EXISTENCE ET EDUCATION DBS COURTISANS
Sur la place du ch&teau s'élevait un échafaudage gigantesque pour servir de scène. Le spectacle s'ouvrit au son de la musique et Ton vit s'avancer le vaisseau de Jason, monté par les Argonautes et conduit par trente tritons. La renommée, une trompette d'or à la main et des ailes au dos, se tenait à la poupe. Elle récita le prologue, sorte d'allégorie mythologique où Ton disputait lequel des quatre éléments avait le plus de qualités pour produire des perles {margO" titasy allusion au nom de la mariée). Les quatre éléments étaient représentés par quatre escadrons de cavalerie. Le premier, qui figurait les chevaliers de Fair, était vêtu de Telours d'or et conduit par le prince de Lorraine ; le second, les chevaliers du feu, costume rouge et argent, avaient à lem* tête Montecuculli; le troisième, les chevaliers de l'eau, bleu et argent, marchaient sous la direction du comte de Sooltzbach ; enfin le quatrième, les chevaliers de la terre, Tert et argent, avaient pour chef le comte de Dietrichstein.
A la suite de l'escadron de l'air s'avançait une voiture où paraissait Junon montée sur un dragon, entourée de griffons et d'oiseaux et surmontée d*un arc-en-ciel sur lequel rm virtuose célébrait en italien les louanges de l'impéraoîce. Après les chevaliers du feu venait une machine où était couchée une énorme salamandre au milieu des» flammes et vomissant un véritable feu d'artifice. Puis venait Vulcain accompagné de trente cyclopes et d'un essaim d'amours. L'escadron de l'eau était suivi de Neptune sur le dos d'une baleine qui lançait de l'eau par les narines; les dieux marins et les néréides l'accompagnaient. Derrière les chevaliers de la terre s'avançait lentement un délicieux jardin au milieu duquel s'élevait sur des colonnes de marbre le trône de Bérécinthe, déesse de la terre. Celle-ci vêtue d'une robe de satin vert lamée d'or et d'argent était entourée de nymphes et de vingt-quatre satyres qui portaient des arbres dans leurs mains.
Après la dispute des éléments, le combat s'engage au son
290 LA. sociÂré et le? mœcbqs aixeirandiss
ées ferompettes, et la lotte devient très-animée. En ce moment un petit nuage descend du ciel et en «s'entronvant déconvre un globe étoile sur lequel est assise l'éternité qui apaise les combattants en ces termes : c Arrête le choc des armes, ralentis la fougue des chevaux, apaisez votre cour- Foux. Ce que Neptune a de plus rare, tout ce qull y a de plus précieux, le ciel Ta destiné depuis longtemps au plus grand prince de la terre. » Des flancs du globe sortent ensuite les quinze génies des empereurs défunts montés sur dés chevaux richement caparaçonnés et suivis d'une écaille d'argent dans laquelle brille une grande perle avec le portrait de l'impératrice. Enfin le cortège se ferme par le génie de l'empereur escorté de prisonniers indiens, tartares et maures.
Is ballet est exécuté par les quatre escadrons de cavalerie entre lesquels se placent douze satellites à cheval. Les chevaliers combattent chacun pour la défense de son élément respectif et se livrent à. un simulecre de lutte à Tépée et au pistolet. Un nouveau ohsmgement de scène amène un char de triomphe avec sept chanteurs magnifiquement parés et termine la représentation.
Cependant le goût des tournois se perdit peu à peu, sœs tout après Fissue funeste de cehri de 1559, qui coûta la vie au roi de France Henri II. On les remplaça par des spectades où la poésie et les devises de la chevalerie se mêlaient aux souvenirs mythologiques. Les guerres contre les Turcs apportèrent en même temps l'usage d'élever des espèces de châteaux à deux troupes, l'une sous le costume oriental, l'autre habillée en hussards hongrois, qui se lançaient des milliers de projectiles; puis vinrent les carrousels, qui furent a îa mode pendant plusieurs siècles : enfin la publication du roman de D Urfé, VAstrée, fit changer tous ee» spectacles en pastorales langoureuses.
