ART MILITAIRE
par la lie des bandes mercenaires de l'Europe. A la licence effrénée des mœurs soldatesques se joignirent d'atroces laffînements de cruauté. La main se refuse à retracer les horreurs que l'honnête Philander nous décrit dans ses Visions: pillage, assassinats, incendies, viol des femmes et des jeunes filles sur le dos de leurs maris et de leurs pères mutiles et liés, seins arrachés aux femmes enceintes quand on n'ouvrait pas le ventre à celles qui allaient accoucher, niassacre général des habitants, contributions écrasantes, destruction inutile du bétail, des vivres et des maisons, et tout cela pendant trente longues années l Partout où avait passé le torrent dévastateur, la famine et la maladie achevaient son œuvre. Khevenhiller raconte qu'en 1636 et 1637 la famine fut telle dans la Saxe, la Hesse et l'Alsace que les habitants volaient les cadavres suspendus aux gibets et déterraient les morts. Des parents égorgèrent leurs enfents pour les dévorer et se tuèrent ensuite dans la folie occasionnée par cette horrible pâture. Il s'organisa des bandes pour la chasse à l'homme, et l'on en découvrit une on jour près de Worms, réunie autour d'un chaudron où cuisaient des quartiers de chair humaine. Tous les liens «xâaux étaient rompus, Thumanité foulée aux pieds, les lois les plus saintes blasphémées, le sol en friche, Tatelier ▼ide. On eût dit que la civilisation avait disparu complètement. Dans le.seul duché de Wurtemberg, il y eut 8 villes rtduites en cendres avec 45 villages, i58 presbytères et loaisons d'école, 65 églises et 36,000 maisons. Sous l'action d'une nourriture malsaine, du froid et de l'humidité, des populations entières furent emportées par la peste et la dyssenterie. De 1634 à 1641, le Wurtemberg perdit 345,000 ^es et fut réduit à 48,000 habitants. En Franconie, la dé- P<>pulation fut plus grande encore, et le cercle d'Henneberg descendit ^de 18,158 à 5,840 habitants. Pour combler ces ^des, on décréta des mesures étranges ; une ordonnance de Nuremberg, pubUée en 1650, disait : « Comme il est in-
dispensable de remplaœr les hommes qui ont péri dans la sanglante guerre de Trente Ans, et de se mettre à n^mede ;combattre nos ennemis, surtout les Turcs, nous ordonnons ce qui suit : « Dans les dix années qui vont s'écoula, il est défendu à tous ordres d'admettre dans leur communaidé des honmies au-deasous de 60 ans. Les prêtres qui n'imt pas encore pris les ordres devront se marier. Tout homme a permission d'épouser deux femmes, pourvu qu'il subvienne honnêtement à leurs besoins, et qu'il empêche les discordes entre elles. » Pendant ces trente ans, la population de l'Allemagne était descendue de 17 à 4 milhons; œ seul fait suffirait, sans autre commentaire, pour indiquer de quelle façon la gcarre se faisaii^ alâ?6.
Une des suites de cette longue luftte fut le changement de l'armée qui, de m^^eenaire, dewit permanente, tcanstomation favovable à Tabscûutisme royal, et qm s'opéra très-facilement. On prolongea la durée du service des troupes mercenaires engagées jusqu'alors pour un temps fort court, souvent même pour une seule campagne. Le prix d'engagenoient fut augmenté» mais la solde dimhuia sensiblement; le code milil^ûre devint pins sévère, et FâD ne fut pas avare de coup de plat d'épée. C'est alors que se forma cette classe de recruteurs, qui ne repulaient detast aucun moyen pour fournir des honunes à ceux qui Isnr en demandaient.
Déjà la France avait organisé ses armées sur ce pied, et l'art militaire, ainsi qu'aux Pays-Bas, y prit les allures modernes. Toute l'Europe imita les créations de Louis XIV et les innovations introduites dans la fortification des places par Vauban et sfm rival des Pays-Bas, l'ingénieur Cohoro. L'Allemagne prit pour noyau de son armée les compagnies des gardes du corps des souvenùns, et remplaça ra(^)e]lation de lansquenet ou valet p^r celle de soldai» Les guerres
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Vfto la Turquie et la France aecrureût le cbiffire des armées, et depuis la manie de runiforme et des revues. Me des easemes, rendues néoessairès par le caractère permanei^ des troupes n'ont fait que gagner. On a perfectionné les armes et donné des fusils à Tinfanterie. La bayonnette, adoptée en 1680, entrait d'abord dans le canoB de l'arme. Les grenadiers, troupe d'élite de Tinfanterie, portaient, en sus de leurs armes, des grenades qu'on lançait avec la main. La cavalerie s'accrut de deux nouveaux corps, les hussards et les uhlans.
