‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 31 sur 43 · M AGIS ET PROCES ]>ES SORCIERS · texte numérisé non relu

M AGIS ET PROCES ]>ES SORCIERS

Croyance au diable et aux démons ; pratiques de sorœllerie, magie noire. — Légende de Faust ; sabbat des sorcières. — Amours du démon. — Bulle d'Innocent VIII; manteau des sorciers. — Procès des sorciers; indice de magie. — Accusation, prison» question, jugement et exécution. — Auto-da-fé en masse. — Protestations; Spée, Becker, Tromasius. — Dernier procès de sorciers en Allemagne. — Sorcière de Glaris.

Dans presque tous les systèmes religieux, deux principes celui du bien et du mal, sont en présence, souvent même en hostilité. L'esprit humain, de tout temps, s'est efforcé de personnifier en des êtres supérieurs, les forces rivales de la nature et les aspirations contraires du cœur de l'homme. Pourtant la riante imagination des Grecs n'inventa pas de démon ; dans la mythologie grecque, Adès, dieu de l'enfer, règne en même temps à l'Elysée et au Tartare. Chez les Juifs, Moïse non plus n'admet pas de dieu du mal dans sa doctrine ; l'idée n'en devait naître que plus tard, au temps des prophètes.

Cest un texte d'Isaîe : « Nous avons fait une alliance avec h mort et un contrat avec l'enfer )» qui servira d'autorité

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à la magie chrétienne, laquelle s*appuiepa aussi sur le passage de la Genèse, où il est parlé des amours des anges avec les ûlles de la terre, d'où sortit la race des géants de Néphilim. La personnification du mal se trouve surtout dans le système des anciens Perses, des Égyptiens et des Indiens, plutôt que dans la séduction d'Eve par le serpent au paradis. La trinité indienne comprend les trois principes créateur, conservateur et destructeur, figurés par Brama, Vishnou et Siva. Zoroastre met à côté du bon Ormuzd le méchant Ahriman ; l'Egypte vénère à la fois le bienfaisant Osiris et la méchante Typhon.

Cette idée dé la divinisation du mal passa comme beaucoup d'autres des my thologies de l'Orient au christianisme. Les évangélistes nous présentent déjà le dial)le comme l'ennemi implacable du royaume de Dieu, essayant même de séduire Jésus.

A la conception primitive, fournie par l'Orient, vinrent s'ajouter des traits empruntés au paganisme ou à la religion des peuples Scandinaves. Afin de donner une plas haute idée de Dieu, on le montra en lutte avec des adversaires terribles qui n'étaient autres que les anciens dieux de la Grèce ou de l'Edda. Les, peuples du Nord, après leur conversion, se mirent à redouter comme démons les êtres qui avaient peuplé le ciel de leurs pères et la crédulité populaire donna la main à la théologie chrétienne. On a vu dans la première partie, que les Germains avaient déjà une sorte dô diable sous le nom de Loki, dont les principaux attributs se transmirent à son héritier. En effet, le démon du moyen âge n'est pas seules^lent l'ennemi de Dieu, mais son singe et son rival ; comme lui il fait des miracles, accorde des dons surnaturels, et de son union avec une vierge naît un fils puissant, Merlin l'enchanteur. Cette croyance fat une source de superstitions qui troublèrent le sens des peuples de l'Europe. La Réforme, loin de la combattre, la sanctionna plutôt, grâce à ses préjugés théologiques.