BX:18ZB!«0B BT SOSCtàTlOIf «IS OéURnSAXS 2S1
likms avofis dans nos piréfiécbnits ^afntres parié du luxe qoi entourait les diètes an mi¥ âg^. Il ae coBtimia au seizi^ne dëete, et s'étala pompeus^nent à Tentsëe de OuLileB-QuiDt à Augsbonrgv le 15 juin 1530 : deux aBoadroBs de lan»|itenet8 défilant aar «ept lK>mmes de firont ouvraient la marche avec leur colonel Max d'Egerstein. Venaient ensuite les gens de l'empereur, de l'électeur de Brandebourg, de ceux de Mayence, de Trente et de Cologne, suivis de cinq cents chevaux qm escortaient les ducs Guillaume et Louis de Bavi^e. Après eux s'avançaient les Brunsviokois par file de quatorze, les Hessois, par files de vingt-six, et les Poméraniens par files de sept, puis une foule de oomt^s allemands et espagnols. Le cortège proprement dit était précédé de chambdlans et de vingt pages^ des pages et cavaliers du roi de Hongrie, des chevaux de Temp^eu^ montés par des Polonais, des Turcs et des Génois, d'une foule de seigneurs et potentats de la cour, de la noblesse de Bohême sur des chevaux magnifiques et parée de chaînes d'cNT, des trompettes et des hérauts, devant lesquels msurchait.un prêtre avec la croix, des princes de TÉglise, des princes régnants et des électeurs. Celui de Saxe portait un ^ve en qualité de maréchal. Enfin parut l'empereur sur un cheval blanc^ en uniforme espagnol chamarré d'or, sous «a dais de damas rouge que portaient les conseillers d'Augshûvag et entouré de trois cents satellites. Derrière Charles- Qaint s'avançaient le roi Ferdinand et le nonce du ps^, Gampeggio, pui& les prélats et leurs domestiques. Dix-huit gardes de la ville et deux mille bourgeois formaient la ntarche qui eiit lieu au son des cloches et au bruit du ca-. non. Il était difficile de déployer plus de pompe et de magnificence.
L'éclat dont les princes étaient entourés pendant leur vie les suivait même après leur mort. C'est ainsi que, le 22 mars 15T7, l'empereur Maximilien II reçut à Prague des funé-
ailtes magnifiques. Une partie de l'appareil oatholiquo
2S2 LA. 800IÂTÂ XT LES MŒUBS ALLEMANDES
avait passé dans le culte protestant, et Ton avait conserré l'habitude d'exposer le corps des princes sur un eastnm doloHs avant de les inhumer. Ces cérémonies funèbres étaient si coûteuses que l'on, dépensa, dit-on, 200,000 tha- 1ers 91UX funérailles de la première reine de Prusse (17(fô).
Il fallait aussi beaucoup d'argent pour la toilette des princes et princesses. Des maisons de commerce d'Augsbourg, de Nuremberg et de Leipzig n'avaient d'autre spécialité que de fournir les cours d'étofifôs et de bijoux. Les tissus les plus recherchés étaient le velours et le satin broché d'or, qui valaient de 5 à 18 florins l'aune. On employait encore à cet usage la soie lustrée, le damas, le taffetas de toutes les couleurs. De belles fourrures d'hermine et de zibeline rehaussaient les habits de gala, sans parler des diadèmes, colliers, chaînes, médailles, croix, bracelets et autres bijoux garnis de pierreries. Chaque princesse en apportait un coffret dans sa dot. Celui d'Anna, fiancée de Jean Sigismond, électeur de Brandebourg, ne valait pas moins de 40,000 marcs, somme considérable pour l'époque.
Suivant leur coquetterie ou le caprice de la mode, les dames se couvraient plus ou moins la poitrine et les épaules. Elles relevaient leurs cheveux au-dessus du front et les laissaient retomber en boucles des deux c6tés du visage. Elles empruntèrent même aux hommes leur col roide et épais qui déroba tous les gracieux mouvements da cou et força de porter la tète droite.
