecins de Marguerite de Valois, apprenant son départ pour Pau^ déclarèrent que le gros air du pays pouvait lui faire du mal.
Lorsque l'admiration des beautés de la nature fut remis à la mode par Jean- Jacques Rousseau et Buffon, les Béarnais qui conservaient encore un vif sentiment de patriotisme furent fiers de voir les beaux sites de leur pays vivement appréciés par les étrangers et il les admirèrent avec enthousiasme.
Voici ce que nous a conté le petit -fils du président