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Un héritage direct de la mythologie Scandinave, ce sont les lutins qui descendent en droite ligne des nains. Sylphes et Ases dont ils ont la taille lilliputienne. Ordinairement eoiffés d'un chapeau pointu, ils habitent autour de Tàtre, dans la grange ou l'écurie. Si on les soigne, ils se dévouent au bonheur de la maison et la comblent de bienfaits ; mais dès qu'on les néglige, ils jouent de mauvais tours et finissent par s'enfuir en emportant avec eux la paix et la prospérité du foyer. C'est du vieux germanisme aussi que nous viennent les esprits des eaux, ondins et ondines, dont les amours avec les enfants de la terre défrayent la poésie Scandinave, les esprits des bois et les géants qui jouent ua grand rôle dans l'imagination et les contes populaires. Les géants sont tantôt bons, tantôt mauvais ; les uns enlèvent des jeunes filles et succombent sous les coups du chevalier qui délivre la beauté ; les autres ne veulent aucun mal aux hommes. La fille de l'un de ces derniers ayant ramassé dans son tablier un laboureur avec son cheval et sa charrue, son père la renvoie remettre le tout en place, disant que ce ne sont pas là des hochets d'enfant.

Los métamorphoses d'Odin et de Loki ont sans doute servi de modèle aux sorciers qui changeaient les hommes en animaux ou en plantes. Combien voyons-nous de jeunes ^cs, dans les contes de fée, changées en crapauds ou ea lagons par l'enchanteur dont elles ont repoussé les hommages et rendues à leur première forme par le chaste baiser d'un bel adolescent? D'ailleurs la superstition emprunte <le8 idées & toutes les mythologies; celle du vampire «st slave ; celle d'un être qui devient invisible est d'origine germaine. Parmi les héros de la légende se trouvent lûème des personnages historiques, Charlemagne, Otto le <^rand et Frédéric Barberousse. Ce dernier, endormi d'un «>mmeil léthargique, doit s'éveiller un jour pour recons- Wluer l'empire allemand dans toute sa splendeur, ce qui trouve combien l'Allemagne est restée fidèle aux souvenirs

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nationaux. Sur cette légende on a greffé une imitation des Saga : sur le champ de bataille de Walser, les bons remporteront sur les méchants une yictoire décisive et inaugureront une ère d*rr. N'est-ce pas une réminiscence du Créptiscule de Dieu^

Parmi les remèdes magiques les plus estimés nous citerons la mandragore qui naquit, suivant la croyance populaire, des larmes d'angoisse tombées sous le gibet. Pendant qu'on fait arracher cette racine par un chien, il faut avoir soin de se boucher les oreilles parce que la plante, au moment de son extraction, pousse un cri mortel à entendre. Il est vrai que son heureux possesseur est ensuite à Tabri des maladies et de la misère. Un auto*e spécifique est le spiritus famUiaris dont les frères Grimm ont dit : « On le conserve habituellement dans une fiole bien bouchée; il ressemble à une araignée ou un scorpion et s'agite continuellement. Celui qui l'achète le possédera toujours, car, quelque part que se trouve la fiole, l'esprit familier rejoint son maître. Il lui procure le bonheur, lui découvre des trésors cachés, le fait aimer de ses amis, craindre de ses enne' nemis, le rend invulnérable et invincible dans les combats et le préserve de l'éternuement et de la prison. Mais si vous le gardez jusqu'à votre mort, il vous entraine avec lui en enfer. » Aussi cherche-t-on à s'en débarrasser ; ce qui est difficile. La fiole où il est enfermé se trouve d'ordinaire aux lieux où un crime a été commis, aux croix des chemins, près du gibet. Son petit cri perpétuel décèle celui qui le porte et le rend suspect. Le jour ce petit être est noir et la nuit il brillfe comme le phosphore. Si son maître entr® dans une église ou s'il a une pensée pieuse, un des pieds du démon traverse le verre et pique l'imprudent d'une façon douloureuse.