Le sexe fort abandonna la barbe épaisse du moyen âge pour la moustache et la barbiche à la Henri IV, puis vinrent les perruques de Louis XIV avec les autres vêtements français. Au lieu au manteau espagnol, on porta l'habit brodé; le pantalon fut remplacé par la culotte courte et les bas de soie; le glaive à deux tranchants avec sa poignée en croix disparut devant l'épée de cour. Le malheur n'eût pas
8XISTBNCB ET ÉDUCATION DEé COURTISANS 253
été bien grand si la corruption des mœurs n'avait accompagné cette métamorphose. Mais à la licence que nous avons signalée dans notre peinture du moyen &ge vinrent s'ajouter les raffinements d'immoralité empruntés aux cours de François I«', de Henri IV et de Louis XIV. Nous sommes édifiés sur les vices de cette dernière par les lettres de la duchesse d'Orléans, mère du régent, la vertueuse et intelligente Elisabeth- Charlotte de Bavière.
Quelques princes allemands essayèrent de sauver au moins les apparences. Philippe de Hesse parvint à assouvir ses passions en contractant une union bigame que sanctionnèrent servilement Luther et Mélanchton. D'autres ne rougirent pas d'unir leur destinée à la femme qu'ils aimaient, au lieu d'en faire leur maîtresse : Guillaume de Bavière épousa Maria Pettenbeck et rarchiduc Ferdinand duTyrol Philippine Welser. Il est vrai que pendant ce temps l'électeur de Brandebourg, Joachim II, affichait impudemment sa belle maîtresse Anna Sydow.
Vers la un du seizième siècle, la cour de Clèves et Juliers se distingua par des excès d'immoralité, et Jacobée de Bade, épouse débauchée du stupide duc Guillaume III, paya de sa vie ses déboidements, à l'instigation de sa belle-sœur Sibylle, non moins corrompue qu'elle. L'électeur Chrétien II de Saxe, qui mourut en 1611 des suites de 8on ivrognerie, avait été rendu infirme par la débauche et l'intempérance. A la cour de Cassel, le maréchal de Hertingshausén ayant prévenu l'électeur que sa femme Juliane le trompait avec un beau page , celui-ci le tua en plein jour d'un coup de pistolet. Le comte de Kœnigsmark ayant ûoué des relations amoureuses avec la princesse Sophie de Hanovre fut assassiné par l'époux outragé. Sa sœur, la «elle Aurore, qui eut le maréchad de Saxe du roi de Po- ^^gne, Auguste II, fut une des femmes galantes les plus re- ^"^quables de son temps. On sait que son fils ne démentit pas son origine et devint l'aïeul d'un célèbre romancier fran-
Uigitized Dy vjOOQlC
çais, madame Aurore Dadeyant, plus comiue sous le nom de George Sand. Pour ue pas souiller notre ptume, nous nous tairons sur les horreurs qui se passaient dans la maison ducale de Liegnitz; glissons aussi sur ce qui regarde une princesse philosophe, Charlotte de Prusse, l'amie du grand Leibnitz, dont la conduite fit beaucoup rire et qui emprunta aux Juifs l'argrait dont elle eut besoin. Les dépenses de la famille royale s'élevaient à 820,000 thalers et coûtaient presque autant que toute l'administration civile du royaume. Cela n'a rien d'étonnant si Ton songe à ce qu'on payait les emplois de la cour. L'empereur Léopold donnait à son gouverneur 6,000 florins par an et 12,000 florins pour sa table; au grand chambellan, 12,000 florins; au grand maréchal, 3,000; au grand écuyer, 2,000, et 1,000 au premier maître de ses cuisines.