Voici quelle fut la progression du nombre. Au seizième àècle, 25,000 hommes constituaient une armée importante; en 1673, l'armée que Montécuculi commandait contre les Français était de 50,000 honmies. Les régiments de ca- ^erie avaient été porté à 900 hommes; ceux d'infanterie à 2,500.
Après l'Autriche, c'est la Prusse qui a l'armée permanente la plus nombreuse. Le grand électeur (1640-1688) s'occupa surtout d'en réunir les éléments. En 1655, son armée comptait quatre lieutenants et douze majors généraux, et lui coûtait la moitié de son revenu, deux millions et demi. En 1689, elle comprenait les grands mousquetaires ou gardes du corps, 7 régiments de cuirassiers, 5 ré- ^inents de dragons, 26 compagnies de gardes à pied, 19 régiments d'infanterie, 798 artilleurs et 40 pièces, en tout ^,858 hommes. A la mort du premier roi de Prusse (1713), ce chiffre s'était élevé à 30,000. L'équipement était magnifique; les gardes à cheval étaient vêtus d'un uniforme Weu, bordé d'or avec bandoulières de rouge carmin, celui des officiers était écarlate et couvert de broderies d'or; ^lui des grenadiers de la garde blanc et bleu, et la coiftoe <le8 officiers en velours carmin.
^tte organisation se conserva jusqu'à la guerre de Sept ^; un train énorme d'hommes et de chevaux suivait ^ors les armées et surtout les princes en campagne.
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Lorsque Joseph II, encore roi des Romains, vint devant Landau en 1702, sa suite ne comptait pas moins de 230 domestiques, et celle de sa femme 170, non compris les gens de la cour. Il fallut 63 carosses et 14 calèches avec 406 chevaux pour traîner toute cette valetaille et ces bagages, où se trouvaient deux voitures de volailles^ deux de jardinage et six de vins du Rhin.
EXISTE^Ôb ET ÉDUCATION DBS COURTISANS
Simplicité et naïveté des cours allemandes; châteaux princiers; chasses; jardins zoologiques. — Une mère de famille princière.
— Journalistes et bouffons ; fêtes, noces somptueuses et ballet du cheval. — Carrousels et bergeries; faste d'une diète. ^ Enterrements, costumes et modes. '— Importation de Timmoralité française; maîtresses des princes. — Financiers et alchimistes.
— Côté idéal de la vie de courtisan; opposition patriotique; société de linguistique.
Nos souverains, à partir du seizième siècle, ont perdu leur caractère national. La maison de Habsbourg devient espagnole ; les autres princes recherchent l'honneur de se franciser ou de sltalianiser. Par les Alpes et le Rhin les mœurs et les costumes étrangers envahissent rÂllemagne, et des cours descendent par la bourgeoisie jusqu'au peuple. A la fin de la guerre de Trente Ans, la nation avait perdu toute originalité. On ne voyait plus ni la rude bonhomie, ni la simplicité franche et cordiale qui se rencontraient auparavant au foyer domestique, ni la magnificence que Ton déployait au dehors dans les grandes occasions. Jusqu'à la Réforme, ce naturel et cette simplicité
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s'étaient conservés; les maris des reines et des princesses parlaient tout bonnement de leurs femmes et celles-ci se eontentaient du titre de mademoiselle. Mais, depuis que nos mœurs se sont adoucies, notre langue est devenue plus délicate, et nous reculerions devant les naïvetés qui se disaient alors dans les meilleures sociétés.
Ces grands changements, que la politique introduisit dans les maisons princières, modifièrent Tarchitecture des édifices et Tarrangement intérieur des résidences. L'ancien palatium ou burg du moyen âge devint le château de la Renaissance et prit des aspects modernes. Pour nous rendre mieux <îompte de la transformation, voyons ce qu'est devenu le vieux château de Stuttgard, terminé en 1570 par le duc Christophe, qui, de la résidence de ses aïeux, n*a laissé debout que la partie du sud-ouest. Trois voûtes ogivales relient entre elles les ailes du château ; dans usie de ces ailes se trouve une grande salle â manger pour la valetaille, qui a 136 pieds de long sur 51 de large. Au dessus de cette immense voûte sont placés la salle des chevaheis, le cabinet, la salle d^audience et la salle à manger du duc. Les chambres des femmes sont disposées au dessus de la salle des chevaliers. Dans Taile du nord on rencontre la euisine et une grande pièce pour la danse et les banquets; en face est la chapelle* L'ameublement ne manque pas de splendeur; le duc Christophe a dû dépenser des sonunes considérables pour toutes ces tapisseries de laine et èd soie, où sont représentés des sujets bibliques, et surtout pour ce jardin de l'orangerie, dté comme le plus beau dft l'Allemagne, dans les fossés duquel se voyaient des animaux rares.