Dans ce bon vieux temps, on prenait aussi beaucoup de

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peine à composer des philtres avec les objets les moins ragoûtants. Je ne rapporterai pas la recette que je lis à ce propos dans un livre publié en 1726 sous le titre de Curieux mé^ decin magique. Il y a des détails dont l'expression répugne ft la pruderie de nos langues modernes. Je me contente de citer Tantidote que préconise le Miroir de lamédedne de 1532: « Si tu as peur qu'une femme t'ait fait absorber un philtre^ prends une once de perlin (î), une once d'ipericon (î), mélange les avec de Feau de mélisse que tu boiras ensuite, et porte au cou un aimant. » Les auteurs du seizième et du dii-septième siècle racontent sur l'effet des philtres une foule d'histoires tragiques dont quelques-unes offrent uu côté plaisant, comme celle qu'on lit dans le Spectacle, publié en 1653, par Harsdoerfer : « Dans la Bavière rhénane, un clerc s'étant épris d'une bourgeoise en couches, donna quelques ducats à la servante pour avoir du lait de sa maîtresse. Elle lui donna du lait de chèvre. On ne sait ce qu'il en fit; maidepuis la chèvre le suivit partout, même à l'autel et il ne put s'en défaire qu'en l'achetant et en la faisant abattre. » Dans l'admirable saga de Tanhai^er et de Vénus, cette idée d'un philtre magique d'amour est célébrée dans une poésie sublime. S'il y avait des philtres pour faire aimer, il y en avait aussi pour en empêcher. Par exemple, nouer la bre telle du fiancé pendant la cérémonie du mariage ou fermer ^ porte au cadenas, empêchait les époux d'accomplir le devoir conjugal, jusqu'à ce qne le maléfice fut levé. Il se^ rencontre de singulières particularités dans la relation des procès intentés aux sorcières. Voici ce que Gastins raconta de l'une d'elles : « En 1550, on a brûlé à Aesch, petit village près de Bâle, une jeune personne qui avait eu des relations coupables avec le démon. Elle a souvent fait du mal aux vaches dont elle soutirait le lait au moyen de sa magie, elle a estropié des enfants et ôté à un homme la puissance virile. Quelles terribles créatures que ce« femmes qui se donnent aussi aveuglément à Satan ! »

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Les soldats, pendant la guerre de Trente Ans, croyaient è Fart de se rendre invulnérable, et un général, Wallenstciii, passa pour tel jusqu'à ce que ses ennemis eussent prouvé le contraire. Les voleurs et les brigands se flattaient d'endormir les propriétaires qu'ils voulaient dépouiller, en allumant des bougies de graisse de pendu ou à la faveur d'une main coupée soit au cadavre d'un criminel, soit sur un enfant arraché au sein de sa mère. En 1575 on exécuta & Sagan un misérable qui avait tué trente femmes pour leur arracher le fruit de leurs entrailles et en dévorer le cœur, espérant par là se rendre invisible et invulnérable.

De même que les saints empruntaient de Dieu le pouvoir d'accomplir des miracles, de même les sorciers tenaient du diable leur magique influence et faisaient alliance avec lui par le moyen de la magie noire ou nécromancie. Les Actes des apôtres racontent les maléfices d'un magicien célèbre, Simon, qui fut vaincu par saint Pierre, comme plus tard le devin Héliodore par saint Léon, et Klingur par le pieux Wolfram. D'ailleurs tous ceux qui se distinguaient du commun par leur talent ou qui se livraient à Tétude des sciences couraient risque de passer pour sorciers, acccusation banale qui atteignait successivement Silvestre II, Dun Scot, Albert le Grand, Roger Bacon, Cardan, Paracelse, et jusqu'au poëte Caldéron. En Allemagne, le représentant le plus illustre de la magie fut le docteur Faust, dans lequel Goethe, en un drame de poésie superbe, a comme personnifié l'esprit allemand du moyen âge. Les premiers éléments de cette légende se trouvent dans un livre de 1586 où sont rassemblées toutes les pratiques diaboliques, évocation du roi des enfers, secrets de la magie noire, vente par contrat d'une Àme au diable qui, en échange, accorde les amours et les voluptés terrestres, repentir du magicien et sa fia tragique. On y peut lire aussi comment Faust évoqua l'esprit infernal dans une sombre forêt près Wittemberg : <x Au-dessus du cercle magique planait un dragon qui hurlait d'une façon

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