Les princes intelligents gardaient leurs enfants auprès d'eux et en confiaient l'éducation à de bons professeurs qui joignaient à la science le ton et l'usage du monde. Les jeunes gens de l'aristocratie terminaient leurs études dans l'université la plus voisine et s'y occupaient surtout des questions religieuses alors fort discutées. Lutiier et Mélanchton eurent souvent des princes pour auditeurs de leurs conférences à Wittemberg. Quelques souverains envoyaient leurs fils aux cours impériales et royales, mais surtout à la cour de France. Dès 1518 nous y trouvons plusieurs princes allemands, et depuis lors les jeunes ours de notre aristocratie ont pris l'habitude d'aller s'apprivoiser à Paris, d'où ils ont importé les goûts futiles et les jolies mœurs que l'on sait. D'autres préférèrent l'Italie ou l'Espagne, doù ils nous rapportèrent les langues et la lit* térature du Midi. Notre pays n'avait pas alors de littérature nationale, les trésors de notre vieille poésie étaient tombés dans l'oubli, le chant des minnessinger avait tourné
EXISTENCB KT ÉDUOATKMI DES COURTISANS 255
au pédantîsme religieux et le drame, aux mains de Hanns Sachs et de Fischart, affectait encore une forme si grossière que ces essais n'avaient aucune prise sur la société aristocratique. Les ronces et les épines de la théologie étouffaient rintelligence et rebutaient les âmes délicates et sensibles qui se rejetaient vers les chefs-d'œuvres classiques. C'est ce qm explique pourquoi tant de femmes distinguées du seizième ^ du dix-septième siècle apprirent le grec et le latin ou eultiTèrent les littératures méridionales qui of&aient à leur goût des inspirations modernes sous une forme gracieuse. Déjà ritalie avait produit Dante, Boccace, Pétrarque, Pulci, Boïardo, Arioste; en Espagne, les pastorales amoureuses de Boscan, de Garcilaso et de Montemayor devaient servir bientôt de modèle au français d'Urfé, tandis que du cerveau de Cervantes sortira un roman satirique inimitable. L'Allemagne, à ce moment, n'avait en fait d'Homère que son fougueux Luther, et la haute société, peu soucieuse d'une littérature sans idéal, en était venue jusqu'à dédaigner la langue nationale. Le français même était peu connu, et lorsque François I«' voulut s'entendre avec les protestants d'Allemagne, il lui fallut trouver des diplomates qui parlassent notre idiome. En général, on se serait du latin dans toutes les affaires d'État. Cela changea rapidement sous la triple influence du calvinisme, des passions françaises et des plaisirs de Paris. Les cours de Ba- ^ère, de Hesse et de Nassau se francisèrent les premières : déjà l'électeur de Bavière, Frédéric III, écrivait sa correspondance en français. Les mœurs de la cour de France i>annirent toutes les vieilles coutumes du château de Heidelberg, à l'exception des orgies bachiques. Lorsque, en 1^13, l'électeur Frédéric , qui devait plus tard jouer un si ^te rôle comme roi de Bohême, fit son entrée dans sa capitale avec sa fiancée Elisabeth Stuart , des enfants de la ^e le complimentèrent en français. A la cour de Hesse régnaient, avec ce même engouement pour la France, un
256 LA. aOOIÈTÈ ET LES 'teŒURS ALLEMANDES
, goût plus sévère et une instruction plus solide. Lé landgrave Maurice savait le latin et plusieurs langues vivantes et cultivait les sciences avec succès. Ses deux filles, Elisabeth et Agnès, parlaient le français dès leur enfance; la première composa même des madrigaux italiens. Maurice fonda à Marbourg, en 1599, le collège qui portait son nom pour que la jeune noblesse y fût convenablement élevée. Cette institution, transférée plus tard à Gassel, devint l'académie chevaleresque de TAllemagne. On y enseignait, outre \es quatre facultés, les langues mortes et les langues vivantes, la musique et les préceptes de la chevalerie.
A la cour de Chrétien II de Saxe, on ne connaissait plus que Torgie; et on s'y livrait à des festins qui duraient sept heures et n'étaient égayés que par les basses plaisanteries des valets et des bouffons.