La principale occupation de l'habitant des châteaux étaK kl chasse, que Ton faisait à pied ou â cheval, armé de Vu^ balète, avec une troupe de traqueurs, de chevaux et de etiiens. C'était un plaisir que les femmes aimaient souv^ à la passion. Un des chasseurs les plus exaltés, Philippe de
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flesse, reeommaiidant cet exercice à ses eolanls dans son estament, disait : « Si le bon Dieu n'avait pas voulu qu'il j eût du gibier, il ne l'aurait pas fait admettre dans l'arche. » Il eut d'ailleurs de quoi se satisfaire, puisque dans une de ses cbasses on tua jusqu'à mille sangliers et cent cinquante cerfe. Dans certaines contrées du Nord, il y avait encore des aurochs et des élans.
 ces plaisirs violents, les femmes joignaient les soins plus utiles du ménage. Elles surveillaient la cuisine, la eare et la lingerie, se chargeaient des emplettes et tenaient ayee exactitude les comptes de la maison. La châtelaine â'occapait aussi de la pharmacie et des remèdes, que l'on ne trouvait pas dans les villes et qui coûtaient alors fort cher. Quelques superstitions se mêlaient à des connaissances sérieuses; ainsi l'ambre jaune et la corne du pied de l'élan étaient regardés comme des remèdes souverains. Anna, femme de l'électeur de Saxe, était honorée comme un saTant médecin et on lui demandait des recettes mystérieuses pour les maladies incurables , ainsi que nous le vayens par une corre^[K)ndance échangée entre elle et une des dames de l'impératrice, Brigitte de Trautson.
Cétait, pour les personnes de distinction, un travail assez important qae celui de la correspondance, car les lettres privées remplaçaient alors les journaux. Ici encore nous re&Gontrons cette même Anna de Saxe parmi les personoiSes qui en écrivirent ou en reçurent le plus grand nombre. On conserve dans les archives de Dresde vingtdeux volumes in-folio, contenant plus de onse mille lettres de cette princesse ; le recueil de celles qui lui furent adres- «^s'élève à soixante-sept volumes. Beaucoup de princes <togeaient des savants ou des artistes de leur écrire les ooQvdtes àe <^»que jour et leur payaient ce service^ Un autre amusement des cours fut celui des b<»i£66ns de l'un on de l'autre sexe^ qui, k un corps difforme, joignaient d'or- <linftire un esprit burlesque. L'un des plus remarquables,
Kuntz von der Rosen, bouffon de Mazimilien P% se distingua par d'autres qualités encore que la verve eomique et fut un serviteur de bon conseil et des plus dévoués. On dte aussi Judes, le fou de Ferdinand IL Mais la bouffonnerie dégénéra bientôt en arlequinade et Auguste le FoH nomma son bouffon Froelich, comte de Saumagen, c'est-à-dire de « l'estomac de cochon. »
Les baptêmes et les mariages princiers étaient des occasions favorables pour déployer du faste et rassembler nombreuse compagnie. Aux noces d'Ulrich de Wurtemberg et de Sabine de Bavière il y eut sept niille invités ; on tua cent trente-six bœufs et dix-huit cents veaux; deux fontaines versaient nuit et jour du vin rouge et du vin blanc. Au dix-septième siècle le luxe et la dépense s'accrurent encore et des sommes énormes furent prodiguées en banquets, chasses, spectacles et feux d'artifice. Au mariage de Guillaume-Louis de Wurtemberg avec une princesse de Hesse- Darmstadt, sept mille hommes d'infanterie formaient la haie et les fêtes se succédèrent du 12 au 19 février. Le 16 on tira un feu d'artifice aux pièces innombrables. La cour impériale renchérit naturellement sur ces magnificences; les fêtes du mariage de Léopold !•' avec l'infante Marguerite-Thérèse durèrent du 5 décembre au 22 février. L'entrée des deux époux à Vienne se fit au milieu de quinze cents gentilshommes à cheval. Le 8 décembre il y eat feu d'artifice, chasse au Prater et sur le Danube ; le 3 janvier, promenade en traîneau, le 5 loterie, le 24 eut lieu ce fameux ballet de chevaux où l'empereur figura avec plus de mille personnes et qui valut à son inventenr 20,000 florins de gratification, le titre de baron et une pension de 1,000 florins.
Ce ballet caractérise trop bien les mœurs de la cour & cette date pour que n'en donnions pas ici un léger croquis.