Tandis que les cours protestantes se réglaient sur la France, les catholiques imitaient Rome ou Madrid. A la tour impériale, triomphaient l'étiquette et le fanatisme espagnols, si ennemis de l'intelligence et de la liberté, et |ue devait aggraver bientôt une hypocrite bigoterie. Enfin la paix désastreuse de Westphalie qui termina la guerre de Trente Ans, acheva d'asservir l'Allemagne aux influences Itrangères. Notre noblesse, vendue et domptée, fut sourde k la voix du poète national Logan qui lui disait : a Si la langue allemande sait rugir, ronfler, tonner, craquer, elle sait également bienjouer, plaisanter, caresser, rire. » L'aristocratie préféra se servir du français qui était en même temps la langue diplomatique, et lorsqu'elle usait de l'allemand c'était en y mêlant une foule de termes étrangers. « Ohl que vous êtes stupides I criait en 1650 Moscherosch à ses compatriotes, quel est l'animal qui, pour faire plaisir à l'autre, change de langage ? As-tu jamais entendu un chat aboyer pour être agréable au chien ou un chien miauler pom' plaire au chat? Et cependant le tempérament de l'AUemand et celui du Français sont comme chien et chat . »
BXISTENOB BT EDUCATION DES COURTISANS 257
Pour mx.Ure un frein à cette manie antipatriotique, Louis d'Ânhalt, qui avait acquis par l'étude et dans ses voyages tm savoir profond, résolut de fonder une académie sur le modèle de celles d'Italie. Guidé par Teutieben, gentilhomme thuringeois , il créa une société où Ton devait écrire et parier un allemand correct. Telle fut Vorigine de 'a première société de linguistique, inaugurée en 4617 et qui prit pour symbole un palmier avec la devise tout à profit. Une foule de princes, de généraux, de diplomates, de savants et de poètes s'en firent recevoir membres et parmi eox Opitz et Dietrich. Si ses productions littéraires portent le cachet d'une époque de médiocreté, elles n'en ont pas moins contribué à purifier notre langue. En 1643, Harsdoerfer et Klai fondèrent une Société semblable à Nuremberg, sous le titre de fleuri couronnées. L'année suivante Philippede Zesen suivit leur exemple à Hambourg. Il est fâcheux que ces louables tentatives n'aient pas suscité quelque génie poétique dont les accents nationaux auraient encouragé ces timides aspirations. Cent ans devaient s'écouler encore avant que nous eussions un vrai poète national. Aussi toutes nos institutions étaient calquées sur celles de la France, à commencer par l'académie des sciences fondée à Berlin en 1700 sous les auspices de la reine de Prusse Charlotte, avec le concours du grand Leibnitz.
« De nos jours, disait une brochure de 1689j tout Aoit *tre français. »
8CI&KCS3*
Théologie; ortodoide; mysticisme et sectes. — Boehm, Leibniti et Thomasius. — Piétisme de Spener et de Franke. — Droit et diplomatie. — Pofendorf. — La Caroline; juridiction criminelle et droit civil. — Histoires latines et chroniques allemandes.— Sciences naturelles; alchimie, mathématiques et astronomie; Copernic, Kepler.— Les universités ; traitements des professeurs et méthodes d'enseignement. — Contrastes de la vie d'étudiants. — Corporations et mœurs grossières.
Nous avons, dans un précédent chapitre, esquissé le rnoor vement que la Réforme imprima aux sciences ; dans celnici nous en étudierons les différentes parties et nous en suivrons le développement jusqu'au dix-huitième siècle.
Commençons par la théologie. Si, pendant le moyen âge, la scolastique domine toutes les manifestations de l'esprit humain, dès l'aurore des temps modernes la théologie protestante inspire la vie intellectuelle de l'Allemagne. Â «eux qui nous objecteraient l'action qu'exercèrent les jésuites, nous répondrons que ce fut là un élément étranger et méridional qui, malgré son alliance avec les princes, n'acquit jamais chez nous une puissance morale ^e quelque importance et resta en dehors des progrès des ociences.
:.oogle
SCIBNCBS * 259
de la Jiltératupe et des arts. Tout jésuite qui voulut s'inspirer du sentiment national dut renoncer aux principes de son ordre, comme le fit Jacques Balde qui, dans ses odes sabllmes, déplora les malheurs de la guerre de Trente Ans.
La doctrine de Luther eut pour principal interprète et défenseur Philippe Mélanchton (1497-1560), esprit fin et intelligent à qui le protestantisme doit beaucoup, mais qui eut tort d'anathématiser les paysans rebelles et d'applaudir an bûcher sur lequel le fanatique Calvin fit brûler Servet (1553). Ses travaux furent continués par David Chytrée (1530-1600), Jean Gerhard (1582-1637), George Caliste et Léonard Hutter. La doctrine plus libérale de Zwingle fut propagée par Œcolampade (1488-1531), Martin Bucer (1491-1551)), Volfgang Capito (1478-1541) et Henri Bullinger (1504-1575). Le dogmatisme catholique était moins brillamment représenté et les productions de Jean Eck (1486-1545) ne ressemblent que de fort loin à celles de Bossuet, le grand défenseur du catholicisme en France au dix-septième siècle. Il n'y eut pas non plus de polémiste pour lancer contre la morale de Busenbaum (1600-1663) les traits acérés qui ont rendu immortelles les Provineiales de Pascal. Les membres actife de la société de Jésus combattaient avec avantage la théologie luthérienne et l'un d'eux, le père Canisius (1521- 1598) composa un cathéchisme opposé à celui de Luther qui lui valut le nom de « marteau des hérétiques ». A Gottfried Arnold (1665-1714)) était réservé l'honneur de fonder la ^ence de l'histoire ecclésiastique, en se tenant avec une Stable impartialité à égale distance des deux partis extrêmes.
L'orthodoxie protestante, par son intolérance et son étroite immobilité, devait bientôt pousser les âmes au mysticisme. Ce n'est pas sans raison que Logan disait : « Lutiiérien, papiste et calviniste, ces trois religions existent, «nais on se demande où est le vrai christianisme. »
Tous les esprits supérieurs et les cœurs sensibles, rébutés
uigitized by CjOOQIC
par la sécheresse et la nndité du Inthérianisme, se reportaient aux croyances plus consolantes du passé. Malheureusement dans cette recherche de lldéal, le cerveau conser;^e rarement l'équilibre et s'abandonne à des imaginations fantastiques et bizarres. L'exemple dé ce retour aux rêveries nuageuses fut donné par Gaspard de Schwenkfeld (1490-1561) et par Vaientin Weigel (1533-1588), dont la doctrine se transforma en pur mysticisme chez Quirin ' Kuhlman qui fut.brûlé vif en Russie (1689). Cependant la philosophie allemande s'éveillait à son tour; le cordonnier Jacques Boehm de Goerlitz (1533-1588) osait, le premier sonder, les problèmes étemels. Dans des écrits bizarres et d'un style dithyrambique, mais animés d'un souffle panthéiste, il se montrait en union intime avec l'âme universelle. Son isolement et son manque de méthode l'empêchèrent pourtant de prendre la direction du mouvement scientifique. Cet honneur était réservé à Guillaume Leibnitz (1646-1716) qui reprit l'enseignement inauguré dans les autres pays par Bruno, Campanella, Bacon, Descartes, Spinoza et donna à cette étude la forme précise qu'elle devait conserver en Allemagne. A force d'activité et grâce à l'universalité de son génie, il renouvela la face de toutes les sciences. Histoire, mathématiques, physique, diplomatie, rien ne lui fut étranger. Il porta partout le tact d'un homme du mon^e, sécularisa la philosophie enfermée jusque-là dans le cabinet des savants et eut le bon sens de recommander, au lieu du latin, l'usage de la langue nationale. Encouragé par cette généreuse initiative. Chrétien Thomasius (1655-1728) alla plus loin encore. Au grand étonnement des partisans de la routine, il afficha à la planche noire de Leipzig le premier programme scientifique écrit en allemand. Ennemi de tout fanatisme, il se plaisait à due que le joug de bois du pape avait été changé par Luther en joug de fer. L'impulsion donnée aux sciences par ces deux hommes fut secondée par un autre élément dont l'influence